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Âge légal de départ à la retraite en 2026-2027 : 62 ans et 9 mois, 170 trimestres, et le calendrier génération par génération après la suspension de la réforme de 2023

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 19 septembre 2026·12 min de lecture
L'essentiel

La « suspension de la réforme des retraites » votée fin 2025 n'est pas un retour à 62 ans. L'article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 fige l'âge légal à 62 ans et 9 mois et la durée d'assurance à 170 trimestres pour les personnes nées en 1964 et entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, au lieu de 63 ans et 171 à 172 trimestres prévus par la loi de 2023. La progression reprend ensuite par paliers de trois mois et l'âge de 64 ans s'applique à partir de la génération 1969 (au lieu de 1968), avec 172 trimestres dès la génération 1966. Ces règles valent pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 ; aucune date de fin de « suspension » ne figure dans le code, la formule « jusqu'en janvier 2028 » décrivant simplement le moment où la génération gelée atteint son âge légal. L'âge du taux plein automatique reste à 67 ans, les bornes des carrières longues restent à 58, 60, 62 et 63 ans, et la retraite progressive est ouverte dès 60 ans depuis septembre 2025. Le Conseil d'orientation des retraites chiffre le coût de la suspension à 1,8 milliard d'euros par an jusqu'en 2032, dans un système déjà déficitaire de 5,1 milliards en 2025. Voici le tableau génération par génération, les cas particuliers et ce que cela change concrètement selon votre année de naissance.

Sommaire · 11 sections
  1. 01Que dit exactement la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ?
  2. 02Âge légal et trimestres requis : le tableau génération par génération
  3. 03Qui gagne concrètement quelque chose ?
  4. 04Les trois âges à ne pas confondre
  5. 05Carrière longue : à quel âge partir en 2026-2027 ?
  6. 06Handicap, inaptitude, pénibilité, retraite progressive : les autres portes de sortie anticipée
  7. 07Fonctionnaires et régimes spéciaux : la même suspension ?
  8. 08Pourquoi le calendrier reste incertain après 2027
  9. 09Les réformes de l'âge et de la durée depuis 1982 : une chronologie
  10. 10Que faire selon votre génération
  11. 11Ce qu'il faut retenir

Depuis l'automne 2025, les personnes nées entre 1963 et 1969 entendent trois choses contradictoires : que la réforme de 2023 est « suspendue », que l'âge légal reste à 64 ans, et que tout sera rediscuté après l'élection présidentielle de 2027. Les trois sont vraies en même temps, et c'est ce qui rend la situation illisible. Le texte, lui, est précis : il modifie génération par génération deux articles du Code de la sécurité sociale, et il s'applique aux pensions qui prennent effet à partir du 1er septembre 2026. Cet article le traduit en âges et en trimestres pour chaque année de naissance, puis passe en revue les dispositifs qui permettent de partir avant l'âge légal. Les règles de calcul du montant lui-même sont détaillées dans notre guide sur le calcul de la retraite de base.

Que dit exactement la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ?

L'article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 réécrit l'article L161-17-2 du Code de la sécurité sociale (âge légal) et l'article L161-17-3 (durée d'assurance requise). Le mécanisme est simple : les paramètres prévus pour la génération 1963 par la loi de 2023 — 62 ans et 9 mois, 170 trimestres — sont étendus aux personnes nées en 1964 et entre le 1er janvier et le 31 mars 1965. À partir des personnes nées le 1er avril 1965, la progression reprend à son rythme d'origine, un trimestre d'âge par génération, avec un décalage d'une génération à l'arrivée : l'âge de 64 ans « s'applique aux assurés nés à compter du 1er janvier 1969 », et non plus 1968. Le paragraphe VI de l'article précise que ces dispositions « s'appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 ».

Le Conseil constitutionnel a validé le dispositif dans sa décision n° 2025-899 DC du 30 décembre 2025, ne censurant de l'article 105 qu'un paragraphe demandant un rapport sur Mayotte, jugé étranger au domaine des lois de financement. Deux décrets du 7 mai 2026 en tirent les conséquences réglementaires : le décret n° 2026-345 pour le régime général (il ajuste notamment les carrières longues) et le décret n° 2026-344 pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière. Un point de vocabulaire compte : la loi ne fixe aucune « fin de suspension » datée. La formule « jusqu'en janvier 2028 », reprise par info-retraite.fr, décrit le moment où les derniers assurés gelés (nés en mars 1965) atteignent 62 ans et 9 mois ; le calendrier reprend ensuite de lui-même, par construction, avec la génération née en avril 1965 qui atteint 63 ans en avril 2028.

Année de naissanceLoi du 14 avril 2023 : âge légal / trimestresAprès la LFSS 2026 : âge légal / trimestresCe qui change
1958 à 196062 ans / 16762 ans / 167Rien
1er janvier – 31 août 196162 ans / 16862 ans / 168Rien
1er septembre – 31 décembre 196162 ans et 3 mois / 16962 ans et 3 mois / 169Rien
196262 ans et 6 mois / 16962 ans et 6 mois / 169Rien
196362 ans et 9 mois / 17062 ans et 9 mois / 170Rien
196463 ans / 17162 ans et 9 mois / 170− 3 mois, − 1 trimestre
1er janvier – 31 mars 196563 ans et 3 mois / 17262 ans et 9 mois / 170− 6 mois, − 2 trimestres
1er avril – 31 décembre 196563 ans et 3 mois / 17263 ans / 171− 3 mois, − 1 trimestre
196663 ans et 6 mois / 17263 ans et 3 mois / 172− 3 mois
196763 ans et 9 mois / 17263 ans et 6 mois / 172− 3 mois
196864 ans / 17263 ans et 9 mois / 172− 3 mois
1969 et après64 ans / 17264 ans / 172Rien

Sources : loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, article 10 ; articles L161-17-2 et L161-17-3 du Code de la sécurité sociale dans leur rédaction issue de la loi n° 2025-1403 ; fiche F14043 de service-public.fr et circulaire Cnav 2026-07. Les durées s'entendent tous régimes de base confondus. La durée requise n'est pas un droit à partir : c'est la condition du taux plein, cumulative avec l'âge légal. Partir à l'âge légal sans la durée requise reste possible, mais avec une décote et un prorata que nous chiffrons dans notre guide sur la décote et la surcote.

Qui gagne concrètement quelque chose ?

Le gain est concentré sur cinq générations et il est modeste. Une personne née en octobre 1964 pouvait partir, sous la loi de 2023, à 63 ans en octobre 2027 avec 171 trimestres ; elle peut désormais partir à 62 ans et 9 mois, en juillet 2027, avec 170 trimestres. Née en février 1965, elle gagne six mois et deux trimestres. Nées de 1966 à 1968, les personnes gagnent trois mois d'âge et rien sur la durée. Nées en 1969 ou après, elles ne gagnent rien : le point d'arrivée de la réforme — 64 ans, 172 trimestres — est inchangé. Les pensions déjà liquidées ne sont pas recalculées : tous les textes visent les pensions « prenant effet à compter du 1er septembre 2026 ». Le Conseil d'orientation des retraites (COR) évalue dans son rapport de juin 2026 le coût de la mesure à « 1,8 milliard d'euros en moyenne en année pleine jusqu'en 2032 ».

Un effet secondaire mérite d'être signalé pour les parents. La surcote parentale créée en 2023 — 1,25 % par trimestre, dans la limite de 5 %, pour les assurés qui ont déjà leur durée complète et au moins un trimestre de majoration pour enfant l'année précédant l'âge légal — n'est ouverte que si l'âge légal est d'au moins 63 ans (article L351-1-2-1). En ramenant l'âge légal des générations 1964 et janvier-mars 1965 à 62 ans et 9 mois, la suspension les en exclut ; l'Assurance retraite et le service des retraites de l'État indiquent que le dispositif est réservé aux personnes nées à partir du 1er avril 1965.

Les trois âges à ne pas confondre

ÂgeDéfinitionValeur en 2026-2027Ce qu'il déclenche
Âge légal (ou âge d'ouverture des droits)Âge minimum pour demander sa pension, hors départs anticipés62 ans et 9 mois à 64 ans selon la générationLe droit de liquider, avec décote si la durée n'est pas atteinte
Âge du taux plein par la duréeÂge auquel vous atteignez personnellement 170, 171 ou 172 trimestresVariable, à lire sur votre relevéTaux de 50 % sans décote ; la surcote commence au-delà, après l'âge légal
Âge du taux plein automatiqueÂge légal augmenté de trois ans (article L351-8)67 ans pour toutes les générationsTaux de 50 % quel que soit le nombre de trimestres — mais le prorata de durée subsiste

Le troisième âge n'a pas bougé : l'article L351-8 le définit par renvoi à l'âge cible de 64 ans « augmenté de trois années », ce qui donne 67 ans quelle que soit la génération, y compris pour celles dont l'âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois. Pour ces dernières, l'écart entre âge légal et âge du taux plein automatique est donc de 4 ans et 3 mois, soit 17 trimestres : c'est le nombre maximal de trimestres manquants pris en compte pour leur décote.

Carrière longue : à quel âge partir en 2026-2027 ?

Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue (article L351-1-1 et article D351-1-1 du Code de la sécurité sociale) repose sur quatre bornes de début d'activité et trois conditions cumulatives. Les bornes : avoir commencé à travailler avant 16 ans permet de partir dès 58 ans ; avant 18 ans, dès 60 ans ; avant 20 ans, dès 62 ans ; avant 21 ans, dès 63 ans. Les conditions : justifier d'au moins cinq trimestres (quatre si vous êtes né entre octobre et décembre) avant la fin de l'année civile de vos 16, 18, 20 ou 21 ans (article D351-1-3) ; totaliser une durée d'assurance cotisée égale à la durée requise pour le taux plein de votre génération (170 à 172 trimestres) ; et avoir atteint l'âge de la borne. La fiche F13845 de service-public.fr, vérifiée le 1er septembre 2026, détaille ces conditions.

Le mot « cotisée » est décisif. Certaines périodes non travaillées sont « réputées cotisées » dans des limites fixées par l'article D351-1-2 : quatre trimestres au maximum de chômage indemnisé, quatre de maladie ou d'accident du travail, quatre de service national, deux d'invalidité, quatre au titre de l'assurance vieillesse des parents au foyer ou des aidants, et la totalité des trimestres de maternité — sans que le total puisse dépasser quatre pour une même année. Les majorations de durée d'assurance pour enfant (les 4 + 4 trimestres au titre de la maternité et de l'éducation) ne figurent pas dans cette liste : elles comptent pour le taux plein, pas pour la carrière longue. C'est la première cause de refus que nous voyons en bilan : une durée « validée » suffisante, mais une durée « cotisée » insuffisante.

La suspension de 2026 ne touche pas aux bornes de 58, 60, 62 et 63 ans. Elle modifie deux choses pour les générations 1964 à 1970 : la durée cotisée exigée, qui suit celle du taux plein (170 trimestres pour les personnes nées en 1964 et entre janvier et mars 1965, 171 pour le reste de 1965, 172 ensuite), et l'âge de départ de la seule borne « avant 20 ans », qui bénéficie d'une dérogation transitoire. L'Assurance retraite a publié le détail le 1er juin 2026 ; en voici les grandes lignes.

Année de naissanceDébut d'activité avant 16 ansAvant 18 ansAvant 20 ans (après la LFSS 2026)Trimestres cotisés exigés
196458 ans60 ans60 ans et 6 mois170 (au lieu de 171)
1er janvier – 31 mars 196558 ans60 ans60 ans et 9 mois170 (au lieu de 172)
1er avril – 31 décembre 196558 ans60 ans60 ans et 9 mois171
196658 ans60 ans60 ans et 9 mois (au lieu de 61 ans)172
196758 ans60 ans61 ans (au lieu de 61 ans et 3 mois)172
196858 ans60 ans61 ans et 3 mois172
196958 ans60 ans61 ans et 6 mois172
197058 ans60 ans61 ans et 9 mois172
1971 et après58 ans60 ans62 ans172

La borne « avant 21 ans » (départ à 63 ans) n'a d'intérêt que pour les générations dont l'âge légal dépasse 63 ans, c'est-à-dire à partir des personnes nées en 1966. Attention à une subtilité de calendrier : pour une personne née en décembre 1965, la page officielle indique 60 ans et 8 mois pour la borne « avant 20 ans » — un cas limite à vérifier directement auprès de votre caisse plutôt que par lecture d'un tableau.

Handicap, inaptitude, pénibilité, retraite progressive : les autres portes de sortie anticipée

  • —Travailleurs handicapés. Départ possible entre 55 et 59 ans pour les assurés justifiant d'une incapacité permanente d'au moins 50 % pendant les périodes requises (article L351-1-3), avec une durée d'assurance et une durée cotisée réduites par rapport à la durée normale (article D351-1-5) : pour les générations nées à partir de 1973, par exemple, 112 trimestres cotisés suffisent pour un départ à 55 ans. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé n'est admise que pour les périodes antérieures au 31 décembre 2015.
  • —Inaptitude au travail et invalidité. L'assuré reconnu inapte par le médecin-conseil obtient le taux plein dès 62 ans, quel que soit son nombre de trimestres (article L351-1-5 et fiche F16337 de service-public.fr). Le prorata de durée s'applique en revanche.
  • —Incapacité permanente d'origine professionnelle. Départ à 60 ans au taux plein pour un taux d'incapacité d'au moins 20 % lié à un accident du travail ou une maladie professionnelle ; pour un taux compris entre 10 et 19 %, l'âge légal est abaissé de deux ans sous condition de dix-sept années d'exposition à des facteurs de pénibilité et après avis d'une commission (article L351-1-4).
  • —Retraite progressive. Depuis le 1er septembre 2025, le décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025 ouvre la retraite progressive dès 60 ans, quelle que soit la génération, à condition de justifier de 150 trimestres tous régimes et d'exercer à temps partiel entre 40 et 80 %. La fraction de pension versée est le complément de la quotité travaillée (un temps partiel de 65 % donne 35 % de la pension), et la pension définitive est recalculée au départ complet. Le dispositif étant fixé à 60 ans indépendamment de l'âge légal, la suspension de 2026 est sans effet sur lui.

Fonctionnaires et régimes spéciaux : la même suspension ?

Oui pour les trois fonctions publiques, avec les mêmes générations : le service des retraites de l'État indique que « l'évolution de l'âge légal de départ est ralentie pour les générations 1964 à 1968 », et le décret n° 2026-344 transpose le calendrier à la CNRACL. Pour les catégories actives, dont l'âge d'ouverture des droits est inférieur de cinq ans, le COR relève que l'âge de 57 ans est maintenu pour les agents nés jusqu'au 31 août 1966 et que la cible de 59 ans s'applique à partir de la génération 1974, au lieu de 1973. Le calcul de la pension des fonctionnaires — sur le traitement indiciaire des six derniers mois, hors primes pour l'essentiel — obéit à des règles distinctes que nous détaillons dans notre guide sur la retraite des fonctionnaires. Pour les régimes spéciaux fermés aux nouveaux entrants par la réforme de 2023 (SNCF, RATP, industries électriques et gazières notamment), l'avis de la commission des affaires sociales du Sénat sur le projet de loi laissait entendre que seuls les régimes de la SNCF et de la RATP étaient concernés par la suspension ; ce point, examiné avant l'adoption définitive, doit être vérifié auprès de chaque régime.

Pourquoi le calendrier reste incertain après 2027

La suspension a été votée pour laisser au Parlement issu des élections de 2027 le soin de décider de la suite. Le code, tel qu'il est écrit, reprend sa progression de lui-même ; une nouvelle majorité peut aussi bien l'accélérer, la geler à nouveau ou redéfinir l'ensemble. Nous ne savons pas ce qu'elle fera, et personne ne le sait. Ce que l'on connaît, en revanche, ce sont les contraintes dans lesquelles elle décidera, documentées par deux institutions indépendantes.

  • —Le solde du système. Selon le rapport annuel du COR de juin 2026, l'ensemble des régimes de retraite était déficitaire de 5,1 milliards d'euros en 2025 (0,2 point de PIB) ; le déficit projeté atteint 6,8 milliards en 2030, puis 0,9 point de PIB en 2045 et 2,4 points en 2070 dans le scénario central. Les dépenses représentent 14,1 % du PIB. La communication de la Cour des comptes de février 2025, établie avant la suspension, donnait un déficit de 6,6 milliards en 2025, « près de 15 milliards » en 2035 et « autour de 30 milliards » en 2045.
  • —Le rapport démographique. Le COR compte 30,6 millions de cotisants pour 17,4 millions de retraités de droit direct en 2025, soit 1,8 cotisant par retraité (2,1 au début des années 2000) ; ce rapport tomberait à 1,3 en 2070. La Cour des comptes retenait 1,77 en 2025, 1,66 en 2035 et 1,54 en 2045.
  • —La natalité. Le bilan démographique 2025 de l'INSEE mesure un indicateur conjoncturel de fécondité de 1,56 enfant par femme en 2025 (1,61 en 2024), 645 000 naissances et 651 000 décès : le solde naturel est devenu négatif. Le COR a construit ses projections sur une hypothèse de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,8 dans ses rapports antérieurs.
  • —La contribution de l'État employeur. Pour les pensions des fonctionnaires de l'État, l'État verse une contribution assise sur un taux de 78,28 % des traitements depuis le 1er janvier 2025 (126,07 % pour les militaires), soit un flux que la Cour des comptes évalue autour de 50 milliards d'euros par an. La Cour précise qu'une comparaison terme à terme avec les taux du privé « n'est pas possible » pour en déduire une « surcotisation » : le chiffre circule dans le débat public, mais son interprétation n'est pas tranchée.

Aucun de ces chiffres ne dit ce que fera la loi de 2028. Ils disent seulement que les paramètres d'un départ à la retraite — âge, durée, mode de calcul — ne sont pas stabilisés, et qu'ils ont été modifiés à sept reprises depuis 1982 — dans le sens d'un allongement à chaque fois depuis 1993, jusqu'à la pause de 2025. C'est la raison pratique, indépendante de toute opinion sur la réforme, pour laquelle la pension du régime obligatoire ne devrait jamais être le seul étage d'un plan de retraite. Notre guide « combien faut-il épargner pour la retraite » montre comment dimensionner l'étage complémentaire.

Les réformes de l'âge et de la durée depuis 1982 : une chronologie

TexteMesure principale sur l'âge ou la durée
Ordonnance n° 82-270 du 26 mars 1982 (en vigueur au 1er avril 1983)Retraite à taux plein à 60 ans avec 150 trimestres (37,5 annuités)
Loi n° 93-936 du 22 juillet 1993 et décret n° 93-1022 du 27 août 1993 (« réforme Balladur »)Passage progressif de 150 à 160 trimestres (40 annuités), des 10 aux 25 meilleures années pour le salaire annuel moyen, indexation des pensions sur les prix
Loi n° 2003-775 du 21 août 2003 (« réforme Fillon »)Allongement de la durée au-delà de 2008 pour maintenir constant le rapport entre durée d'assurance et durée de retraite ; création de la surcote et du rachat de trimestres
Loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010Âge légal porté de 60 à 62 ans (génération 1956), âge du taux plein automatique de 65 à 67 ans
Loi n° 2014-40 du 20 janvier 2014 (« réforme Touraine »)172 trimestres (43 annuités) pour les assurés nés à partir de 1973
Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023Âge légal porté de 62 à 64 ans à raison d'un trimestre par génération (génération 1968), 172 trimestres dès la génération 1965
Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026), article 105Gel à 62 ans et 9 mois / 170 trimestres pour la génération 1964 et janvier-mars 1965 ; 64 ans reporté à la génération 1969 et 172 trimestres à la génération 1966

Que faire selon votre génération

  1. 1.Nés en 1964 ou entre janvier et mars 1965 : votre âge légal est de 62 ans et 9 mois et votre durée de 170 trimestres, sous réserve que votre pension prenne effet à compter du 1er septembre 2026. Si vous aviez prévu un départ à 63 ans, recalculez : trois à six mois plus tôt, avec un ou deux trimestres de moins à réunir. Vérifiez si la carrière longue « avant 20 ans » vous ouvre un départ à 60 ans et 6 ou 9 mois.
  2. 2.Nés entre avril 1965 et 1968 : vous gagnez trois mois d'âge légal ; votre durée reste de 171 (1965) ou 172 trimestres. Si vous avez au moins un trimestre de majoration pour enfant et votre durée complète un an avant l'âge légal, la surcote parentale peut vous concerner.
  3. 3.Nés à partir de 1969 : rien ne change pour vous — 64 ans et 172 trimestres. Ne bâtissez aucune décision sur l'hypothèse d'un retour à 62 ans : la loi actuelle ne le prévoit pas, et une éventuelle loi future s'appliquera aux règles en vigueur à la date d'effet de votre pension.
  4. 4.Dans tous les cas : comptez vos trimestres cotisés et validés sur votre relevé (notre guide de vérification), simulez plusieurs dates sur info-retraite.fr, puis comparez le coût d'un rachat de trimestres, l'intérêt d'un cumul emploi-retraite ou d'un départ décalé.

Je suis né en 1964 : puis-je partir à 62 ans ?

Non, sauf dispositif de départ anticipé. La suspension ramène votre âge légal de 63 ans à 62 ans et 9 mois, pas à 62 ans, et votre durée requise de 171 à 170 trimestres, pour une pension prenant effet à compter du 1er septembre 2026.

La suspension prend-elle fin le 1er janvier 2028 ?

La loi ne contient pas de date de fin. Elle fixe des paramètres par génération : les personnes nées jusqu'au 31 mars 1965 sont gelées à 62 ans et 9 mois, celles nées à partir du 1er avril 1965 reprennent la progression. La formule « jusqu'en janvier 2028 » décrit simplement le moment où la dernière génération gelée atteint son âge légal.

Ai-je toujours besoin de 172 trimestres pour le taux plein ?

Cela dépend de votre génération : 170 trimestres si vous êtes né en 1963, 1964 ou entre janvier et mars 1965 ; 171 si vous êtes né entre avril et décembre 1965 ; 172 à partir de la génération 1966. Avant 1963, la durée est de 167 à 169 trimestres selon l'année.

Je suis déjà à la retraite : ma pension est-elle recalculée ?

Non. Les nouvelles règles s'appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une pension liquidée avant cette date, avec ou sans décote, n'est pas révisée.

J'ai commencé à travailler à 17 ans : puis-je toujours partir à 60 ans ?

Oui, la borne « avant 18 ans » reste fixée à 60 ans. Vous devez justifier de cinq trimestres avant la fin de l'année de vos 18 ans (quatre si vous êtes né au dernier trimestre) et d'une durée cotisée égale à la durée requise pour votre génération — 170 trimestres par exemple si vous êtes né en 1964 — en tenant compte des limites applicables aux périodes réputées cotisées.

La retraite progressive est-elle possible avant l'âge légal ?

Oui. Depuis le 1er septembre 2025, elle est ouverte dès 60 ans à toute personne justifiant de 150 trimestres tous régimes et travaillant à temps partiel entre 40 et 80 %. Elle n'est pas affectée par la suspension de 2026.

Que se passe-t-il si une nouvelle loi revient sur la suspension après 2027 ?

Nul ne peut le dire aujourd'hui. Les règles applicables sont celles en vigueur à la date d'effet de votre pension. La seule protection contre cette incertitude est de ne pas faire dépendre votre niveau de vie du seul régime obligatoire : vérifier ses droits, garder plusieurs dates de départ possibles, et constituer une épargne dont vous maîtrisez le calendrier.

Ce qu'il faut retenir

L'âge légal de départ est de 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres pour les personnes nées en 1963, en 1964 et entre janvier et mars 1965, puis remonte d'un trimestre par génération jusqu'à 64 ans et 172 trimestres à partir de la génération 1969. Les bornes des carrières longues (58, 60, 62 et 63 ans), l'âge du taux plein automatique (67 ans) et la retraite progressive (60 ans) ne bougent pas. La suite dépend d'un Parlement qui n'est pas encore élu, dans un système dont le COR et la Cour des comptes documentent le déséquilibre. Ce que vous maîtrisez, c'est le nombre de trimestres que vous aurez réunis, la date que vous choisirez parmi celles qui vous sont ouvertes, et l'épargne qui vous rendra cette date moins dépendante des règles du moment. Réalisez votre bilan retraite gratuit pour situer votre génération, vos trimestres et vos options de départ.

Rappel important — Cet article décrit les règles d'âge et de durée d'assurance applicables aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, telles qu'elles résultent de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, des décrets du 7 mai 2026 et des fiches officielles (service-public.fr, lassuranceretraite.fr, info-retraite.fr) à la date de mise à jour. Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une prédiction de l'évolution législative. Les cas particuliers (carrières longues, handicap, inaptitude, régimes spéciaux, fonction publique) comportent des conditions détaillées que seule votre caisse peut confirmer sur votre dossier. Les chiffres du COR, de la Cour des comptes et de l'INSEE sont cités d'après leurs publications respectives. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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EXP Capital — Conseil en Gestion de Patrimoine. ORIAS n° 25005915. Les informations publiées sur ce site ont un caractère pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.