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SCPI : peut-on vraiment revendre ses parts ? Le vrai visage du risque de blocage

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 4 septembre 2026·12 min de lecture
L'essentiel

Une SCPI à capital variable n'a aucune obligation légale de racheter vos parts sur ses actifs propres : votre demande de retrait attend, dans un registre, qu'un nouveau souscripteur se présente en face. Tant que la collecte est abondante, personne ne s'en rend compte. Quand elle se tarit, la mécanique se grippe — c'est exactement ce qui s'est produit en 2025-2026 chez Primonial (devenu Praemia REIM), Amundi Immobilier et Sofidy. Ce n'est pas un accident isolé : c'est le fonctionnement normal d'un véhicule à capital variable sous tension, et la loi organise ce blocage plutôt qu'elle ne l'empêche.

« Vous recevez vos loyers tranquillement, tout va bien. Essayez de revendre vos parts, vous allez voir que ça peut être compliqué. » C'est la phrase que devrait entendre tout épargnant qui envisage une SCPI, avant de signer, pas après. Ce n'est pas de l'alarmisme : c'est la mécanique légale de l'enveloppe elle-même, et 2025-2026 en a fourni une démonstration grandeur nature avec plusieurs des plus grosses SCPI du marché français.

Une SCPI à capital variable n'a aucune obligation de vous racheter

C'est le point que la plupart des plaquettes commerciales n'expliquent jamais clairement. Quand vous demandez le retrait de vos parts sur une SCPI à capital variable, votre demande n'est pas honorée par la société de gestion sur ses fonds propres : elle est inscrite dans un registre chronologique, et n'est désintéressée que si un nouveau souscripteur verse une somme équivalente au même moment (marché primaire). Aucune obligation légale ne force la société de gestion à sortir du cash pour vous racheter si personne ne rentre en face.

Une nuance rarement mentionnée aggrave la situation : contrairement à un ordre de vente sur le marché secondaire d'une SCPI à capital fixe (valable 12 mois, renouvelable), une demande de retrait sur une SCPI à capital variable n'a pas de durée de validité. Elle attend, indéfiniment, tant que la collecte ne repart pas. Certaines sociétés de gestion dotent un fonds de remboursement facultatif, voté en assemblée générale, mais il ne représente généralement que quelques dizaines de millions d'euros — une réserve d'appoint, pas une garantie de sortie.

La loi prévoit un mécanisme de sauvegarde, mais il protège la SCPI dans son ensemble, pas votre argent individuellement. Quand les demandes de retrait non satisfaites depuis plus de 12 mois représentent 10 % ou plus des parts de la société, la société de gestion doit en informer l'AMF et convoquer une assemblée générale extraordinaire sous deux mois pour décider d'une mesure — le plus souvent la suspension de la variabilité du capital, avec bascule vers un marché secondaire par confrontation d'ordres, comme sur une SCPI à capital fixe classique. Ce basculement ne résout rien pour vous : il déplace simplement le problème, votre sortie dépendant désormais d'un acheteur au prix que le marché veut bien payer, pas d'un rachat automatique.

Le cas Primopierre : ce qui s'est réellement passé

Primopierre, gérée par Praemia REIM (nouveau nom de Primonial REIM), a vu sa capitalisation fondre de 2,83 milliards d'euros fin 2024 à 832,2 millions d'euros au deuxième trimestre 2026 — un effondrement de la collecte nette, pas des seules valorisations. Le recul cumulé du prix de part depuis 2022 atteint environ 45 %. Le 7 janvier 2026, une assemblée générale extraordinaire a acté la suspension de la variabilité du capital pour une durée de deux ans renouvelables, exactement le mécanisme prévu par l'article L.214-93. Trois autres SCPI du même gestionnaire — Primovie, Patrimmo Croissance Impact et Patrimmo Commerce — ont connu la même bascule au premier semestre 2026.

Primopierre n'est pas un cas isolé

C'est le point le plus important à retenir : ce n'est pas une défaillance ponctuelle d'un gestionnaire, c'est un phénomène de marché qui a touché plusieurs des plus gros noms du secteur. Chez Amundi Immobilier, selon un communiqué officiel du 28 août 2026, Edissimmo a vu son prix de part reculer de 12,8 %, Rivoli Avenir Patrimoine de 11 %, Génépierre de 15 % — la collecte s'y est tarie depuis juillet 2023, avec un endettement de 28 % à 36 % de l'actif qui a amplifié la baisse. Chez Sofidy, Efimmo 1 a vu son prix ramené de 212 € à 190 € (-10,37 %) au 1er septembre 2026, portant le recul cumulé depuis 2023 à près de 20 %.

À l'inverse, toutes les SCPI ne sont pas dans cette situation : Corum Origin, par exemple, a collecté 119,4 millions d'euros nets au premier trimestre 2026, l'une des quatre SCPI françaises à dépasser ce seuil sur la période. La sélectivité entre véhicules n'a jamais autant compté qu'aujourd'hui.

SCPISociété de gestionÉvolution du prix de partSituation en 2026
PrimopierrePraemia REIMEnviron -45 % depuis 2022Variabilité du capital suspendue (2 ans renouvelables, janvier 2026)
PrimoviePraemia REIMBaisse significativeVariabilité du capital suspendue en 2026
EdissimmoAmundi Immobilier-12,8 %Collecte tarie depuis juillet 2023
Rivoli Avenir PatrimoineAmundi Immobilier-11,0 %Collecte tarie depuis juillet 2023
GénépierreAmundi Immobilier-15,0 %Collecte tarie depuis juillet 2023
Efimmo 1Sofidy-19,83 % depuis 2023Nouvelle baisse au 1er septembre 2026
Corum OriginCorum AMStableCollecte nette positive (119,4 M€ au T1 2026)

Ce que suit l'ASPIM, et pourquoi la statistique globale peut tromper

L'ASPIM (l'association professionnelle des sociétés de placement immobilier) publie chaque trimestre, avec l'IEIF, un baromètre des fonds immobiliers grand public qui suit notamment les parts en attente de retrait. Cet indicateur agrégé est passé de 3,14 % de la capitalisation totale fin 2025 à environ 2,2 % au deuxième trimestre 2026 — une amélioration en apparence. Mais cette baisse ne traduit pas nécessairement une résolution organique du problème : au moins neuf SCPI ont basculé en capital fixe depuis 2025, ce qui fait disparaître administrativement leurs demandes de retrait non satisfaites de cet indicateur (elles rejoignent un marché secondaire au lieu de rester comptabilisées comme des retraits en attente), sans que l'épargnant concerné ait pour autant récupéré son argent plus facilement.

Que faire si vous êtes bloqué ?

  • Le marché secondaire de gré à gré, une fois la SCPI basculée en capital fixe : des décotes à deux chiffres sur la valeur de retrait sont rapportées par les acteurs spécialisés de ce marché — à négocier au cas par cas, ces acteurs ayant un intérêt commercial à insister sur l'urgence de vendre.
  • Attendre en registre, si la SCPI reste à capital variable : la demande n'expire pas, mais rien ne garantit qu'elle sera un jour satisfaite si la collecte ne repart pas.
  • La détention via une assurance-vie ne protège pas de la baisse de valeur : l'assureur garantit la liquidité contractuelle du rachat, mais la valeur de l'unité de compte SCPI suit le même prix de part, à la même baisse.
  • Vérifier avant d'investir, pas après : le taux de collecte nette récent de la SCPI, l'ancienneté et la part de demandes de retrait déjà en attente figurent dans le rapport annuel et les bulletins trimestriels — des documents publics à lire avant de signer, pas après.

Une SCPI a-t-elle l'obligation légale de me racheter mes parts ?

Non. Une SCPI à capital variable ne rachète que si un nouveau souscripteur verse une somme équivalente au même moment. Il n'existe aucune obligation de rachat sur les actifs propres de la société.

Que se passe-t-il si la variabilité du capital est suspendue ?

La SCPI bascule vers un fonctionnement proche d'une SCPI à capital fixe, avec un marché secondaire par confrontation d'ordres : votre sortie dépend alors d'un acheteur au prix de marché, pas d'un rachat automatique par la société de gestion.

Est-ce que toutes les SCPI sont concernées par ce risque ?

Non, mais le phénomène a touché plusieurs des plus grosses SCPI du marché en 2025-2026 (Praemia REIM, Amundi Immobilier, Sofidy). D'autres, comme Corum Origin, continuent de collecter normalement. La sélectivité est le seul levier disponible avant d'investir.

Combien de temps faut-il pour récupérer son argent si tout se passe bien ?

Sur une SCPI dont la collecte est saine, un retrait s'exécute généralement en quelques semaines à quelques mois. Sur une SCPI en tension, ce délai peut s'étendre à plusieurs années, voire déboucher sur une suspension de la variabilité du capital.

Ce qu'il faut retenir

La SCPI reste un outil pertinent pour qui cherche un revenu immobilier sans gestion — mais elle n'est ni un livret, ni un placement à liquidité garantie, et 2025-2026 vient de le rappeler à grande échelle. Vérifier la collecte nette récente et la part de demandes de retrait en attente avant de souscrire n'est pas une précaution excessive : c'est devenu, pour ce marché, une nécessité. Notre guide sur les foncières cotées présente une alternative structurellement liquide pour qui privilégie ce critère. Réalisez votre bilan patrimonial en ligne pour faire le point sur vos SCPI existantes.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal personnalisé. Les chiffres cités concernant des SCPI nommément désignées proviennent de communiqués officiels des sociétés de gestion et de données de marché publiées à la date de rédaction de cet article ; ils sont susceptibles d'évoluer et doivent être vérifiés auprès de la société de gestion concernée avant toute décision. Tout investissement en SCPI comporte un risque de perte en capital et d'illiquidité ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

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