Le Rempart FinancierLe Rempart Financier
← Apprendre·Protection & transmission
PROBLÈMES

Assurance-vie souscrite en banque ou chez un courtier : ce qui change, et ce qui ne change pas, au décès du souscripteur

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 21 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Une idée circule : l'assurance-vie ouverte en banque irait chez le notaire au décès et serait bloquée jusqu'à la fin de la succession, contrairement à celle d'un courtier. Les textes disent autre chose. Le capital stipulé payable au décès à un bénéficiaire déterminé ou à ses héritiers ne fait pas partie de la succession (Code des assurances, art. L. 132-12) ; c'est l'assureur, pas le distributeur, qui le verse, dans un délai qui ne peut excéder un mois à réception des pièces, sous peine d'intérêts au double puis au triple du taux légal (art. L. 132-23-1). Ce sont les comptes de la banque, et non le contrat d'assurance, qui sont bloqués au décès. Ce que change le distributeur se joue avant le décès : frais, gamme, conseil. Cet article suit les textes, le déroulé étape par étape, les cas où une assurance-vie entre bien dans la succession et ce que nous n'avons pas pu vérifier.

Sommaire · 8 sections
  1. 01Ce que disent les textes : l'assureur paie, hors succession
  2. 02Le déroulé au décès, étape par étape
  3. 03D'où vient la confusion : les comptes bloqués, pas le contrat
  4. 04Les cas où une assurance-vie entre bien dans la succession
  5. 05Ce que la fiscalité change, et ce qu'elle ne change pas
  6. 06Ce qui change vraiment entre une banque et un courtier
  7. 07Ce que nous n'avons pas pu vérifier
  8. 08Ce qu'il faut retenir

« Votre assurance-vie est à la banque ? Au décès, elle ira chez le notaire et sera bloquée jusqu'à la fin de la succession. » La phrase s'entend en rendez-vous de conseil, et elle mélange deux choses : les comptes d'une banque, qui sont bloqués au décès, et un contrat d'assurance, qui ne l'est pas. Cet article reprend les textes et les pages officielles pour répondre à une seule question : le canal de distribution, banque, courtier ou plateforme en ligne, change-t-il le règlement du capital au décès ?

La réponse courte, sourcée plus bas : non. Le capital est dû par l'assureur, hors succession, à la personne désignée. Ce qui distingue une banque d'un courtier se joue avant le décès (frais, gamme de supports, conseil), pas au moment du règlement. L'article ne recommande ni de garder ni de fermer un contrat : il sépare les faits des idées reçues. Pour les comptes du défunt, voir notre article sur le compte d'un proche décédé.

Ce que disent les textes : l'assureur paie, hors succession

Trois articles du Code des assurances suffisent à poser le cadre. Le premier écarte la succession : « le capital ou la rente stipulés payables lors du décès de l'assuré à un bénéficiaire déterminé ou à ses héritiers ne font pas partie de la succession de l'assuré », et le bénéficiaire est réputé y avoir eu seul droit à partir du jour du contrat (article L. 132-12). Le deuxième précise qui peut être bénéficiaire : des personnes nommées ou suffisamment définies, comme les enfants ou les héritiers ; ceux-ci ont droit au capital en proportion de leurs parts héréditaires et gardent ce droit s'ils renoncent à la succession, et l'assureur informé du décès doit rechercher le bénéficiaire (article L. 132-8). Le troisième fixe le paiement : à réception des pièces, c'est « l'entreprise d'assurance » qui verse le capital dans un délai qui ne peut excéder un mois (article L. 132-23-1).

Dans ces textes, le débiteur du capital est l'assureur. Le distributeur, banque, courtier en ligne ou cabinet, n'apparaît ni comme débiteur, ni comme passage obligé. Un contrat vendu en agence est un contrat d'assurance conclu avec une entreprise d'assurance, régie par les mêmes articles qu'un contrat vendu par un courtier.

Le déroulé au décès, étape par étape

ÉtapeCe qui se passeSource
Le décès est signalé ou recherchéLes assureurs s'informent au moins chaque année des décès dans le répertoire national d'identification des personnes physiques. Toute personne peut aussi demander gratuitement à l'Agira de rechercher un contrat, avec l'acte de décès : l'Agira saisit les assureurs dans les 15 jours, et l'assureur dont le contrat désigne le demandeur a un mois pour l'informerCode des assurances, articles L. 132-9-2 et L. 132-9-3 ; service-public.gouv.fr, fiche F15269 (vérifiée le 6 juillet 2026)
L'assureur demande les piècesDans les 15 jours après avoir eu connaissance du décès et des coordonnées du bénéficiaire ; plusieurs demandes ne peuvent pas porter sur des pièces identiques ou redondantesCode des assurances, article L. 132-23-1
Le bénéficiaire déclare, dans certains casDéclaration partielle de succession (formulaire 2705-A) pour les primes versées après 70 ans ou pour un plan d'épargne retraite non dénoué d'un titulaire décédé après 70 ans, auprès du service de l'enregistrement du domicile du défunt ; le formulaire complété est rendu au bénéficiaire pour être présenté à l'assureurimpots.gouv.fr, « Je suis bénéficiaire d'une assurance-vie, comment la déclarer ? »
L'assureur paieDans un délai qui ne peut excéder un mois à réception des pièces ; au-delà, le capital produit des intérêts au double du taux légal pendant deux mois, puis au triple : 13,68 % puis 20,52 % d'après Service-PublicCode des assurances, article L. 132-23-1 ; service-public.gouv.fr, fiche F15269
Si personne ne réclameDix ans après la connaissance du décès par l'assureur, les sommes sont déposées à la Caisse des dépôts ; pour un décès de plus de dix ans, la demande passe par le service Ciclade de la Caisse des dépôts et non par l'AgiraCode des assurances, article L. 132-27-2 ; service-public.gouv.fr, fiche F15269

Ni le notaire ni la banque ne figurent comme intermédiaires obligés dans ce circuit. Le notaire peut aider le bénéficiaire pour le formulaire 2705-A, mais le dépôt se fait par le bénéficiaire lui-même, y compris en ligne depuis la messagerie sécurisée de son espace Finances publiques (impots.gouv.fr).

D'où vient la confusion : les comptes bloqués, pas le contrat

Quand la banque apprend le décès, elle bloque les comptes individuels du défunt. Ces avoirs entrent dans la succession, que règle le notaire, avec ses délais et ses frais ; le détail est dans notre article sur le compte d'un proche décédé et dans celui sur les frais de notaire d'une succession. Le contrat d'assurance-vie, lui, n'est pas un avoir de la banque : c'est une créance sur l'assureur, payable au bénéficiaire. L'amalgame vient de ce que le même établissement tient les comptes et distribue le contrat.

Les cas où une assurance-vie entre bien dans la succession

Le notaire intervient pour une assurance-vie dans des situations qui n'ont rien à voir avec la banque ou le courtier. impots.gouv.fr en cite trois, où les sommes sont prises en compte dans la succession et soumises aux droits de mutation par décès : aucun bénéficiaire n'est désigné dans le contrat ; le contrat a été souscrit avec des fonds communs par un époux ou un partenaire de PACS et l'un des deux décède, la moitié de la valeur de rachat étant alors ajoutée à la masse de la succession ; le contrat a été souscrit avec des fonds propres du défunt qui n'est pas l'assuré, sa valeur de rachat revenant à l'actif de sa succession.

Deux autres situations ressortent des textes. Les primes peuvent être réintégrées à la succession si elles étaient manifestement exagérées eu égard aux facultés du souscripteur (Code des assurances, article L. 132-13 ; voir notre article sur les pièges de l'assurance-vie en succession). Et quand la clause désigne « mes héritiers », le capital se partage en proportion de leurs parts héréditaires (article L. 132-8) : il faut donc identifier les héritiers et leurs parts ; nous n'avons pas trouvé de liste officielle des pièces que l'assureur peut demander à cette fin. Pour rédiger la clause, voir notre article sur la clause bénéficiaire.

Ce que la fiscalité change, et ce qu'elle ne change pas

La fiscalité du capital-décès dépend de la date de souscription, de l'âge de l'assuré lors des versements et de la personne du bénéficiaire, pas du distributeur. Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire bénéficie d'une exonération de 152 500 €, puis d'un prélèvement de 20 % sur la part taxable jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà (article 990 I du Code général des impôts). Pour les primes versées après 70 ans, elles entrent dans la succession après un abattement global de 30 500 € (article 757 B). Le conjoint ou partenaire de PACS du défunt est exonéré. Lorsque des droits sont dus, le bénéficiaire peut demander à l'assureur de les acquitter à sa place, et l'assureur les déduit alors des sommes versées (impots.gouv.fr). Pour les contrats souscrits avant novembre 1991, voir notre article sur l'assurance-vie avant 1991.

Ce qui change vraiment entre une banque et un courtier

Les différences réelles se situent avant le décès. Nos tableaux de frais officiels comparés montrent, pour les grands contrats bancaires, jusqu'à 3 % de frais sur chaque versement, 0,80 à 0,96 % de frais de gestion annuels en unités de compte et une gamme de l'ordre de cinquante supports contre plusieurs milliers en ligne ; un même assureur peut aussi publier deux grilles de frais selon le canal (voir notre avis sur l'assurance-vie bancaire). Ces écarts se mesurent contrat par contrat, avec les documents d'information du contrat envisagé.

Un point pèse sur toute décision de quitter un contrat : le transfert avec maintien de l'antériorité fiscale n'existe qu'au sein d'un même assureur ; vers un autre assureur, il faut racheter puis réinvestir, ce qui remet à zéro l'ancienneté et déclenche l'imposition des gains (voir notre article sur les vieux contrats). Le règlement au décès n'est donc pas, en soi, une raison de quitter un contrat. Reste à comparer les frais, la gamme et la solidité de l'assureur ; sur ce dernier point, la garantie des assurés s'apprécie par assureur, à hauteur de 70 000 € par personne et par assureur défaillant, quel que soit le distributeur (voir notre article sur la solidité d'un assureur-vie).

Ce que nous n'avons pas pu vérifier

  • —Les délais constatés en pratique selon les assureurs et les canaux : nous avons lu les délais légaux, pas de statistique publique comparant banque et courtier.
  • —La liste exacte des pièces demandées par les assureurs, notamment pour identifier des héritiers désignés par la clause « mes héritiers ».
  • —Le sort d'un contrat donné en garantie d'un prêt (nantissement ou délégation au profit d'une banque) : nous n'avons pas traité ce cas particulier.
  • —Le rôle éventuel de l'agence comme guichet de transmission du dossier à l'assureur : les textes lus ne le prévoient pas, ce qui n'exclut pas des pratiques commerciales.
  • —L'assiette des émoluments du notaire pour les sommes relevant de l'article 757 B, quand elles sont ajoutées à la succession.

Une assurance-vie souscrite en banque est-elle bloquée jusqu'à la fin de la succession ?

Non. Le capital stipulé payable au décès à un bénéficiaire déterminé ne fait pas partie de la succession (Code des assurances, article L. 132-12) : l'assureur le verse au bénéficiaire, dans un délai qui ne peut excéder un mois à réception des pièces (article L. 132-23-1). Ce sont les comptes de la banque qui sont bloqués, pas le contrat d'assurance.

Faut-il passer par un notaire pour récupérer une assurance-vie ?

Les textes lus ne l'exigent pas : le bénéficiaire s'adresse à l'assureur, avec les pièces demandées, et dépose lui-même le formulaire 2705-A quand il est requis (primes versées après 70 ans, plan d'épargne retraite non dénoué d'un titulaire décédé après 70 ans). Le notaire peut l'aider, et intervient si le contrat entre dans la succession.

Quel délai pour recevoir le capital ?

L'assureur demande les pièces dans les 15 jours après avoir connu le décès et le bénéficiaire, puis verse le capital dans un délai qui ne peut excéder un mois à réception des pièces ; au-delà, des intérêts au double du taux légal courent pendant deux mois, puis au triple (article L. 132-23-1 ; 13,68 % puis 20,52 % d'après Service-Public).

Comment savoir si un proche décédé avait une assurance-vie ?

Toute personne peut demander gratuitement à l'Agira de rechercher l'existence d'un contrat, avec l'acte de décès ; l'Agira saisit les assureurs dans les 15 jours, et l'assureur dont le contrat désigne le demandeur a un mois pour l'informer. Pour un décès de plus de dix ans, il faut s'adresser à la Caisse des dépôts (service Ciclade) (service-public.gouv.fr, fiche F15269).

Une assurance-vie peut-elle quand même entrer dans la succession ?

Oui, dans certains cas : aucun bénéficiaire désigné, contrat souscrit avec des fonds communs ou avec des fonds propres du défunt qui n'est pas l'assuré (impots.gouv.fr), ou primes manifestement exagérées (article L. 132-13). Le distributeur n'y change rien.

Les frais de notaire s'appliquent-ils à une assurance-vie ?

Le capital d'une assurance-vie payable à un bénéficiaire déterminé ne fait pas partie de la succession, et le règlement ne suppose pas d'acte notarié dans les textes lus. Nous n'avons pas trouvé de texte sur l'assiette des émoluments pour les sommes de l'article 757 B ajoutées à la succession.

Quitter l'assurance-vie de sa banque simplifie-t-il la succession ?

Pas d'après les textes : le règlement au décès suit les mêmes articles quel que soit le distributeur. Quitter un contrat de plus de huit ans suppose un rachat, donc l'imposition des gains, sans maintien de l'antériorité fiscale vers un autre assureur.

Le distributeur reçoit-il le capital ou y touche-t-il ?

Non : l'assureur verse le capital au bénéficiaire (article L. 132-23-1). Les textes lus ne prévoient aucun passage par le distributeur.

Ce qu'il faut retenir

  • —Le capital-décès d'une assurance-vie payable à un bénéficiaire déterminé est hors succession, quel que soit le distributeur (Code des assurances, article L. 132-12).
  • —C'est l'assureur qui paie, dans un délai qui ne peut excéder un mois à réception des pièces, avec des intérêts au double puis au triple du taux légal en cas de retard.
  • —Ce sont les comptes de la banque qui sont bloqués au décès, pas le contrat d'assurance : c'est là que naît la confusion.
  • —Le contrat entre dans la succession dans des cas précis (pas de bénéficiaire, fonds communs, souscripteur différent de l'assuré, primes manifestement exagérées), sans lien avec la banque ou le courtier.
  • —Un notaire n'est pas un passage obligé ; le bénéficiaire dépose lui-même le formulaire 2705-A quand il est requis.
  • —Ce qui distingue une banque d'un courtier se joue avant le décès : frais, gamme, conseil. Quitter un contrat de plus de huit ans a un coût fiscal.

Pour vérifier la clause bénéficiaire et la cohérence de vos contrats avec votre projet de transmission, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil juridique ou fiscal personnalisé, ni une recommandation de conserver, de transférer ou de fermer un contrat. Les taux d'intérêt de retard (13,68 % puis 20,52 %) sont ceux affichés par Service-Public à la date de vérification de sa fiche et évoluent avec le taux légal ; les montants de 152 500 €, 30 500 € et 70 000 € sont ceux de 2026. Ce que nous n'avons pas pu vérifier : les délais constatés en pratique selon les canaux, la liste exacte des pièces demandées, le sort d'un contrat donné en garantie d'un prêt, le rôle éventuel de l'agence comme guichet et l'assiette des émoluments du notaire pour les sommes de l'article 757 B. Le Rempart Financier est lui-même courtier en assurance et conseiller en investissements financiers, rémunéré pour partie par des rétrocessions et des commissions sur encours, notamment sur les contrats d'assurance-vie : nous sommes partie prenante lorsque nous comparons une assurance-vie bancaire et un contrat de courtage. Sources : Code des assurances, articles L. 132-8, L. 132-9-2, L. 132-9-3, L. 132-12, L. 132-13, L. 132-23-1, L. 132-27-2, L. 423-1 et R. 423-7 ; Code général des impôts, articles 757 B et 990 I ; service-public.gouv.fr, fiche F15269 « Assurance-vie : comment savoir si on est bénéficiaire d'un assuré décédé ? » (vérifiée le 6 juillet 2026) ; impots.gouv.fr, « Je suis bénéficiaire d'une assurance-vie, comment la déclarer ? » (consultée le 21 septembre 2026) ; nos articles sur l'assurance-vie bancaire, la clause bénéficiaire, les pièges de l'assurance-vie en succession, les vieux contrats, la solidité d'un assureur-vie, le compte d'un proche décédé, les frais de notaire d'une succession et l'assurance-vie avant 1991.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

Assurance vie : trois dates qui changent tout

Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.

Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès

À lire aussi
PREMIÈRE CONSULTATION OFFERTE

Votre patrimoine mérite une stratégie claire. Prenons 30 minutes pour en poser les bases.

Un entretien en visio, offert et sans engagement, avec un conseiller du cabinet. Vous repartez avec une lecture honnête de vos placements actuels et des leviers à étudier — rien n'est signé en rendez-vous.

⏱ 30 min en visio🔒 ConfidentielAucune souscription requise
Réserver mon entretien offert
Adrian Girard
Sébastien Petrisot
Sylvain Van Dijkhuizen
Vous serez reçu par Adrian, Sébastien ou Sylvain.
Pas encore prêt pour un rendez-vous ?

EXP Capital — Conseil en Gestion de Patrimoine. ORIAS n° 25005915. Les informations publiées sur ce site ont un caractère pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.