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Le risque de réinvestissement : pourquoi un compte à terme à 4 % n'est pas un placement sans risque

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 15 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Un compte à terme à 3,5 % ou un fonds euros revalorisé à 2,63 % en 2025 donnent une impression de sécurité totale : le taux est connu à l'avance, le capital est garanti. Mais cette garantie ne porte que sur la période couverte — un an, trois ans, une année d'assurance-vie. Au terme, rien ne garantit qu'on pourra replacer au même taux, ni que les actifs risqués délaissés entre-temps n'auront pas progressé plus vite. C'est le risque de réinvestissement : un concept de finance obligataire bien documenté, presque jamais expliqué au grand public, qui ne supprime pas le risque d'un placement à taux garanti — il le déplace dans le temps.

Sommaire · 6 sections
  1. 01Qu'est-ce que le risque de réinvestissement, précisément
  2. 02L'ancrage chiffré : où en sont les taux en septembre 2026
  3. 03Le cas du fonds euros : une garantie qui se paie dans la durée
  4. 04Le coût d'opportunité : ce que la sécurité peut coûter sur la durée
  5. 05Pour qui ce risque compte vraiment, et pour qui il ne compte pas
  6. 06Ce qu'il faut retenir

« Le taux est garanti, il n'y a aucun risque. » C'est l'argument qui revient systématiquement autour d'un compte à terme à 3,5 % ou 4 % sur douze mois, et il n'est pas faux — sur la période couverte. Le problème n'est pas ce que le taux garantit, c'est ce qu'il ne garantit pas : ce qui se passe le jour où le contrat arrive à échéance et où il faut décider où replacer l'argent. Ce jour-là, personne ne sait à quel taux les nouveaux comptes à terme seront proposés, ni où en seront les marchés actions ou l'immobilier que l'épargnant aura, entre-temps, laissés de côté. Ce phénomène a un nom en finance de marché : le risque de réinvestissement. Il est enseigné dans tout manuel de gestion obligataire, documenté par des références comme Vernimmen, et pourtant presque jamais mentionné dans la communication commerciale autour des comptes à terme ou des fonds euros. Le PEL, à l'inverse, protège contre ce risque précis sur toute sa durée de vie puisque son taux est figé à l'ouverture — au prix d'autres contraintes que nous détaillons à part.

Cet article ne dit pas qu'un compte à terme ou un fonds euros est un mauvais placement — ce sont des outils utiles pour de l'épargne de précaution ou un horizon court et fixe, comme on le détaille plus loin. Il explique un mécanisme que la plupart des épargnants ignorent : un taux garanti aujourd'hui ne supprime pas le risque, il le transforme et le déplace dans le temps. Comprendre cette distinction change la façon d'arbitrer entre sécurité apparente et performance réelle sur un horizon long.

Qu'est-ce que le risque de réinvestissement, précisément

La définition de référence vient de la finance obligataire. Le glossaire Vernimmen — une référence reconnue en finance d'entreprise et de marché, largement utilisée dans l'enseignement et la pratique financière française — définit le risque de réinvestissement des coupons comme le fait que le détenteur d'une obligation ne sait pas à quel taux les coupons qu'il perçoit seront réinvestis, et ce sur toute la durée de détention de son titre. Une obligation qui verse un coupon annuel de 4 % pendant dix ans ne garantit pas un rendement composé de 4 % sur dix ans : elle garantit 4 % sur le capital initial chaque année, mais le réinvestissement de chaque coupon perçu se fait aux conditions de marché du moment, qui peuvent être plus ou moins favorables. Seule une obligation zéro-coupon — qui ne verse rien avant l'échéance et capitalise mécaniquement — est protégée de ce risque précis, puisqu'il n'y a rien à réinvestir en cours de route.

Le même mécanisme s'applique, de façon élargie, à tout placement à taux garanti sur une durée limitée : un compte à terme sur douze mois, un fonds euros dont le taux est fixé chaque année, une obligation datée que l'on détient jusqu'à son terme. Dans tous ces cas, la garantie porte sur la période contractuelle. Ce qui n'est pas garanti, c'est le taux auquel on pourra replacer le capital une fois cette période écoulée. Si les taux ont baissé entre-temps, on subit une perte de rendement par rapport à ce qu'on aurait pu obtenir en bloquant plus longtemps au départ. Si les taux ont monté, c'est l'inverse : on profite d'un meilleur taux au renouvellement. Le risque de réinvestissement n'est donc pas uniquement un risque de baisse — c'est une incertitude sur le taux futur, qui peut jouer dans les deux sens, mais qui rend impossible toute promesse de rendement garanti au-delà de l'échéance contractuelle.

Risque de taux, risque de marché, risque de réinvestissement : trois choses différentes

Ces trois notions sont souvent confondues alors qu'elles décrivent des mécanismes distincts, et parfois opposés.

  • —Le risque de taux concerne la valeur de marché d'un titre déjà détenu, avant son échéance. Si les taux montent après l'achat d'une obligation à taux fixe, sa valeur de revente baisse mécaniquement — un acheteur peut désormais obtenir mieux ailleurs, donc l'ancien titre perd de son attrait s'il faut le céder avant terme. C'est un risque de perte en capital en cas de revente anticipée, pas un risque qui touche le détenteur qui conserve le titre jusqu'à l'échéance. Les fonds obligataires datés reposent sur cette logique de portage jusqu'à l'échéance, avec des frais, un risque de défaut et des scénarios de tensions que nous chiffrons dans fonds obligataires datés : rendement à l'échéance, frais, défauts.
  • —Le risque de réinvestissement concerne, à l'inverse, ce qui se passe une fois le titre arrivé à échéance ou les coupons perçus : à quel taux le capital libéré sera-t-il replacé ? Une baisse des taux entre-temps joue défavorablement ici, alors qu'elle aurait joué favorablement sur le risque de taux d'un titre en cours de vie.
  • —Le risque de marché, au sens large, est le risque de variation de valeur d'un actif risqué (action, part d'OPCVM, immobilier) sous l'effet des conditions économiques, indépendamment de toute logique de taux garanti — c'est le risque que prend, à l'inverse, celui qui investit en actions plutôt que de sécuriser son épargne à taux fixe.

Une synthèse pédagogique courante en gestion de portefeuille souligne que le risque de taux et le risque de réinvestissement jouent en sens inverse et se compensent partiellement sur un horizon de détention donné : une hausse des taux pénalise la valeur de revente d'un titre en cours de vie mais améliore les conditions de réinvestissement des flux futurs, et inversement pour une baisse. Ce point de compensation partielle est une logique standard enseignée en gestion obligataire ; nous ne l'avons pas recoupé sur une source réglementaire unique de type AMF ou Banque de France, et le présentons donc comme un principe généralement admis plutôt que comme une donnée chiffrée officielle.

L'ancrage chiffré : où en sont les taux en septembre 2026

Pour rendre le mécanisme concret, il faut des chiffres datés — et ces chiffres bougent vite, donc à vérifier au moment de votre lecture. Au 15 septembre 2026, la Banque centrale européenne affiche un taux de dépôt (deposit facility) à 2,50 %, un taux de refinancement principal à 2,65 % et un taux de prêt marginal à 2,90 %, après un relèvement de 25 points de base le 10 septembre 2026 — la deuxième hausse de l'année. L'Euribor 3 mois, référence pour une grande partie des produits de taux courts, s'établissait à 2,643 % à la même date du 10 septembre 2026.

Sur les emprunts d'État français, l'OAT à 10 ans a atteint un niveau record de 4,43 % le 10 septembre 2026 selon l'Agence France Trésor — son plus haut niveau depuis 2008 — contre une moyenne de 3,53 % en janvier 2026 de la même année. Cette hausse rapide est associée, selon les commentaires de marché disponibles, aux tensions sur l'énergie, l'inflation et les finances publiques françaises ; ce point mérite d'être vérifié au moment de votre lecture tant la situation peut évoluer vite sur les taux souverains.

Côté offre commerciale, les comptes à terme proposés par les banques et fintechs françaises se situaient, selon un comparatif spécialisé mis à jour en septembre 2026, généralement entre 3,10 % et 3,65 % bruts sur douze mois, certaines offres en ligne montant jusqu'à environ 4 % sur des durées plus longues (36 mois). Ce sont des données commerciales agrégées par un comparateur, pas un relevé réglementaire, et les taux affichés à la signature d'un contrat individuel peuvent différer : à vérifier auprès de l'établissement au moment de la souscription.

RéférenceNiveau (septembre 2026)Source
Taux de dépôt BCE2,50 %BCE, relevé le 10/09/2026
Euribor 3 mois2,643 %Relevé du 10/09/2026
OAT France 10 ans4,43 % (record)Agence France Trésor, 10/09/2026
Comptes à terme bancaires (12 mois)≈ 3,10 % à 3,65 % brutsComparatif commercial, septembre 2026

Ce que ce tableau montre, ce n'est pas qu'un niveau de taux est « bon » ou « mauvais » en soi, mais qu'il est mobile — et qu'il l'a été fortement rien qu'en 2026 (l'OAT 10 ans a pris environ 90 points de base entre janvier et septembre). Un épargnant qui a bloqué un compte à terme à 3 % il y a un an ne sait pas s'il retrouvera 3 %, plus, ou moins, à l'échéance. C'est très exactement la définition du risque de réinvestissement appliquée à un produit grand public.

Le cas du fonds euros : une garantie qui se paie dans la durée

Le fonds euros d'un contrat d'assurance-vie fonctionne sur un principe voisin, mais avec un mécanisme de mutualisation propre aux assureurs. Selon la publication de référence de l'ACPR (Analyses et synthèses n° 180, mars 2026), le taux moyen de revalorisation 2025 des supports en euros des contrats individuels d'assurance-vie (y compris fonds ouverts) s'est établi à 2,63 %, un chiffre strictement identique à celui de 2024. Il fait suite à 2,60 % en 2023 — lui-même en forte hausse par rapport à 1,9 % en 2022, selon les données de la publication ACPR précédente (Analyses et synthèses n° 163, sur la revalorisation 2023).

AnnéeTaux moyen de revalorisation (contrats individuels)
20221,9 %
20232,60 %
20242,63 %
20252,63 %

Ce chiffre stable sur deux ans masque un mécanisme intéressant pour illustrer le risque de réinvestissement côté assureur, cette fois. Une synthèse de recherche portant sur cette même publication ACPR indique que, pour maintenir des taux de revalorisation stables en 2024-2025 malgré une remontée générale des taux de marché, les assureurs ont dû puiser dans leurs réserves : la provision pour participation aux bénéfices (PPB), qui sert justement à lisser les revalorisations dans le temps, serait évaluée à environ 4 % des encours fin 2025. Ce chiffre précis n'a pas été vérifié par lecture directe du document source et doit être considéré comme un ordre de grandeur à confirmer, pas une donnée officielle citée telle quelle. Il illustre néanmoins un point structurel : la stabilité apparente d'un taux garanti d'une année sur l'autre peut être obtenue en partie par un lissage des réserves, pas uniquement par la performance des actifs sous-jacents — ce qui signifie que la capacité des assureurs à maintenir ces niveaux dans la durée n'est pas mécaniquement acquise si les taux de marché venaient à rebaisser fortement.

Pour un épargnant, la leçon est la même que pour le compte à terme, à une échelle de temps différente : le taux de revalorisation d'une année n'engage que cette année. Rien ne garantit le taux de l'année suivante, ni sur dix ou vingt ans le rendement cumulé du fonds euros par rapport à ce qu'aurait pu produire une allocation plus dynamique sur la même période.

Le coût d'opportunité : ce que la sécurité peut coûter sur la durée

Le risque de réinvestissement a un miroir : le coût d'opportunité de rester en permanence sur des supports sécurisés à taux court, plutôt que d'investir une partie de l'épargne sur des actifs risqués à horizon long. Pour l'illustrer avec des chiffres réels, il faut distinguer deux séries de données publiques bien distinctes — et c'est un rapprochement que nous faisons nous-mêmes ici, pas une statistique officielle unique qui existerait déjà sous cette forme.

D'un côté, l'inflation des prix à la consommation mesurée par l'INSEE : selon la publication Informations rapides n° 215 du 28 août 2026, les prix à la consommation en France auraient augmenté de 2,4 % sur un an en août 2026 (indice provisoire ; les résultats définitifs étaient attendus le 15 septembre 2026), et l'indice harmonisé européen (IPCH) ressortirait à 2,7 % sur la même période. C'est la mesure officielle de l'érosion du pouvoir d'achat sur les biens et services de consommation courante.

De l'autre côté, la performance des grands indices actions sur la même période récente : selon des données de marché usuelles agrégées par des sources financières (non recoupées directement sur un factsheet officiel Euronext ou MSCI dans le cadre de cette recherche, donc à prendre comme un ordre de grandeur), le CAC 40 aurait progressé d'environ 16,5 % en 2023, reculé de 2,15 % en 2024, puis progressé d'environ 10,4 % en 2025 ; le MSCI World (rendement brut en dollars) aurait progressé d'environ 24,4 % en 2023, 19,2 % en 2024 et 21,6 % en 2025.

MillésimeIPC France (INSEE)CAC 40MSCI World (USD)
2023voir note ci-dessous≈ +16,5 %≈ +24,4 %
2024voir note ci-dessous≈ −2,15 %≈ +19,2 %
2025voir note ci-dessous≈ +10,4 %≈ +21,6 %

Le chiffre d'inflation dont nous disposons de façon sourcée (2,4 % sur un an) porte sur août 2026 et non sur les années 2023 à 2025 prises isolément : la ligne « IPC France » du tableau ci-dessus n'a donc pas pu être renseignée année par année avec des données vérifiées dans le cadre de cette recherche, et nous préférons le signaler plutôt que d'inventer une série. Ce qui ressort malgré cette limite, c'est l'écart d'ordre de grandeur entre la hausse des prix à la consommation (autour de 2 à 3 % par an ces dernières années) et la progression des grands indices actions sur la même période récente (souvent supérieure à 10 %, parfois à 20 %, les années haussières). Ce rapprochement n'est pas une statistique d'« inflation des actifs » qui existerait publiée telle quelle par l'INSEE ou une autre autorité — c'est un calcul de comparaison que nous faisons nous-mêmes entre deux séries publiques distinctes, avec toutes les limites que cela implique : les indices actions sont volatils (la baisse du CAC 40 en 2024 le rappelle), les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et un placement en compte à terme ou en fonds euros n'a de toute façon pas vocation à être comparé terme à terme avec un placement actions sur un an, mais sur un horizon long où le lissage des cycles joue davantage.

Le point structurel à retenir n'est donc pas « les actions battent toujours le compte à terme » — ce serait faux certaines années, comme le montre 2024 pour le CAC 40 — mais que rester durablement, par cycles successifs de replacement à taux garanti, sur des supports sécurisés a un coût d'opportunité qui se cumule sur la durée si les actifs risqués délaissés progressent plus vite en moyenne. C'est précisément ce cumul, année après année de renouvellement à taux incertain, que désigne le risque de réinvestissement appliqué à une stratégie d'épargne longue.

Pour qui ce risque compte vraiment, et pour qui il ne compte pas

Le risque de réinvestissement n'est pas un argument pour bannir les comptes à terme ou les fonds euros de toute stratégie patrimoniale. C'est un facteur à intégrer selon l'horizon et l'objectif de chaque poche d'épargne.

  • —Il compte peu pour une épargne de précaution ou un besoin de liquidité à échéance courte et fixe : si l'objectif est de disposer d'un capital disponible dans six mois, un an ou deux ans pour un projet identifié (achat, travaux, apport), la priorité est la disponibilité et la garantie du capital, pas le rendement composé sur dix ans. Un livret réglementé ou un compte à terme calé sur cet horizon répond exactement au besoin, sans que le risque de réinvestissement soit pertinent puisqu'il n'y a pas de cycle de replacement à anticiper.
  • —Il compte de plus en plus à mesure que l'horizon s'allonge et que l'objectif devient la croissance du capital : pour une épargne retraite, un projet de transmission, ou plus généralement un capital que l'on sait ne pas devoir mobiliser avant huit à dix ans, chaque cycle de renouvellement à taux incertain (compte à terme qui arrive à échéance, fonds euros dont le taux est revu chaque année) ajoute une incertitude qui se cumule avec le nombre de cycles. C'est une déduction logique du mécanisme plutôt qu'une statistique publiée : plus il y a de renouvellements successifs sur la durée, plus l'écart cumulé avec une stratégie diversifiée peut se creuser, dans un sens ou dans l'autre.

Dans la pratique, la réponse n'est pas binaire entre « tout en taux garanti » et « tout en actifs risqués ». Elle consiste à faire correspondre chaque poche d'épargne à son horizon réel : garder en livrets réglementés et en comptes à terme ce qui doit rester disponible et sécurisé à court terme (voir notre article sur les livrets réglementés pour l'épargne de précaution), utiliser les livrets boostés avec discernement en tenant compte de leur rendement réel une fois l'inflation et la fiscalité prises en compte, et orienter la part de l'épargne dont l'horizon dépasse plusieurs années vers des supports plus diversifiés — un ETF répliquant un indice large type MSCI World, en gestion directe ou au sein d'un contrat, pour ne citer qu'un exemple parmi les solutions possibles. Un des outils pour lisser précisément l'incertitude de replacement sur des actifs risqués, plutôt que d'investir tout le capital d'un coup à un instant qu'on ne maîtrise pas, est l'investissement programmé (DCA) : la question de savoir s'il vaut mieux investir en une fois ou étaler ses versements est traitée en détail dans notre article dédié.

Rappel fiscal utile pour comparer les rendements nets

Un point souvent oublié dans la comparaison entre un compte à terme et un fonds euros d'assurance-vie : leur traitement fiscal diffère. Les intérêts d'un compte à terme relèvent du prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif (voir PFU ou barème). Les produits d'un contrat d'assurance-vie — dont le fonds euros — restent soumis à 17,2 % de prélèvements sociaux, avec une fiscalité sur la part impôt qui dépend de l'ancienneté du contrat et des abattements applicables au rachat. À rendement brut identique, le net perçu peut donc différer sensiblement selon l'enveloppe choisie — un facteur à intégrer en plus du seul niveau de taux affiché.

Le risque de réinvestissement signifie-t-il qu'un compte à terme est un mauvais placement ?

Non. Le risque de réinvestissement ne remet pas en cause la garantie du taux sur la durée du contrat — elle est réelle. Il signale seulement que cette garantie ne s'étend pas au-delà de l'échéance : rien n'assure qu'on pourra replacer au même taux ensuite. Pour une épargne de précaution ou un horizon court et fixe, ce n'est pas un problème ; ça le devient surtout quand on enchaîne les cycles de replacement sur un horizon long sans envisager d'autres supports.

Quelle est la différence entre risque de taux et risque de réinvestissement ?

Le risque de taux touche la valeur de revente d'un titre déjà détenu si on le cède avant son échéance (une hausse des taux fait baisser sa valeur de marché). Le risque de réinvestissement touche, à l'inverse, les sommes libérées à l'échéance ou les coupons perçus en cours de route : à quel taux seront-ils replacés ? Les deux jouent souvent en sens inverse et se compensent partiellement, selon la logique standard enseignée en gestion obligataire.

Le taux de revalorisation d'un fonds euros est-il garanti d'une année sur l'autre ?

Non. Seul le taux de l'année écoulée, une fois annoncé et crédité, est définitivement acquis. Le taux de l'année suivante dépend des conditions de marché et des décisions de l'assureur, y compris sa capacité à mobiliser ses réserves de lissage (provision pour participation aux bénéfices). Selon l'ACPR, le taux moyen de revalorisation des contrats individuels s'est établi à 2,63 % en 2025, identique à 2024, mais rien ne garantit ce niveau pour les années suivantes.

Comment limiter concrètement le risque de réinvestissement sur une épargne longue ?

En ne concentrant pas la totalité d'une épargne à horizon long sur des supports à taux garanti renouvelés cycle après cycle, et en orientant la part dont l'horizon dépasse plusieurs années vers des actifs diversifiés (actions via un support type ETF monde, par exemple), éventuellement via des versements programmés pour lisser le point d'entrée. La répartition exacte dépend de la situation, de l'horizon et de la tolérance au risque de chacun — un point qui se travaille avec un professionnel plutôt qu'à partir d'une règle générique.

Ce qu'il faut retenir

Un taux garanti — sur un compte à terme, une obligation datée ou un fonds euros — ne supprime pas le risque : il le déplace dans le temps, vers le moment où il faudra replacer le capital. C'est le risque de réinvestissement, un mécanisme bien documenté en finance obligataire mais rarement expliqué au grand public. Il compte peu pour une épargne de précaution à horizon court et fixe, et de plus en plus à mesure que l'horizon s'allonge, où le cumul de cycles de replacement à taux incertain peut représenter un coût d'opportunité réel face à des actifs plus risqués mais potentiellement plus rémunérateurs sur la durée. Faire le point sur la répartition entre épargne sécurisée et épargne de croissance, à la lumière de votre horizon réel, est un exercice qui se construit précisément — réalisez votre bilan patrimonial en ligne pour objectiver cette répartition à partir de votre situation.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle. Les taux et chiffres cités (BCE, Euribor, OAT, comptes à terme, revalorisation des fonds euros, inflation INSEE, performances d'indices) sont datés de septembre 2026 pour les données de marché et de l'exercice 2025 pour les données ACPR ; ils évoluent en permanence et doivent être vérifiés au moment de votre lecture auprès des sources citées (BCE, Agence France Trésor, ACPR, INSEE) ou de votre établissement. Le rapprochement entre inflation des prix à la consommation et performance des indices actions présenté dans cet article est un calcul de comparaison réalisé par nos soins entre deux séries de données publiques distinctes, et non une statistique officielle unique. Tout investissement comporte un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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