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Usufruit temporaire de SCPI en société : loger un rendement, amortir un droit

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 2 septembre 2026·11 min de lecture
L'essentiel

Une société peut acheter le droit de percevoir les loyers d'une SCPI pendant 5 à 15 ans, sans acquérir les parts elles-mêmes — et amortir ce droit dans ses comptes. Le Conseil d'État a confirmé, le 24 avril 2019, que l'usufruit temporaire d'un bien peut être amorti fiscalement. Un montage réel et reconnu juridiquement, à condition de ne jamais perdre de vue sa rationalité économique : c'est un différé d'impôt, pas une exonération, et le risque d'abus de droit est réel si le montage n'a pas d'autre objectif que fiscal.

Sommaire · 4 sections
  1. 01L'amortissement, le cœur de l'avantage fiscal
  2. 02Les lignes rouges à connaître avant de se lancer
  3. 03Pour qui ce montage a du sens
  4. 04Ce qu'il faut retenir

Le montage classique associe deux acquéreurs : une société à l'IS achète l'usufruit temporaire de parts de SCPI, et une autre partie — souvent le dirigeant à titre personnel, parfois une structure patrimoniale distincte — achète la nue-propriété. Pendant toute la durée du démembrement, généralement 5 à 15 ans, c'est la société, en tant qu'usufruitière, qui perçoit les loyers distribués par la SCPI. À l'échéance, l'usufruit s'éteint automatiquement et sans indemnité : le nu-propriétaire récupère la pleine propriété des parts, sans droits ni impôt supplémentaire à ce titre. Pour le point de vue du nu-propriétaire particulier et les constats de l'AMF sur la commercialisation de ces parts, voir notre article sur les SCPI en démembrement temporaire.

Ce mécanisme s'appuie sur la même mécanique de décote que le démembrement de compte-titres présenté dans notre article démembrement de compte-titres : transmettre sans perdre le contrôle, mais appliqué à un objectif différent : ici, l'objectif n'est pas la transmission, mais l'optimisation de la trésorerie d'entreprise et la constitution d'un patrimoine personnel du dirigeant à moindre coût.

L'amortissement, le cœur de l'avantage fiscal

L'usufruit est un actif incorporel dont la valeur décroît mécaniquement à mesure que l'échéance du démembrement se rapproche — à la différence de la pleine propriété, qui ne s'amortit pas de cette façon en comptabilité d'une société commerciale. Le Conseil d'État a confirmé, dans une décision du 24 avril 2019 (n° 419912), que cette dépréciation peut justifier un amortissement comptable et fiscal, généralement linéaire sur la durée du démembrement jusqu'à une valeur résiduelle nulle. Cette charge d'amortissement vient réduire le résultat imposable de la société chaque année, en parallèle des loyers perçus.

ÉtapeCe qui se passe pour la société usufruitière
Achat de l'usufruitDécaissement de 60 à 75 % de la valeur en pleine propriété, typiquement
Pendant le démembrementPerception des loyers SCPI + amortissement annuel du droit, déductible du résultat
À l'échéanceExtinction de l'usufruit, sans valeur résiduelle ni contrepartie pour la société

Les lignes rouges à connaître avant de se lancer

  • —La valorisation de l'usufruit doit être économiquement justifiée, pas fixée arbitrairement pour maximiser l'avantage fiscal — une décote de 60 à 75 % de la pleine propriété est une fourchette usuelle, pas une norme automatique.
  • —Le risque d'abus de droit fiscal est réel : un montage dont le seul objectif est fiscal, sans rationalité économique (besoin réel de trésorerie de la société, cohérence de durée, prix de marché) s'expose à une requalification au titre des articles L64 et L64 A du Livre des procédures fiscales.
  • —La séquence d'acquisition compte : que la nue-propriété et l'usufruit soient achetés simultanément ou séparément dans le temps change l'analyse fiscale du montage — un point à sécuriser avec un professionnel avant signature.
  • —Ce n'est pas un outil de transmission à proprement parler pour la société : à l'échéance, elle ne récupère rien — l'usufruit disparaît, c'est le nu-propriétaire (souvent le dirigeant à titre personnel) qui capitalise sur le long terme.

Pour qui ce montage a du sens

Ce montage s'adresse à un dirigeant qui a identifié une trésorerie d'entreprise durablement excédentaire, cherche un rendement immobilier régulier pour la société sur un horizon défini, et souhaite en parallèle constituer, à titre personnel, un patrimoine à moindre coût d'acquisition. C'est un montage technique, qui suppose une coordination réelle entre le conseil patrimonial, l'expert-comptable et, selon les cas, un avocat fiscaliste.

L'usufruit temporaire de SCPI évite-t-il l'article 209-0 A du CGI ?

Oui : ce n'est pas une détention de parts d'OPCVM, mais un droit démembré sur des parts de SCPI — un régime fiscal distinct, hors du champ de cet article. Le détail du piège évité est dans trésorerie de société : le piège des plus-values latentes.

Que se passe-t-il si la société veut sortir avant l'échéance du démembrement ?

La revente d'un usufruit temporaire avant échéance est possible mais plus complexe qu'une cession de pleine propriété — le marché secondaire est plus étroit, et la valorisation résiduelle décroît avec le temps restant. C'est un placement à horizon défini, pas un outil de liquidité court terme.

Le dirigeant qui achète la nue-propriété prend-il un risque particulier ?

Il immobilise un capital sans percevoir aucun revenu pendant toute la durée du démembrement, en pariant sur la valeur de la SCPI à l'échéance. C'est cohérent avec une logique de constitution de patrimoine à long terme, pas avec un besoin de revenu à court terme.

Ce qu'il faut retenir

L'usufruit temporaire de SCPI en société permet de loger un rendement immobilier dans la trésorerie d'une entreprise tout en amortissant le droit d'usufruit — un différé d'impôt reconnu juridiquement, à condition d'une rationalité économique réelle et d'un montage correctement sécurisé.

Pour évaluer, en coordination avec votre expert-comptable, si votre trésorerie de société et votre horizon justifient ce type de montage plutôt qu'un contrat de capitalisation seul, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle. La fiscalité et la réglementation évoluent chaque année : les règles citées sont celles connues à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiées au moment de votre lecture, notamment auprès de votre expert-comptable et, selon les cas, d'un avocat fiscaliste. Tout investissement comporte un risque de perte en capital. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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EXP Capital — Conseil en Gestion de Patrimoine. ORIAS n° 25005915. Les informations publiées sur ce site ont un caractère pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.