ETF de Treasuries à 20 ans et plus à 5,7 % : que gagne-t-on, que perd-on en euros ?
Au 2 octobre 2026, le Trésor américain emprunte à 20 ans à 5,67 %, et l'ETF iShares $ Treasury Bond 20+yr affiche 5,69 % de rendement à l'échéance pour une duration de 14,67 : 1 point de baisse du taux à 20 ans ajouterait environ 17 % à sa valeur, 1 point de hausse en retirerait environ 14 %, avant tout effet de change. En euros, le dollar pèse autant que le taux (il a perdu 11,6 % face à l'euro en 2025) et la couverture de change coûte au moins 1,4 point par an, ce qui ramène le rendement d'une part couverte autour de 4,2 %. Ce n'est donc pas un placement « à 5 % » mais un pari de taux et de change : l'ETF reste à 46 % sous son sommet de mars 2020 (en dollars), et celui qui a acheté en octobre 2023, quand le 20 ans valait 5,3 %, n'a gagné que 0,6 % en trois ans en euros. Cet article ne prédit rien : il apprend à mesurer ce que l'on gagne et ce que l'on perd.
Sommaire · 12 sections
- 01Pourquoi un ETF de Treasuries à 20 ans et plus affiche-t-il plus de 5 % en octobre 2026 ?
- 02Que contient un ETF de Treasuries à 20 ans et plus, et que veut dire « 5,69 % » ?
- 03Que gagne-t-on, que perd-on si le taux à 20 ans bouge de 0,5 ou de 1 point ?
- 04Le pari « le taux va rebaisser » a-t-il déjà fonctionné ? L'épreuve du 19 octobre 2023
- 05Que fait le dollar à un épargnant en euros, et que coûte la couverture de change ?
- 06Trois scénarios complets en euros : 10 000 € placés pour un an
- 07Quelle fiscalité en compte-titres, en assurance-vie, au PEA ?
- 08Un fonds daté « garantit-il » le taux de départ, et permet-il de sortir plus tôt si les taux baissent ?
- 09ETF Treasuries 20+ couvert ou non, emprunts d'État de la zone euro, fonds daté : le comparatif
- 10Quelle part d'un patrimoine pour un pari de taux, et faut-il y aller progressivement ?
- 11Questions fréquentes
- 12Ce qu'il faut retenir
« Moi, j'ai des questionnements sur les ETF obligataires long terme aux États-Unis, à plus de 5 %. Sur du 20 ans, franchement, si ça reprend 0,25 ou 0,5 point, je serais tenté d'en prendre : la probabilité que ça rebaisse derrière est forte, et l'effet taux jouerait positivement sur la valeur des obligations. » Ce client d'une quarantaine d'années, venu nous voir pour un projet immobilier, est un épargnant averti : il gère lui-même son plan d'épargne retraite en ligne et investit en ETF. Nous venions d'évoquer les comptes à terme, « à 3 ou 3,5 % pour les meilleurs », en convenant qu'ils étaient trop médiocres pour qu'on s'y attarde, et il a rebondi aussitôt. Situation présentée ici de façon anonymisée et simplifiée.
Notre réponse a été prudente. Depuis la hausse brutale des taux de l'année écoulée, nous recommençons à mettre des obligations dans les allocations, y compris des fonds datés. Mais nous espérions la baisse des taux l'an dernier, elle n'est pas arrivée, et nous hésitons donc à en annoncer une. Entre l'intuition du client et cette prudence, il manque un travail que presque personne ne fait : chiffrer. Que rapporte cet ETF si le taux ne bouge pas ? Que gagne-t-on si le taux baisse de 0,5 point, que perd-on s'il monte de 1 point ? Que fait le dollar à quelqu'un qui raisonne en euros ? Nous répondons dans cet ordre, sans prévision de taux et sans recommandation d'achat.
Pourquoi un ETF de Treasuries à 20 ans et plus affiche-t-il plus de 5 % en octobre 2026 ?
Parce que le taux auquel l'État américain emprunte à 20 ans est à son plus haut niveau depuis au moins vingt ans. Sur la courbe des taux du Trésor américain, le 20 ans a clôturé à 5,67 % le 2 octobre 2026 et le 30 ans à 5,63 %, après un pic de 5,68 % pour le 20 ans le 30 septembre ; il a encore monté à 5,70 % le 5 octobre, jour de la rédaction, alors que les chiffres de fonds de cet article sont arrêtés au 2 octobre. Dans la série quotidienne, qui débute en 2005 pour le 20 ans et en 2006 pour le 30 ans, aucun jour antérieur à 2026 n'avait dépassé 5,44 %. Le 20 ans n'a franchi 5 % en 2026 que le 4 mai (5,01 %). Voici la trajectoire depuis 2020.
| Date | Taux à 20 ans (Trésor américain) | Repère |
|---|---|---|
| 9 mars 2020 | 0,87 % | Plus bas de la période 2020-2026 |
| 31 décembre 2021 | 1,94 % | Veille de la hausse de 2022 |
| 30 décembre 2022 | 4,14 % | Fin d'une année de hausse de 2,2 points |
| 19 octobre 2023 | 5,30 % | Plus haut de 2023 |
| 16 septembre 2024 | 4,01 % | Plus bas de 2024 |
| 21 mai 2025 | 5,08 % | Plus haut de 2025 |
| 27 février 2026 | 4,57 % | Plus bas de 2026 |
| 30 septembre 2026 | 5,68 % | Plus haut de la série jusqu'au 2 octobre |
| 2 octobre 2026 | 5,67 % | Date des données de fonds de cet article |
| 5 octobre 2026 | 5,70 % | Nouveau plus haut de la série |
Le contexte est celui d'une remontée des taux directeurs des deux côtés de l'Atlantique. La Réserve fédérale a relevé sa fourchette de 0,25 point le 16 septembre 2026, à 3,75-4 %, en notant que l'inflation reste élevée (communiqué du FOMC) ; le taux effectif au jour le jour était de 3,88 % le 2 octobre (Banque de réserve fédérale de New York). La BCE a porté son taux de dépôt à 2,25 % le 17 juin puis à 2,50 % le 16 septembre. Nous ne dirons pas où iront les taux longs : personne ne le sait de façon fiable, et le tableau ci-dessus montre combien le marché a surpris dans les deux sens.
Pour situer ce niveau, la courbe des taux de la zone euro de la BCE donnait le même jour environ 3,8 % à 20 ans pour les émetteurs souverains notés AAA et environ 4,5 % pour l'ensemble des émetteurs de la zone euro (taux au comptant estimés par un modèle : des ordres de grandeur, pas des rendements d'obligations précises). L'écart avec les États-Unis, de 1,2 à 1,9 point, est la prime que le marché demande pour prêter en dollars. Reste à savoir si un épargnant en euros la perçoit, change et couverture comptés.
Que contient un ETF de Treasuries à 20 ans et plus, et que veut dire « 5,69 % » ?
Prenons comme exemple factuel l'iShares $ Treasury Bond 20+yr UCITS ETF, de droit irlandais, qui réplique l'indice ICE U.S. Treasury 20+ Year Bond Index et dont la fiche liste la France parmi les pays d'enregistrement. D'autres gestionnaires proposent des produits comparables, à lire fonds par fonds. Au 2 octobre 2026, la fiche officielle indique 40 lignes d'emprunts du Trésor américain, une maturité moyenne de 26,07 ans, un coupon moyen de 3,35 %, un rendement à l'échéance de 5,69 %, une duration effective de 14,67 et un rendement de distribution sur douze mois de 5,12 % pour la part en dollars. Le document d'informations clés du 9 février 2026 classe la part au niveau 5 sur une échelle de 7 et la juge adaptée à un placement à moyen ou long terme.
| Part | Code ISIN | Devise | Frais courants | Revenus |
|---|---|---|---|---|
| USD (distribution) | IE00BSKRJZ44 | Dollar | 0,07 % | Distribués deux fois par an |
| USD (capitalisation) | IE00BFM6TC58 | Dollar | 0,07 % | Réinvestis dans le fonds |
| EUR couverte (distribution) | IE00BD8PGZ49 | Euro, change couvert | 0,10 % | Distribués deux fois par an |
La fiche liste aussi une part couverte en euros en capitalisation, que nous ne détaillons pas. Reste le chiffre qui attire l'œil. Les 5,69 % sont un rendement à l'échéance : ce que rapporterait le portefeuille si chaque obligation était gardée jusqu'au remboursement, aux prix du jour. Le coupon moyen n'est que de 3,35 % ; l'écart vient de la décote des obligations émises quand les taux étaient bas, qui ne se matérialise qu'au remboursement. Or cet ETF n'y arrive jamais : il est rééquilibré chaque mois sur un indice qui ne retient que les obligations ayant 20 ans ou plus à courir, et un titre qui passe sous ce seuil en sort. Maturité et duration restent donc à peu près constantes. Le taux de 5,69 % n'est pas « pris » à l'achat comme avec une obligation gardée jusqu'au terme : sur une période donnée, le résultat est les coupons plus la variation de prix. Et aucune date ne ramène le capital : un ETF à maturité constante ne va pas au bout.
Que gagne-t-on, que perd-on si le taux à 20 ans bouge de 0,5 ou de 1 point ?
La duration mesure de combien, en pourcentage, le prix d'une obligation varie quand son taux varie de 1 point. Avec 14,67, un point de hausse retire environ 14,67 % de valeur, un point de baisse en ajoute autant : c'est une approximation linéaire. La convexité en corrige la courbure, en faveur du détenteur : à duration égale, une baisse de taux rapporte un peu plus que ne coûte une hausse de même ampleur. Hypothèses fournies à titre illustratif, qui ne constituent ni une garantie ni une recommandation : la dernière colonne réévalue, par actualisation de ses flux, une obligation type construite sur la fiche (26 ans de maturité, coupon de 3,35 %, rendement de 5,69 %). Le fonds en détient 40, de maturités différentes, d'où de légers écarts.
| Variation du taux à 20 ans | Estimation par la duration seule (14,67) | Obligation type recalculée |
|---|---|---|
| −2 points | +29,3 % | +37,9 % |
| −1 point | +14,7 % | +16,9 % |
| −0,5 point | +7,3 % | +8,0 % |
| −0,25 point | +3,7 % | +3,9 % |
| +0,25 point | −3,7 % | −3,7 % |
| +0,5 point | −7,3 % | −7,2 % |
| +1 point | −14,7 % | −13,7 % |
| +2 points | −29,3 % | −24,8 % |
Les 0,25 ou 0,5 point évoqués par notre client pèsent donc environ 4 % ou 8 % de la valeur, dans un sens comme dans l'autre. En face, le portage, ce que rapporte l'ETF si le taux ne bouge pas, est d'environ 5,6 % par an (5,69 % moins 0,07 % de frais). Une hausse de 0,38 point en un an l'efface entièrement. Face à un compte à terme à 3,5 %, le point mort tombe à environ 0,15 point : l'ETF ne l'emporte que si le taux à 20 ans monte de moins de 0,15 point en douze mois, avant impôt et change. Le compte à terme garantit un taux sur sa durée, pas ce que l'on obtiendra ensuite, ce que nous détaillons dans notre article sur le risque de réinvestissement ; l'ETF ne garantit ni l'un ni l'autre.
L'histoire récente donne l'échelle des pertes. En 2022, le taux à 20 ans est passé de 1,94 % à 4,14 % et la part en dollars a perdu 31,3 % selon la fiche. Du sommet du 9 mars 2020 au creux du 19 octobre 2023, sa valeur, coupons réinvestis, a baissé de 49,5 % (52,7 % pour la part couverte en euros), d'après un calcul sur la série de valeur liquidative des fiches. Au 2 octobre 2026, 6,6 ans après le sommet, la part en dollars reste 46,0 % en dessous, la part couverte 52,4 %, et un épargnant en euros sans couverture 44,8 % (au cours de référence de la BCE). Plus de six ans sans retrouver son niveau de départ : le risque de ce pari est autant une question de temps que de montant. Et « un peu plus haut » n'est pas un plancher : le 4 mai 2026, le 20 ans franchissait 5 % ; cinq mois et 0,66 point de hausse plus tard, la part en dollars avait perdu 7,7 % coupons compris, 3,8 % en euros sans couverture, le dollar ayant amorti la chute.
Le pari « le taux va rebaisser » a-t-il déjà fonctionné ? L'épreuve du 19 octobre 2023
Le 19 octobre 2023, le 20 ans américain clôturait à 5,30 %, son plus haut de l'année : un taux au-dessus de 5 % et la conviction qu'il redescendrait, comme chez notre client. Il est effectivement redescendu, à 4,01 % le 16 septembre 2024. Voici ce qu'a donné l'ETF à celui qui avait acheté ce jour-là (calcul sur les séries de valeur liquidative des fiches et sur le cours de référence de la BCE, coupons réinvestis, hors frais de courtage et impôt).
| Date | Taux à 20 ans | Part en dollars | En euros, sans couverture | En euros, part couverte |
|---|---|---|---|---|
| 29 décembre 2023 | 4,20 % | +20,6 % | +15,2 % | +20,0 % |
| 16 septembre 2024 | 4,01 % | +27,0 % | +20,5 % | +24,5 % |
| 31 décembre 2024 | 4,86 % | +11,3 % | +13,1 % | +8,4 % |
| 31 décembre 2025 | 4,79 % | +16,2 % | +4,4 % | +10,7 % |
| 2 octobre 2026 | 5,67 % | +6,9 % | +0,6 % | +0,6 % |
Pendant onze mois, l'intuition a été payante : jusqu'à +20,5 % en euros sans couverture. Puis le taux est reparti à la hausse, et trois ans plus tard il ne reste que 0,6 % en euros, avec ou sans couverture, alors que le rendement affiché à l'achat, 5,3 %, aurait donné environ 16 % cumulés sur la même durée. Le moment de la sortie compte autant que celui de l'entrée, et le change a creusé ou comblé des écarts de 4 à 6 points selon les dates, dans un sens puis dans l'autre. Un seul épisode ne dit rien de l'avenir : il montre seulement ce que veut dire, en euros, « la probabilité que ça rebaisse est forte ».
Que fait le dollar à un épargnant en euros, et que coûte la couverture de change ?
Un ETF de bons du Trésor américain, coté en dollars ou en euros, expose à la valeur du dollar. Selon le cours de référence de la BCE, un euro valait 1,1204 dollar le 5 octobre 2026, contre 1,1750 fin 2025 et 1,0389 fin 2024 ; depuis 2020, le plus bas est 0,9565 (28 septembre 2022) et le plus haut 1,2338 (6 janvier 2021). D'un 31 décembre à l'autre, la valeur du dollar exprimée en euros a varié de −12,1 % en 2017, −8,5 % en 2020, +8,3 % en 2021, +6,2 % en 2022, −3,5 % en 2023, +6,4 % en 2024 et −11,6 % en 2025. Sur tout l'historique de l'euro depuis 1999 (calcul sur les cours quotidiens), elle a varié de plus de 10 %, dans un sens ou dans l'autre, sur 30 % des fenêtres d'un an (extrêmes : −22,8 % et +31,9 %) et sur 55 % des fenêtres de cinq ans. Un mouvement de 10 % en un an n'a rien d'exceptionnel.
Pour neutraliser le change, il existe des parts « couvertes en euros » : la fiche précise qu'elles recourent à des dérivés. Leur coût est, en première approximation, l'écart entre le taux court en dollars et celui en euros, soit 3,88 % (taux effectif des fonds fédéraux) moins 2,44 % (taux court de la BCE, l'€STR) au 2 octobre 2026, environ 1,4 point par an. Les fiches en donnent une mesure réelle : l'écart de performance entre la part en dollars et la part couverte, sur le même indice et pour 0,03 point de frais en plus, a été de 2,0 points en 2022, 2,7 en 2023, 1,9 en 2024 et 2,3 en 2025. Aujourd'hui : 5,69 % moins 1,44 point moins 0,03 point, soit environ 4,2 % pour une part couverte, un peu moins si le coût réel reste proche de celui des dernières années. C'est à comparer aux 3,8 % à 4,5 % de la zone euro, pour un risque de taux de même nature.
La couverture ne réduit pas le risque de taux, et elle peut laisser à nu : en 2022, le dollar a gagné 6,2 % face à l'euro et amorti la chute des épargnants non couverts (environ −27,1 % calculé, contre −33,3 % pour la part couverte). Couvrir ou non n'est ni plus ni moins prudent : c'est choisir le risque que l'on garde.
Trois scénarios complets en euros : 10 000 € placés pour un an
Hypothèses fournies à titre illustratif, qui ne constituent ni une garantie ni une recommandation. Chacune est justifiée par ce qui précède.
- —Départ : 10 000 €, soit 11 204 dollars au cours de 1,1204 (BCE, 5 octobre 2026).
- —Portage de 5,6 % sur l'année à taux inchangé : 5,69 % de rendement à l'échéance moins 0,07 % de frais courants (fiche du 2 octobre 2026).
- —Effet du taux sur le prix : +16,9 % si le taux à 20 ans baisse de 1 point, −13,7 % s'il monte de 1 point (tableau de duration).
- —Change : le dollar varie de 10 % de sa valeur en euros, ordre de grandeur de 2017 (−12,1 %), 2020 (−8,5 %), 2021 (+8,3 %) et 2025 (−11,6 %).
- —Couverture : 1,4 point de coût (écart de taux courts du 2 octobre 2026). Avant frais de courtage et impôt.
Premier cas, pas à pas : le taux à 20 ans baisse de 1 point et le dollar perd 10 % (l'euro passe de 1,1204 à 1,2449 dollar). 11 204 dollars × (1 + 5,6 % + 16,9 %) = 13 725 dollars, soit 11 025 € une fois reconvertis : +10,3 %. Sans mouvement du dollar, 12 250 € (+22,5 %) : plus de la moitié du gain est partie dans le change.
| Variation du taux à 20 ans sur 12 mois | Part en dollars, dollar −10 % | Part en dollars, dollar inchangé | Part en dollars, dollar +10 % | Part couverte en euros |
|---|---|---|---|---|
| Baisse de 1 point | +10,3 % | +22,5 % | +34,8 % | +21,1 % |
| Taux inchangé | −5,0 % | +5,6 % | +16,2 % | +4,2 % |
| Hausse de 1 point | −17,3 % | −8,1 % | +1,1 % | −9,5 % |
Trois scénarios complets s'y lisent. La baisse espérée avec un dollar faible : +10,3 % sans couverture, +21,1 % avec. Un taux inchangé avec un dollar faible : −5,0 % sans couverture, l'ETF perd de l'argent alors que rien n'a bougé côté taux. Une hausse de 1 point avec un dollar fort : +1,1 % sans couverture, −9,5 % avec, la couverture ayant retiré la seule chose qui amortissait. L'impôt aggrave l'asymétrie : un gain de 1 025 € laisse environ 703 € après 31,4 % de prélèvement forfaitaire unique, alors qu'une perte n'est pas remboursée.
Quelle fiscalité en compte-titres, en assurance-vie, au PEA ?
En compte-titres, les coupons d'une part distribuante et les plus-values relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème, selon la fiche de service-public.gouv.fr. Pour une part capitalisante, seule la plus-value est imposée à la cession (article 150-0 A du CGI) : l'impôt est reporté, pas supprimé. Une moins-value s'impute sur les plus-values de même nature de l'année, puis des dix années suivantes. En pratique, le gain imposable s'apprécie en euros, change compris, et votre établissement doit vous en restituer le montant.
Le PEA est réservé aux actions et aux fonds investis à 75 % au moins en actions européennes (article L221-31 du Code monétaire et financier) : un ETF de bons du Trésor américain n'y est pas éligible, à faire confirmer par votre courtier. En assurance-vie, tout dépend de la liste des supports du contrat. Les prélèvements sociaux y restent à 17,2 % et le taux total tombe à 24,7 % au mieux après huit ans, comme nous le chiffrons dans notre comparatif compte-titres et assurance-vie, avec des frais de contrat en plus de ceux de l'ETF.
Un fonds daté « garantit-il » le taux de départ, et permet-il de sortir plus tôt si les taux baissent ?
On entend souvent, y compris de la part de professionnels, cette formule : avec un fonds daté, une fois le taux pris, si les taux baissent la valeur monte et on peut sortir plus tôt ; s'ils montent, on va au bout avec le rendement de départ, garanti. Elle est à moitié juste. Un fonds daté a une durée de vie limitée, donc une sensibilité aux taux qui s'érode, et la revente avec gain reste possible si les taux baissent. Mais rien n'est garanti. Dans notre analyse des fonds obligataires datés, les six documents d'informations clés lus excluent tout rendement garanti : les objectifs nets vont de 3,3 % à 4,22 % par an, les scénarios intermédiaires de 0,11 % à 2,01 %, les scénarios de tensions de −19,6 % à −40,75 % à un an, et un fonds peut être fusionné avant son terme, comme Carmignac Credit 2025 en février 2025.
Dans le cas d'une hausse des taux, « aller au bout » veut dire accepter le taux de départ pendant que le marché en offre davantage, avec, pour un fonds d'obligations d'entreprises, un risque de défaut qui s'ajoute au risque de taux. Le raisonnement ne se transpose surtout pas à l'ETF de Treasuries 20+ : sans terme, pas de retour du prix vers le pair. Des ETF à échéance datée existent chez plusieurs gestionnaires (iShares en propose dans sa gamme iBonds) ; leur échéance, leurs émetteurs et leur disponibilité se vérifient fonds par fonds.
ETF Treasuries 20+ couvert ou non, emprunts d'État de la zone euro, fonds daté : le comparatif
| Support | Rendement affiché | Duration | Risque de change | Scénario défavorable |
|---|---|---|---|---|
| ETF Treasuries 20+ non couvert | 5,69 % à l'échéance, 5,12 % distribués sur 12 mois (2 octobre 2026) | 14,67 | Total | −31,3 % en 2022 en dollars ; −44,8 % depuis mars 2020 en euros ; +1 point de taux ≈ −14 % |
| ETF Treasuries 20+ couvert en euros | Environ 4,2 % après coût de couverture (calcul) | 14,67 | Neutralisé, pour 1,4 à 2,7 points par an | −33,3 % en 2022 ; −52,4 % depuis mars 2020 |
| Emprunts d'État de la zone euro à 20 ans | 3,8 % (AAA) à 4,5 % (tous émetteurs), taux estimés au 2 octobre 2026 | Environ 13 à 14 (calcul, coupon égal au rendement) | Aucun | +1 point de taux ≈ −12 à −13 % ; risque propre à l'émetteur |
| Fonds daté d'obligations d'entreprises | Objectifs nets de 3,3 % à 4,22 %, non garantis | Au plus la durée restante, quelques années | Aucun pour un fonds libellé en euros | −19,6 % à −40,75 % à un an en scénario de tensions ; défaut ; fusion |
| Fonds en euros d'assurance-vie | 2,63 % de revalorisation moyenne en 2025 (ACPR) | Sans objet | Aucun | Capital garanti par l'assureur, avec des règles de blocage en cas de crise |
Les emprunts d'État de la zone euro à long terme répondent à la même intuition de baisse des taux sans le dollar, mais avec leur propre risque d'émetteur, que nous détaillons à propos des fonds en euros dans notre article sur la dette française et les fonds en euros. Le fonds en euros ne répond pas au pari de taux : il le déplace chez l'assureur.
Quelle part d'un patrimoine pour un pari de taux, et faut-il y aller progressivement ?
Nous ne fixons pas de pourcentage : il dépend de votre patrimoine, de vos besoins et de votre tolérance à la perte. La méthode, elle, tient en une multiplication du poids de la position par les pertes des tableaux. À titre d'exemple de calcul, pour 10 % du patrimoine en part non couverte : 1 point de hausse coûte environ 1,4 % du patrimoine, 2 points environ 2,5 %, une année comme 2022 (−31 %) environ 3,1 %, la chute complète de 2020 à 2023 (−49,5 %) environ 5 %. À 30 %, tout est multiplié par trois. Si ces chiffres sont insupportables, la position est trop grosse, quelle que soit la conviction.
La duration est aussi un horizon : un besoin d'argent dans trois ans avec un instrument de duration 14,67 est un décalage que la grille par horizon aide à voir avant d'acheter. Quant à l'étalement des achats, notre article sur les versements programmés rappelle que ses chiffres portent sur les actions : étaler ne relève pas le rendement attendu, cela réduit le regret d'avoir tout acheté au mauvais moment. Sur un pari de taux, fixez par écrit, avant d'acheter, la perte acceptée et le niveau ou la date de sortie.
Questions fréquentes
Un ETF obligataire à 5 % est-il plus sûr qu'un ETF actions ?
Pas nécessairement. Le risque principal est ici le risque de taux : la part en dollars a perdu 31,3 % en 2022 et 49,5 % entre mars 2020 et octobre 2023, sans avoir retrouvé son sommet depuis.
Le rendement de 5,69 % est-il ce que je toucherai chaque année ?
Non. C'est le rendement à l'échéance du portefeuille, que l'ETF n'atteint jamais puisqu'il reste à maturité constante. Le coupon moyen est de 3,35 %, le rendement distribué sur douze mois de 5,12 %, et le résultat réel dépend de la variation de prix.
Que se passe-t-il si les taux baissent de 0,5 point ?
La valeur augmente d'environ 8 % d'après notre recalcul sur une obligation type calée sur la fiche, avant effet du dollar. Une hausse de 0,5 point la ferait baisser d'environ 7 %.
Peut-on loger cet ETF dans un PEA ?
Non : le PEA est réservé aux actions et aux fonds investis à 75 % au moins en actions européennes (article L221-31 du Code monétaire et financier). Restent le compte-titres, et l'assurance-vie si le contrat référence le support.
Faut-il choisir la part couverte en euros ou la part en dollars ?
Cela dépend du risque que l'on veut garder. La couverture coûte environ 1,4 point par an d'après l'écart de taux courts d'octobre 2026 (1,9 à 2,7 points en 2022-2025) et supprime l'effet du dollar, gains comme pertes.
Combien de temps faut-il pour récupérer une baisse de ce type ?
Après le sommet du 9 mars 2020, la part en dollars n'était pas revenue à son niveau 6,6 ans plus tard : elle restait 46 % en dessous au 2 octobre 2026. Aucune durée de récupération n'est garantie.
Un fonds daté est-il plus sûr qu'un ETF à 20 ans ?
Il est moins sensible aux taux, car sa duration est courte, mais il porte un risque de crédit et aucun rendement n'y est garanti : les scénarios de tensions de ses documents d'informations clés vont de −19,6 % à −40,75 % à un an.
Ce qu'il faut retenir
Un ETF de Treasuries à 20 ans et plus peut se regarder comme un pari de taux assumé, jamais comme un placement à 5 %. Les 5,69 % ne sont pas à vous : avec une duration de 14,67, 1 point de taux fait varier la valeur de 14 à 17 %, le dollar peut en retirer ou en ajouter autant, et la couverture coûte environ 1,4 point par an. La bonne nouvelle est que ce pari se mesure : vous pouvez calculer à l'avance, en euros, ce que vous gagnez et ce que vous perdez dans chaque scénario. Le coût de l'erreur, lui, est documenté : 46 % sous le sommet de 2020 six ans plus tard, et 0,6 % de gain en trois ans pour qui avait acheté à plus de 5 % en octobre 2023. Si l'argent doit servir dans quelques années, relisez d'abord quel placement selon l'horizon. Pour situer un tel pari dans l'ensemble de votre patrimoine, chez Le Rempart Financier, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal personnalisé, ni une recommandation d'acheter, de conserver ou de vendre un ETF, une obligation ou un fonds : l'ETF cité l'est à titre d'exemple factuel, sans sélection. Tout investissement en obligations comporte un risque de perte en capital, les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et les données de marché (taux, cours de change, valeurs liquidatives) sont celles du 2 au 5 octobre 2026 et évoluent chaque jour. Les variations de prix du tableau de duration, les performances depuis une date donnée, les fenêtres glissantes de change, les scénarios à un an et le rendement d'une part couverte (environ 4,2 %) sont des calculs illustratifs, avant frais de courtage et impôt, fondés sur les hypothèses indiquées ; le coût réel d'une couverture varie dans le temps. L'éligibilité d'un support au PEA, sa présence dans un contrat d'assurance-vie et le traitement fiscal de votre situation sont à faire confirmer par votre courtier, votre assureur ou un professionnel. Les chiffres sur les fonds datés et les fonds en euros reprennent ceux de nos articles sur le sujet, qui détaillent leurs sources. Sources : U.S. Department of the Treasury, Daily Treasury Par Yield Curve Rates, séries du 20 ans (depuis 2005) et du 30 ans (depuis 2006) jusqu'au 02/10/2026 ; Réserve fédérale, communiqué du FOMC du 16/09/2026 ; Banque de réserve fédérale de New York, taux effectif des fonds fédéraux au 02/10/2026 ; Banque centrale européenne, taux de la facilité de dépôt, €STR du 02/10/2026, courbes des taux de la zone euro (taux au comptant à 20 ans, émetteurs AAA et ensemble des émetteurs, 02/10/2026), cours de référence EUR/USD (série quotidienne du 04/01/1999 au 05/10/2026) ; iShares (BlackRock), fiches de l'iShares $ Treasury Bond 20+yr UCITS ETF et de ses parts USD et EUR couverte, données au 02/10/2026, document d'informations clés pour l'investisseur du 09/02/2026 ; service-public.gouv.fr, fiche « Impôt sur le revenu - Plus-values sur valeurs mobilières » ; Code général des impôts, article 150-0 A ; Code monétaire et financier, article L221-31. Le Rempart Financier est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine, rémunéré notamment par rétrocessions sur les opérations qu'il accompagne. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès