SCPI en démembrement temporaire : ce que l'AMF a constaté en contrôlant des distributeurs, ce que change la nue-propriété pour l'IFI et les questions à poser avant de souscrire
En démembrement temporaire, une part de SCPI est scindée entre un nu-propriétaire, qui ne perçoit aucun revenu pendant la durée fixée, et un usufruitier, seul bénéficiaire des revenus et seul à supporter les coûts récurrents. La durée va de 3 à 20 ans, 8 ans en moyenne dans les souscriptions contrôlées par l'AMF. Le nu-propriétaire paie une fraction du prix de la pleine propriété, n'a rien à déclarer à l'IFI pendant le démembrement (Code général des impôts, art. 968 ; BOFiP BOI-PAT-IFI-20-20-30-10, § 10) et n'est pas taxé lorsque la pleine propriété se reconstitue (art. 1133). Mais l'AMF, qui a contrôlé en 2023 quatre prestataires ayant commercialisé ces parts de 2020 à 2022, a relevé une prise en compte très limitée des spécificités du démembrement : adéquation à peine justifiée, information sur les coûts identique à celle de la pleine propriété, clés de répartition fixées par les sociétés de gestion, contreparties parfois liées à la société de gestion et conflits d'intérêts. Cet article résume ces constats, les règles fiscales et les questions à poser avant de souscrire.
Sommaire · 8 sections
- 01Comment fonctionne un démembrement temporaire de parts de SCPI
- 02Pour qui, selon l'AMF, et dans quelles proportions
- 03Ce que cela change pour l'impôt
- 04L'arithmétique de la clé de répartition
- 05Ce que l'AMF a relevé chez quatre distributeurs
- 06Dix questions à poser avant de souscrire
- 07Ce que nous n'avons pas pu vérifier
- 08Ce qu'il faut retenir
Un épargnant qui possède déjà beaucoup d'immobilier, ou qui n'a pas besoin de revenus tout de suite, entend parfois parler des SCPI en nue-propriété : on paie moins cher la part, on ne perçoit rien pendant quelques années, on retrouve la pleine propriété à l'échéance. Le mécanisme est réel et fiscalement décrit ; il est aussi complexe, et l'AMF a examiné en 2023 la façon dont il était vendu. Cet article reprend ses constats, les règles de l'IFI et de la reconstitution de la pleine propriété, et propose des questions à poser avant de souscrire.
Il vise le démembrement temporaire de parts de SCPI souscrites par une personne physique. Il ne recommande pas ce type de souscription. Pour la vie d'une SCPI en pleine propriété, voir notre article sur le blocage des retraits et celui sur les valeurs de reconstitution et de réalisation.
Comment fonctionne un démembrement temporaire de parts de SCPI
Le démembrement temporaire scinde le droit de propriété des parts entre un nu-propriétaire, qui détient le droit de disposer du bien, et un usufruitier, qui détient le droit d'usage et de perception des revenus. Les deux se partagent les prérogatives pour une durée fixe, décidée à l'avance. L'AMF indique que cette durée peut aller de 3 à 20 ans et qu'elle était en moyenne de 8 ans pour les souscriptions des quatre établissements qu'elle a contrôlés (AMF, synthèse des contrôles SPOT sur la commercialisation des SCPI en démembrement temporaire de propriété, mars 2024, § 2.1).
- —Le nu-propriétaire détient la nue-propriété des parts mais ne perçoit aucun revenu pendant le démembrement ; il ne supporte pas non plus les coûts récurrents de la SCPI (frais de gestion, frais de transaction) ; à l'échéance, il retrouve la pleine propriété, avec les revenus et les coûts qui vont avec.
- —L'usufruitier est le seul bénéficiaire des revenus, notamment des dividendes ; en contrepartie, il est le seul à payer les coûts indirects sur la durée du démembrement, et son investissement prend fin avec le démembrement.
- —Les prix payés par l'un et l'autre sont inférieurs à la valeur de la part en pleine propriété. Ils résultent d'une clé de répartition, fixée en fonction de la durée, calculée en principe selon une valorisation économique. Les frais de souscription sont payés par les deux, au prorata de la clé.
Chaque souscription suppose deux parties. Lorsque le client n'en a identifié qu'une, ce qui est le cas général, le distributeur ou la société de gestion doit trouver la contrepartie (AMF, § 3.2.3). L'offre est ouverte aux personnes physiques comme aux personnes morales.
Pour qui, selon l'AMF, et dans quelles proportions
L'AMF décrit le nu-propriétaire comme généralement un contribuable aux revenus et au patrimoine importants, souvent redevable de l'IFI, qui souhaite disposer de futurs revenus complémentaires. Elle cite comme intérêts possibles de la nue-propriété : se constituer un patrimoine, en fonds propres ou par endettement, en ne payant qu'une quote-part du prix de la pleine propriété ; ne pas être taxé à l'extinction du démembrement, quand la pleine propriété se reconstitue ; ne pas être assujetti à l'IFI au titre de cet investissement pendant le démembrement. L'usufruitier est généralement un contribuable qui veut des revenus complémentaires avec un investissement réduit, ou un investisseur institutionnel qui place de la trésorerie.
Sur les exercices 2021 à 2023, les souscriptions en nue-propriété représentaient 52 % des souscriptions en démembrement temporaire des quatre établissements du panel, souscrites à 99,3 % par des personnes physiques ; les souscriptions en usufruit représentaient 48 %, souscrites à 84,3 % par des personnes morales (AMF, § 2.1). Dans ce panel, les souscripteurs en usufruit sont donc, pour l'essentiel, des sociétés.
Ce que cela change pour l'impôt
- —Les revenus. Ils reviennent à l'usufruitier seul ; le nu-propriétaire n'en perçoit pas et n'en déclare pas.
- —L'IFI. Les actifs de l'article 965 grevés d'un usufruit sont compris, sauf exceptions, dans le patrimoine de l'usufruitier pour leur valeur en pleine propriété (Code général des impôts, article 968 ; BOFiP BOI-PAT-IFI-20-20-30-10, § 1). Le nu-propriétaire, qui ne tire aucun revenu ni avantage immédiat des biens, n'a rien à déclarer au titre de l'IFI, sous réserve des cas particuliers du BOFiP (§ 10). Lorsque l'usufruitier est une personne morale, la valeur imposable, pour ses associés, des titres de cette société est déterminée en retenant la seule valeur de l'usufruit, sous réserve du droit de contrôle de l'administration quant au but recherché (§ 40). Le calcul d'ensemble de l'impôt est détaillé dans notre mode d'emploi de l'IFI 2026.
- —L'extinction du démembrement. La réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe lorsqu'elle a lieu par l'expiration du temps fixé pour l'usufruit ou par le décès de l'usufruitier (article 1133).
- —La revente des parts. Les gains nets tirés de la cession de parts de sociétés relevant des articles 8 à 8 ter, dont l'actif est principalement immobilier, comme les SCPI, sont soumis au régime des plus-values immobilières des particuliers (article 150 UB) ; voir notre article sur les plus-values immobilières.
L'arithmétique de la clé de répartition
Exemple d'école, sans lien avec une offre réelle. Supposons une part de 100 € en pleine propriété et une clé de 70 % pour la nue-propriété sur 8 ans, durée moyenne relevée par l'AMF. Le nu-propriétaire paie 70 € et l'usufruitier 30 €. À l'échéance, le nu-propriétaire détient la pleine propriété. Si la part valait encore 100 €, son gain brut serait de 30 € sur 70 €, soit 42,9 % sur huit ans, environ 4,5 % par an. C'est un plafond théorique : il ignore les frais de souscription payés au prorata de la clé, le prix auquel la part se vend réellement (qui peut être inférieur au prix de souscription), la variation de la valeur de la part pendant huit ans et le délai pour vendre. La clé de 70 % n'est pas une donnée de marché : nous n'avons trouvé aucune source publique sur les clés pratiquées.
Ce que l'AMF a relevé chez quatre distributeurs
L'AMF a mené entre avril et août 2023 des contrôles courts, dits SPOT, auprès de quatre prestataires de services d'investissement ayant commercialisé des parts de SCPI en démembrement temporaire entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2022. Elle précise que son document ne constitue ni une position, ni une recommandation, et qu'il porte sur un échantillon de quatre établissements. Le constat général : une prise en compte très limitée des spécificités du démembrement dans la fourniture des services d'investissement. Elle rappelle aussi qu'au début de 2023, sa commission des sanctions a sanctionné un conseiller en investissements financiers pour ne pas avoir informé ses clients des commissions perçues à l'occasion du conseil sur ces parts.
| Sujet | Ce que l'AMF a constaté | Ce que cela signifie pour le souscripteur |
|---|---|---|
| Adéquation du produit au client | Prise en compte presque inexistante des spécificités du démembrement : trois établissements pourraient ne pas justifier pourquoi le démembrement est adapté au profil du client plutôt que la pleine propriété ; un questionnaire de caractère approprié ne comportait aucune question sur cette modalité | Demander pourquoi le démembrement plutôt que la pleine propriété, et le retrouver dans la déclaration d'adéquation |
| Information sur les coûts et frais | Aucun établissement ne prenait suffisamment en compte les spécificités : l'information était le plus souvent identique en pleine propriété, en nue-propriété et en usufruit. Or le nu-propriétaire ne supporte pas les coûts récurrents pendant le démembrement mais ne perçoit aucun revenu, et pour l'usufruitier la « période de détention recommandée » n'a pas de sens puisque la durée du démembrement est la durée de l'investissement | Demander les coûts sur la durée du démembrement, puis après ; se méfier d'un tableau identique à celui de la pleine propriété |
| Clés de démembrement | Fixées par les sociétés de gestion, non par les distributeurs. Les durées vont de 3 à 20 ans ; la majorité des souscriptions affichent une durée différente de la durée de détention recommandée de la SCPI | Comparer la durée du démembrement à la durée recommandée : si elle est plus longue, sortir avant le terme est plus difficile même si la durée recommandée est respectée |
| Recherche des contreparties | Confiée le plus souvent à la société de gestion. Une société du même groupe que la société de gestion peut se porter contrepartie ; le client peut être lié à plusieurs contreparties, ce qui complique une cession à cause de leur droit préférentiel de souscription | Demander qui est l'usufruitier, s'il est lié à la société de gestion et s'il y en a plusieurs |
| Conflits d'intérêts | Une société du groupe du distributeur ou de la société de gestion peut être contrepartie usufruitière ; un distributeur peut chercher la contrepartie parmi ses propres clients ; ces situations exigent d'être recensées et encadrées | Demander comment ces situations sont gérées et comment le distributeur est rémunéré |
Dix questions à poser avant de souscrire
- —Pourquoi le démembrement plutôt que la pleine propriété pour ma situation, et où est-ce écrit dans la déclaration d'adéquation ?
- —Quelle est la durée du démembrement, quelle est la clé de répartition, qui les fixe ?
- —Comment la durée du démembrement se compare-t-elle à la durée de détention recommandée de la SCPI ?
- —Qui est l'usufruitier ? Est-il lié à la société de gestion ou au distributeur ? Y en a-t-il plusieurs ?
- —Quels frais de souscription suis-je seul à payer et lesquels sont partagés au prorata de la clé ?
- —Quels coûts récurrents commencent à la fin du démembrement, et qu'est-ce que je perçois alors ?
- —Que se passe-t-il si je veux vendre avant le terme : délai, décote, droit préférentiel des contreparties ?
- —À quel prix la part se vend-elle réellement, par rapport au prix de souscription ? Voir notre article sur la SCPI sans frais d'entrée.
- —Comment le distributeur est-il rémunéré sur cette souscription, sous quelle forme et pour quel montant ?
- —Ma situation d'IFI et de revenus fonciers change-t-elle à la fin du démembrement ?
Ce que nous n'avons pas pu vérifier
- —Les clés de répartition et les durées effectivement pratiquées aujourd'hui : aucune source publique lue.
- —Les frais réels de souscription, de gestion et de sortie propres à chaque SCPI : ils figurent dans les documents de chaque offre.
- —Les suites données aux contrôles de l'AMF après mars 2024 : nous n'avons lu que la synthèse de cette date.
- —La rentabilité constatée des souscriptions en nue-propriété : nous n'avons pas trouvé de statistique.
- —Les modalités de calcul de la plus-value pour un nu-propriétaire à la revente (prix d'acquisition, durée de détention) : nous renvoyons au régime général des plus-values immobilières.
- —Le traitement d'un usufruitier personne physique au regard de l'IFI, qui déclarerait la pleine propriété des parts (article 968).
Qu'est-ce qu'une SCPI en nue-propriété ?
Une souscription où le droit de propriété des parts est scindé pour une durée fixe : le nu-propriétaire paie une fraction du prix de la pleine propriété et ne perçoit aucun revenu pendant le démembrement, l'usufruitier perçoit les revenus et supporte les coûts récurrents (AMF, synthèse des contrôles SPOT, mars 2024, § 2.1).
Combien de temps dure un démembrement de parts de SCPI ?
De 3 à 20 ans ; 8 ans en moyenne dans les souscriptions des quatre établissements contrôlés par l'AMF.
Le nu-propriétaire paie-t-il l'IFI sur ses parts ?
Non pendant le démembrement : l'usufruitier déclare les actifs concernés pour leur valeur en pleine propriété et le nu-propriétaire n'a rien à déclarer, sous réserve de cas particuliers (Code général des impôts, article 968 ; BOFiP BOI-PAT-IFI-20-20-30-10, § 1 et 10).
La reconstitution de la pleine propriété est-elle taxée ?
Non, lorsqu'elle a lieu par l'expiration du temps fixé pour l'usufruit ou par le décès de l'usufruitier : la réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe (article 1133).
Le nu-propriétaire perçoit-il des revenus ?
Non pendant la durée du démembrement. Il ne supporte pas non plus les coûts récurrents ; ils commencent, avec les revenus, quand il retrouve la pleine propriété (AMF, § 3.1.4).
Qui est l'usufruitier d'une SCPI démembrée ?
Le plus souvent une personne morale : 84,3 % des souscriptions en usufruit du panel de l'AMF. La contrepartie est généralement recherchée par la société de gestion et peut appartenir au même groupe qu'elle (AMF, § 3.2.3).
Peut-on vendre ses parts avant la fin du démembrement ?
C'est plus difficile si la durée du démembrement dépasse la durée de détention recommandée, et, en présence de plusieurs contreparties, chacune dispose d'un droit préférentiel de souscription et il faut les contacter toutes en amont de la cession (AMF, § 3.2.2 et 3.2.3).
Que reproche l'AMF à la commercialisation de ces parts ?
Sur quatre distributeurs contrôlés en 2023 : une adéquation peu justifiée, une information sur les coûts non adaptée au démembrement, des clés fixées sans information sur l'écart avec la durée recommandée, des contreparties parfois liées à la société de gestion et des conflits d'intérêts peu encadrés. L'AMF précise que son document n'est ni une position ni une recommandation.
Ce qu'il faut retenir
- —Le démembrement temporaire de parts de SCPI dure de 3 à 20 ans, 8 ans en moyenne dans le panel de l'AMF ; le nu-propriétaire ne perçoit rien et ne supporte pas les coûts récurrents pendant cette durée.
- —Le nu-propriétaire n'a rien à déclarer à l'IFI pendant le démembrement ; l'usufruitier déclare la pleine propriété. La reconstitution de la pleine propriété n'est pas taxée.
- —Dans le panel de l'AMF, les usufruitiers sont pour l'essentiel des sociétés ; la contrepartie est le plus souvent recherchée par la société de gestion et peut appartenir à son groupe.
- —L'AMF a relevé chez quatre distributeurs une information sur les coûts et une justification d'adéquation peu adaptées au démembrement.
- —Le gain d'une nue-propriété se lit à l'échéance : valeur de la part, frais, prix de vente réel, délai. Le gain brut théorique d'une clé n'est pas un rendement.
- —Avant de souscrire, il faut obtenir par écrit la clé, la durée, l'identité de la contrepartie, les frais et la rémunération du distributeur.
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Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil juridique ou fiscal personnalisé, ni une recommandation de souscrire des parts de SCPI, en pleine propriété ou en démembrement. Les parts de SCPI ne sont pas garanties en capital, leur liquidité n'est pas assurée et leur valeur varie. L'exemple d'école (clé de 70 % sur 8 ans, part de 100 €) est purement arithmétique et ne correspond à aucune offre. Ce que nous n'avons pas pu vérifier : les clés et durées pratiquées, les frais réels de chaque offre, les suites données aux contrôles de l'AMF après mars 2024, la rentabilité constatée, le calcul de la plus-value d'un nu-propriétaire et la situation d'un usufruitier personne physique. Le Rempart Financier est lui-même courtier en assurance et conseiller en investissements financiers, rémunéré pour partie par des rétrocessions et des commissions sur encours, notamment sur les contrats d'assurance-vie : nous sommes partie prenante lorsque nous évoquons la souscription de parts de SCPI. Sources : Autorité des marchés financiers, « Synthèse des contrôles SPOT sur la commercialisation des SCPI en démembrement temporaire de propriété » (mars 2024) ; Code général des impôts, articles 150 UB, 965, 968 et 1133 ; BOFiP BOI-PAT-IFI-20-20-30-10 (démembrement et IFI, version du 8 juin 2018) ; Code monétaire et financier, articles L. 533-10, L. 533-12 et L. 533-13 (cités par l'AMF) ; nos articles sur le blocage des retraits des SCPI, les valeurs de reconstitution et de réalisation, les SCPI sans frais d'entrée, l'usufruit de SCPI en société, la SCPI dans une SCI, les plus-values immobilières et la rémunération des conseillers.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès