Retraite des femmes : 1 306 € contre 2 089 € par mois, les paramètres qui expliquent l'écart de pension et les leviers concrets pour le réduire
Fin 2023, la pension de droit direct des femmes retraitées s'élevait en moyenne à 1 306 € bruts par mois contre 2 089 € pour les hommes, soit un écart de 37,5 % ; réversion comprise, l'écart tombe à 25 %. Il était de 50 % en 2004 et se réduit à chaque génération. Il résulte de paramètres mesurables et distincts : une part plus faible de carrières complètes, un recours au temps partiel trois fois plus fréquent (26,6 % des femmes en emploi contre 9,2 % des hommes en 2025), un volume de travail annuel inférieur de 9,1 %, un salaire en équivalent temps plein inférieur de 14 % et de 3,6 % à poste et établissement identiques. Nous ne portons aucun jugement sur ces écarts, qui tiennent à des choix, des contraintes et des parcours plus complexes que ne le laisse penser une moyenne. Ce que nous savons faire, c'est expliquer comment ils se traduisent dans le calcul d'une pension, et quels dispositifs les corrigent : 8 trimestres par enfant, dont au minimum 6 pour la mère ; l'assurance vieillesse des parents au foyer ; le calcul du salaire annuel moyen sur 24 ou 23 meilleures années pour les parents depuis le 1er septembre 2026 ; la surcote parentale ; la majoration de 10 % pour trois enfants ; le rachat de trimestres ; la réversion, réservée au mariage ; et une épargne personnelle dimensionnée sur une espérance de vie à 60 ans de 27,9 ans. Chaque levier est décrit avec ses conditions, ses délais et ses limites.
Sommaire · 12 sections
- 01Quel est l'écart de pension entre femmes et hommes selon la DREES ?
- 02D'où vient l'écart : les paramètres mesurés par l'INSEE
- 03Comment un temps partiel ou une interruption se traduit dans le calcul de la pension
- 04Les trimestres liés aux enfants : ce que la loi attribue, à qui, et sous quel délai
- 05Nouveau depuis le 1er septembre 2026 : 24 ou 23 meilleures années pour les parents
- 06Majoration de 10 % et surcote parentale : les autres correctifs
- 07Vérifier que ces droits sont bien enregistrés sur le relevé
- 08Racheter des trimestres : pour quelles situations, à quel prix
- 09La réversion : un revenu dérivé, sous conditions, réservé au mariage
- 10Épargner pour soi : la durée à financer et la règle des tables unisexes
- 11Exemple chiffré : la même carrière avec et sans les dispositifs
- 12Ce qu'il faut retenir
Le relevé de situation individuelle reçu à 50 ans est souvent le premier moment où une femme mesure, en euros, ce que dix ans de temps partiel ou trois ans d'interruption pèseront à 64 ans. Le chiffre est rarement discuté en couple, presque jamais anticipé, et il arrive à un âge où les leviers se referment. Cet article ne prend pas parti sur les choix qui ont conduit à ces carrières : les données montrent des écarts, elles ne disent pas ce qu'il aurait fallu faire, et les paramètres en jeu — contraintes familiales, secteurs d'activité, santé, préférences — sont plus nombreux et plus imbriqués qu'une moyenne nationale ne le suggère. Il décrit ce que mesurent la DREES et l'INSEE, comment ces écarts se transforment en trimestres et en salaire annuel moyen, et quels dispositifs de droit permettent de les compenser, en partie ou en totalité. Le fonctionnement général de la formule est détaillé dans notre guide sur le calcul de la retraite de base ; nous nous concentrons ici sur ce qui est spécifique aux carrières féminines.
Quel est l'écart de pension entre femmes et hommes selon la DREES ?
La source de référence est le panorama annuel de la DREES, « Les retraités et les retraites », dont l'édition 2025 (données fin 2023) est la dernière parue au moment où nous écrivons. Sa fiche sur le niveau des pensions donne les ordres de grandeur suivants pour les retraités résidant en France.
| Indicateur (DREES, fin 2023) | Femmes | Hommes | Écart |
|---|---|---|---|
| Pension mensuelle brute de droit direct (majoration pour 3 enfants comprise) | 1 306 € | 2 089 € | − 37,5 % |
| Pension mensuelle brute, réversion comprise | 1 580 € | 2 118 € | − 25,4 % |
| Écart de pension de droit direct en 2004 | — | — | − 50 % |
| Part des retraités de la génération 1953 ayant une carrière complète | 58 % | un peu moins de 70 % (lecture graphique, chiffre non donné en clair) | — |
| Âge moyen conjoncturel de départ (2023) | 63 ans et 1 mois | 62 ans et 4 mois | + 9 mois |
| Part des nouveaux retraités partis à 67 ans (2023) | 8 % | 6 % | — |
| Part des retraités de la génération 1953 percevant un minimum de pension | 34 % | 15 % | — |
| Part des retraités percevant une pension de réversion | 32 % | 6 % | — |
Deux lectures s'imposent. La première : l'écart se réduit nettement d'une génération à l'autre — 50 % en 2004, 37,5 % fin 2023, 36 % fin 2024 selon le jeu de données publié par la DREES en mai 2026 — parce que les femmes qui partent aujourd'hui ont eu des carrières plus longues que celles parties il y a vingt ans (35 % de carrières complètes pour la génération 1926, 58 % pour la génération 1953). La seconde : la réversion comble un quart de l'écart restant, mais elle est un droit dérivé, conditionné au mariage et, au régime général, aux ressources — nous y revenons.
D'où vient l'écart : les paramètres mesurés par l'INSEE
Une pension de retraite reflète une carrière entière. Les écarts constatés chez les retraités d'aujourd'hui sont donc le produit de carrières commencées dans les années 1970 et 1980, et non la photographie du marché du travail actuel. Pour ce dernier, l'INSEE distingue trois mesures de l'écart de salaire, qui ne répondent pas à la même question, dans son Insee Focus n° 377 de février 2026 (secteur privé, données 2024).
| Mesure INSEE (secteur privé, 2024) | Écart femmes / hommes | Ce qu'elle capte |
|---|---|---|
| Revenu salarial annuel moyen | − 21,8 % | Tout : volume de travail dans l'année, temps partiel, secteur, poste, salaire horaire |
| Volume de travail annuel | − 9,1 % | Temps partiel et périodes non travaillées dans l'année |
| Salaire en équivalent temps plein | − 14,0 % | Le salaire à temps de travail identique, tous postes et secteurs confondus |
| Salaire à poste comparable (même emploi, même établissement) | − 3,6 % | Ce qui reste une fois le poste et l'employeur neutralisés |
Le temps partiel est le paramètre le plus lourd pour la retraite. Selon l'enquête Emploi 2025 de l'INSEE, 26,6 % des femmes en emploi travaillent à temps partiel, contre 9,2 % des hommes. Parmi les salariés à temps partiel, 22 % des femmes et 25 % des hommes déclarent l'être faute d'avoir trouvé un temps complet (données 2024) : dans la grande majorité des cas, le temps partiel relève d'autres motifs — organisation familiale, santé, choix d'activité — que ces statistiques ne hiérarchisent pas et que nous ne hiérarchisons pas non plus. Pour la retraite, la cause importe peu ; c'est la traduction en trimestres, en salaire annuel moyen et en points de complémentaire qui compte.
Comment un temps partiel ou une interruption se traduit dans le calcul de la pension
La pension de base se calcule en multipliant le salaire annuel moyen des 25 meilleures années (24 ou 23 pour les parents depuis septembre 2026), un taux de 50 % au mieux, et le rapport entre trimestres validés et trimestres exigés. Chaque facteur réagit différemment à une carrière réduite.
- —Les trimestres résistent bien au temps partiel. Un trimestre s'acquiert avec 150 heures de Smic de salaire brut, soit 1 803 € en 2026 ; quatre trimestres sont validés dès 7 212 € dans l'année (article R351-9 du Code de la sécurité sociale). Un mi-temps au Smic valide donc une année complète. Le temps partiel ne coûte des trimestres qu'en dessous d'environ un tiers d'un temps plein rémunéré au Smic.
- —Les trimestres ne résistent pas à l'interruption totale, sauf si un dispositif les remplace : congé maternité indemnisé (un trimestre par période de 90 jours depuis 2014), majoration de durée d'assurance pour enfant, assurance vieillesse des parents au foyer, chômage indemnisé. Une année sans activité ni prestation ouvrant droit à l'AVPF est une année à zéro trimestre.
- —Le salaire annuel moyen est protégé par la règle des 25 meilleures années — à condition que la carrière compte au moins 25 années meilleures que celles à temps partiel. Sur une carrière de 42 ans dont 8 à mi-temps, les années à mi-temps sont écartées si les 25 meilleures sont des années à temps plein. Sur une carrière de 30 ans dont 8 à mi-temps, au moins 3 années à mi-temps entrent dans la moyenne et l'abaissent.
- —La complémentaire Agirc-Arrco ne protège rien. Les points sont proportionnels aux cotisations, donc au salaire réel de chaque année, et il n'existe pas de majoration de points pour enfant (seulement une majoration de la pension de 10 % pour trois enfants, plafonnée). Huit années à mi-temps sur 42 représentent environ 9 % de points en moins, quel que soit le niveau des autres années.
- —Le taux et le prorata pénalisent deux fois les trimestres manquants. Chaque trimestre manquant retire 0,625 point de taux (dans la limite de 12 à 20 trimestres selon la génération) et réduit le prorata de durée. Partir à 67 ans efface la minoration du taux, pas le prorata — et les femmes sont plus nombreuses à devoir attendre cet âge (12 % contre 8 % pour la génération 1953 selon la DREES).
Les trimestres liés aux enfants : ce que la loi attribue, à qui, et sous quel délai
C'est le levier le plus puissant et le plus mal connu. L'article L351-4 du Code de la sécurité sociale prévoit, pour chaque enfant, deux majorations de durée d'assurance de quatre trimestres chacune, soit jusqu'à huit trimestres — deux années — par enfant. Leur attribution obéit à des règles précises, modifiées par la réforme de 2023.
| Dispositif | Trimestres | À qui | Conditions et délais |
|---|---|---|---|
| Majoration « maternité » | 4 par enfant | À la mère, sans partage | Au titre de l'incidence de la grossesse et de l'accouchement sur la vie professionnelle ; attribuée de plein droit |
| Majoration « adoption » | 4 par enfant | Aux parents adoptants | Répartition entre les parents selon les mêmes règles que la majoration éducation |
| Majoration « éducation » — enfant né ou adopté depuis le 1er janvier 2010 | 4 par enfant | Partageable entre les parents, mais la mère en conserve au minimum 2 | Option commune à exercer dans les 6 mois suivant le 4e anniversaire de l'enfant ; à défaut, attribution à la mère. Le parent doit avoir résidé avec l'enfant (un trimestre par année de résidence au cours des 4 premières années) et justifier de 2 ans d'assurance, sauf s'il a élevé l'enfant seul |
| Majoration « éducation » — enfant né avant 2010 | 4 par enfant | À la mère | Sauf preuve, apportée dans l'année suivant la loi du 24 décembre 2009, que le père a élevé seul l'enfant |
| Congé maternité indemnisé | 1 trimestre par période de 90 jours | À la mère | Trimestres assimilés, sans limite, depuis 2014 (avant : le trimestre civil de l'accouchement) ; les indemnités journalières sont reportées au salaire annuel moyen à hauteur de 125 % de leur montant |
| Majoration pour congé parental (article L351-5) | Durée effective du congé, 1 trimestre par 90 jours | Au parent en congé | Non cumulable avec la majoration éducation pour le même enfant : la plus favorable est retenue |
| Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF, article L381-1) | Trimestres et salaire forfaitaire reportés sur le relevé | Au parent bénéficiaire de certaines prestations Caf | Complément familial, allocation de base de la PAJE, PreParE (y compris à taux partiel), sous plafond de ressources ; affiliation automatique par la Caf, cotisation prise en charge par la CNAF sur une base de 169 heures de Smic par mois |
Deux points méritent d'être soulignés. Le premier : depuis la loi du 14 avril 2023 (article 12), la mère conserve au minimum deux des quatre trimestres d'éducation — un père ne peut donc plus en recevoir que deux, et seulement par option conjointe dans les six mois du quatrième anniversaire. Une information encore fréquemment donnée selon laquelle « le père peut récupérer les quatre trimestres » est périmée pour les décisions prises depuis septembre 2023. Le second : ces majorations comptent pour le taux plein et pour le prorata, mais elles ne sont pas « réputées cotisées » pour la retraite anticipée carrière longue (article D351-1-2) — seules les périodes de maternité indemnisée et, dans la limite de quatre trimestres, l'AVPF le sont. Les conditions d'âge des carrières longues sont détaillées dans notre guide sur l'âge légal en 2026-2027.
Dans la fonction publique, la logique est différente et moins généreuse pour les enfants récents : une bonification d'un an par enfant né avant le 1er janvier 2004, sous condition d'interruption ou de réduction d'activité ; pour les enfants nés depuis 2004, une majoration de deux trimestres (article L12 bis du Code des pensions civiles et militaires) et la prise en compte des interruptions dans la limite de trois ans par enfant (article L9). La loi de financement pour 2026 a ajouté, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, une bonification d'un trimestre par enfant né depuis 2004 pour les femmes ayant accouché après leur recrutement (article L12, b ter). Le service des retraites de l'État détaille ces bonifications.
Nouveau depuis le 1er septembre 2026 : 24 ou 23 meilleures années pour les parents
L'article 104 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 et le décret n° 2026-699 du 29 juillet 2026 ont modifié l'article R173-3-2 du Code de la sécurité sociale : le salaire annuel moyen est calculé sur les 24 meilleures années pour les assurés bénéficiant d'une majoration ou bonification de durée d'assurance au titre d'un enfant, et sur les 23 meilleures au titre d'au moins deux enfants, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Le texte vise les deux parents dès lors qu'ils bénéficient d'une majoration ; la majoration maternité étant réservée à la mère, celle-ci est concernée dans tous les cas. L'Assurance retraite précise qu'il n'y a « rien à faire », que le nouveau calcul sera appliqué aux nouveaux retraités courant 2027 et que les pensions prenant effet entre-temps seront recalculées rétroactivement.
L'effet dépend du profil des années écartées. Exemple de calcul, à titre illustratif : une mère de deux enfants dont les 25 meilleures années comprennent 23 années à 36 000 € et 2 années à mi-temps à 18 000 € a un salaire annuel moyen de 34 560 € ; sur 23 années, il passe à 36 000 €, soit une pension de base supérieure de 4,2 %. Si les 25 meilleures années sont toutes à temps plein, la mesure ne change presque rien. Elle est donc surtout utile aux carrières courtes ou comportant des années réduites — précisément celles où la règle des 25 meilleures années ne jouait plus son rôle de filtre.
Majoration de 10 % et surcote parentale : les autres correctifs
- —Majoration de 10 % pour trois enfants. Au régime général, la pension de tout assuré, père ou mère, ayant eu ou élevé au moins trois enfants est majorée de 10 % (article L351-12), sans plafond. À l'Agirc-Arrco, la majoration de 10 % pour trois enfants nés ou élevés est plafonnée à 2 367,48 € par an pour les retraites versées depuis le 1er novembre 2025 ; elle ne se cumule pas avec la majoration de 5 % par enfant encore à charge, la plus élevée étant retenue (page officielle). Dans la fonction publique, la majoration est de 10 % pour trois enfants et de 5 % par enfant au-delà.
- —Surcote parentale. Depuis septembre 2023, un assuré qui a déjà sa durée complète un an avant l'âge légal et au moins un trimestre de majoration pour enfant (maternité, adoption, éducation, congé parental) gagne 1,25 % par trimestre cotisé au cours de cette année, dans la limite de 5 % (article L351-1-2-1). Le dispositif suppose un âge légal d'au moins 63 ans ; après la suspension votée fin 2025, il est réservé aux personnes nées à partir du 1er avril 1965.
- —Trimestres au titre de l'assurance vieillesse des aidants. Depuis la réforme de 2023, l'aidant d'un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie peut être affilié à l'assurance vieillesse des aidants, même sans résider avec lui ; l'allocation journalière du proche aidant y ouvre droit. Ce dispositif concerne, dans les faits, majoritairement des femmes en fin de carrière.
Vérifier que ces droits sont bien enregistrés sur le relevé
Les majorations pour enfants ne sont pas toujours inscrites automatiquement, en particulier lorsque les enfants n'ont pas été déclarés dans l'espace personnel d'info-retraite.fr ou que les caisses ne disposent pas de l'acte de naissance. Nous voyons régulièrement des relevés de carrière où les huit trimestres par enfant manquent, où une période d'AVPF n'a pas été reportée par la Caf, ou où un congé maternité ancien apparaît comme une année blanche. À 50 ans, ces oublis se corrigent gratuitement sur justificatifs ; à 62 ans, ils se découvrent parfois trop tard pour changer une date de départ. Notre guide sur la vérification du relevé de carrière décrit la procédure ; pour une mère de famille, la première case à cocher est celle des enfants.
Racheter des trimestres : pour quelles situations, à quel prix
Lorsque les majorations ne suffisent pas, le versement pour la retraite permet de racheter jusqu'à 12 trimestres au titre des années d'études ou des années incomplètes. Le barème 2026 de la Cnav (circulaire 2026-04) va de 1 055 € le trimestre à 20 ans à 4 510 € à 62 ans pour l'option « taux seul », et de 1 564 € à 6 684 € pour l'option « taux et durée ». Pour une femme dont il manque quatre trimestres à 58 ans, la question n'est pas seulement le prix mais la comparaison avec l'alternative : travailler un an de plus, attendre 67 ans, ou accepter la décote en la compensant par une épargne. Notre guide sur le rachat de trimestres chiffre cette rentabilité selon l'âge et la tranche d'imposition, le rachat étant déductible du revenu imposable.
La réversion : un revenu dérivé, sous conditions, réservé au mariage
Fin 2023, 4,4 millions de personnes percevaient une pension de réversion, dont 87 % de femmes, et pour 884 000 d'entre elles c'était l'unique pension. La réversion explique l'essentiel de la différence entre les deux écarts cités en ouverture (37,5 % sur le droit direct, 25 % réversion comprise). Elle a trois limites structurelles pour qui voudrait bâtir un plan dessus. Elle suppose un mariage : le PACS et le concubinage n'ouvrent aucun droit, dans aucun régime — un point que nous développons dans notre guide PACS ou mariage. Au régime général, elle est soumise à un plafond de ressources (25 001,60 € par an pour une personne seule en 2026), ce qui la réduit ou l'annule pour une survivante disposant d'une bonne pension propre. Enfin, elle représente 54 % de la pension de base et 60 % de la complémentaire du défunt, alors que les charges d'une personne seule ne baissent pas de moitié. Conditions, montants et démarche sont détaillés dans notre guide sur la pension de réversion.
Épargner pour soi : la durée à financer et la règle des tables unisexes
Le dernier paramètre est rarement mis en face des précédents. Selon le bilan démographique 2025 de l'INSEE, l'espérance de vie à 60 ans est de 27,9 ans pour les femmes et de 23,9 ans pour les hommes ; à 65 ans, de 23,6 et 20 ans. Une femme finance donc en moyenne quatre années de retraite de plus, avec une pension plus faible. Cela plaide pour une épargne personnelle constituée à son nom, indépendamment de la situation du conjoint, et dimensionnée sur la durée réelle — nous montrons comment la calculer dans notre guide « combien faut-il épargner pour la retraite ».
Une règle joue en faveur des femmes au moment de la sortie. Depuis le 21 décembre 2012, à la suite de l'arrêt Test-Achats de la Cour de justice de l'Union européenne (affaire C-236/09, 1er mars 2011), les assureurs ne peuvent plus utiliser le sexe comme facteur de calcul des primes et des prestations : l'article L111-7 du Code des assurances interdit « toute discrimination directe ou indirecte fondée sur la prise en compte du sexe ». Concrètement, pour un même capital et un même âge, une femme reçoit aujourd'hui la même rente viagère qu'un homme, alors que les anciennes tables de mortalité féminines donnaient une rente plus faible en raison d'une espérance de vie plus longue. À l'inverse, des retraits programmés sur un contrat d'assurance-vie ou un PER doivent être calibrés sur la durée réelle : un capital prévu pour vingt ans est insuffisant pour vingt-huit.
Deux précisions pratiques sur les enveloppes. Le PER permet de déduire les versements du revenu imposable, et, pour un couple soumis à imposition commune, les plafonds de déduction des deux conjoints peuvent être mutualisés : un versement effectué sur le PER de l'épouse peut utiliser le plafond non consommé de l'époux. La déduction n'a d'intérêt que si le foyer est imposé dans une tranche significative — notre guide sur le PER détaille cet arbitrage. L'assurance-vie, elle, n'a pas de plafond et reste disponible ; ouverte à son nom, elle constitue un capital propre qui ne dépend ni du régime matrimonial au décès (sous réserve des règles de récompense en communauté) ni des conditions de la réversion.
Exemple chiffré : la même carrière avec et sans les dispositifs
Situation type construite pour illustrer le calcul, à partir de paramètres réalistes (génération 1970 : âge légal 64 ans, 172 trimestres exigés, 12 trimestres manquants au maximum pour la décote). Montants bruts, régime de base uniquement, hors complémentaire et hors revalorisation.
Nadia est née en 1970, a deux enfants, et son salaire annuel moyen ressort à 36 000 €. Le tableau compare sa pension de base à 64 ans selon que sa carrière a été continue, interrompue cinq ans sans aucun dispositif, ou interrompue cinq ans avec les majorations pour enfants correctement enregistrées.
| Situation à 64 ans | Trimestres | Taux | Prorata | Pension mensuelle brute | Écart |
|---|---|---|---|---|---|
| Carrière continue | 172 | 50 % | 172/172 | 1 500 € | — |
| Interruption de 5 ans, majorations pour enfants absentes du relevé | 152 | 42,5 % (plancher : 12 trimestres retenus) | 152/172 | 1 127 € | − 373 € |
| Interruption de 5 ans, 16 trimestres de majoration pour 2 enfants enregistrés | 168 | 47,5 % | 168/172 | 1 392 € | − 108 € |
| Interruption de 5 ans couverte par l'AVPF (prestations Caf sous plafond) | 172 | 50 % | 172/172 | 1 500 € | 0 € |
| Interruption de 5 ans, majorations absentes, départ reporté à 67 ans | 152 | 50 % | 152/172 | 1 326 € | − 174 € |
Sur vingt ans de retraite, hors revalorisation, l'écart entre la deuxième et la troisième ligne — la seule différence étant que les seize trimestres liés aux enfants ont été portés au relevé — représente environ 64 000 €. Le calcul sur 23 meilleures années, non intégré ici, relèverait chaque ligne de quelques pour cent si des années réduites figuraient parmi les 25 meilleures. La complémentaire Agirc-Arrco, elle, resterait amputée des points non acquis pendant l'interruption dans les quatre scénarios : c'est la partie de l'écart qu'aucune majoration ne corrige, et que seule une épargne personnelle compense.
Mon conjoint peut-il récupérer les quatre trimestres d'éducation de notre enfant ?
Non, plus depuis la réforme de 2023 : la mère conserve au minimum deux des quatre trimestres d'éducation, le père pouvant en recevoir au plus deux, par option conjointe exercée dans les six mois suivant le quatrième anniversaire de l'enfant. Pour un enfant né avant 2010, les huit trimestres sont attribués à la mère, sauf preuve que le père l'a élevé seul.
Les trimestres pour enfants comptent-ils pour partir en carrière longue ?
Non. Les majorations de durée d'assurance pour maternité, adoption ou éducation comptent pour le taux plein et le prorata, mais ne sont pas « réputées cotisées ». Seuls les trimestres de congé maternité indemnisé et, dans la limite de quatre, ceux de l'assurance vieillesse des parents au foyer entrent dans la durée cotisée exigée pour un départ anticipé.
Je n'ai pas travaillé pendant trois ans pour élever mes enfants : ai-je des trimestres pour cette période ?
Cela dépend des prestations perçues. Si vous avez bénéficié du complément familial, de l'allocation de base de la PAJE ou de la PreParE sous le plafond de ressources, la Caf vous a en principe affiliée à l'assurance vieillesse des parents au foyer, qui valide des trimestres et reporte un salaire forfaitaire. Si vous étiez en congé parental, une majoration égale à sa durée peut s'appliquer. Dans tous les cas, vous disposez des huit trimestres par enfant. Vérifiez que ces périodes figurent sur votre relevé.
Le calcul sur 23 ou 24 meilleures années est-il automatique ?
Oui. L'Assurance retraite indique qu'il n'y a aucune démarche à faire : la règle s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, sera mise en œuvre pour les nouveaux retraités courant 2027, et les pensions concernées liquidées entre-temps seront recalculées rétroactivement. Elle suppose toutefois que vos majorations pour enfants soient bien enregistrées.
La majoration de 10 % pour trois enfants est-elle réservée à la mère ?
Non. Au régime général comme à l'Agirc-Arrco et dans la fonction publique, elle bénéficie à chacun des deux parents ayant eu ou élevé au moins trois enfants. À l'Agirc-Arrco, elle est plafonnée à 2 367,48 € par an depuis le 1er novembre 2025.
Une femme reçoit-elle une rente viagère plus faible qu'un homme pour le même capital ?
Plus depuis le 21 décembre 2012. Le droit européen et l'article L111-7 du Code des assurances imposent des tarifs et prestations unisexes : à âge et capital identiques, la rente est la même. Les contrats conclus avant cette date peuvent encore appliquer des tables différenciées.
Je suis pacsée : aurai-je droit à la réversion de mon partenaire ?
Non, dans aucun régime de retraite obligatoire : la réversion est réservée aux conjoints mariés et, sous conditions, aux ex-conjoints divorcés. Le partenaire de PACS doit être protégé par d'autres outils — testament, assurance-vie, prévoyance — ou par le mariage.
Ce qu'il faut retenir
L'écart de pension entre femmes et hommes est mesuré, il se réduit à chaque génération, et il s'explique par des paramètres identifiables — durée de carrière, temps partiel, niveau de salaire — dont chacun a sa traduction dans la formule de calcul. Une partie de cet écart est corrigée par des dispositifs de droit qui ne s'appliquent pleinement que si l'on s'en assure : huit trimestres par enfant, dont six au minimum pour la mère ; l'AVPF ; le calcul sur 24 ou 23 meilleures années ; la majoration de 10 % ; la surcote parentale. L'autre partie — les points de complémentaire non acquis, la durée de retraite plus longue, l'absence de réversion hors mariage — ne se corrige que par une épargne constituée à son nom, dimensionnée sur vingt-huit ans plutôt que vingt. Vérifier son relevé à 45 ou 50 ans et chiffrer l'écart restant sont les deux gestes qui changent le plus le résultat final. Réalisez votre bilan retraite gratuit pour faire ce point sur vos propres trimestres et vos propres options.
Rappel important — Cet article présente des données statistiques publiées par la DREES et l'INSEE et des règles du Code de la sécurité sociale et du Code des pensions civiles et militaires de retraite à la date de mise à jour. Il ne constitue ni une analyse des causes de ces écarts, ni un conseil personnalisé. Les montants (seuils de validation, barème de rachat, plafonds de majoration et de réversion) sont ceux de 2026 et évoluent chaque année ; l'exemple chiffré est une situation type construite à des fins pédagogiques. Les conditions d'attribution des majorations pour enfants et de l'AVPF dépendent de votre situation individuelle et doivent être vérifiées auprès de vos caisses et de la Caf. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès