Actions : quel rendement supposer sur 10, 15 et 20 ans ? Séries historiques depuis 1871 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon), effet des frais, de l'inflation et de la valorisation de départ sur une hypothèse de 8 % par an
Un rendement de 8 % par an sur 20 ans correspond, avant frais et impôt, à la médiane des périodes de vingt ans des actions américaines depuis 1871 (8,12 % par an, dividendes réinvestis, calcul sur les données de Robert Shiller). Il a été atteint dans 51,5 % de ces périodes, mais dans 17,5 % de celles qui ont commencé avec un CAPE d'au moins 30 (le S&P 500 est autour de 41 en septembre 2026). Hors des États-Unis, le rendement réel a été négatif sur 25,5 % des périodes de vingt ans commencées après 1950 en France et sur 11,8 % au Japon. Avec 1 000 € versés chaque mois pendant 20 ans (240 000 €), une simulation à 8 % brut sans frais affiche 569 000 € ; après 1,5 point de frais annuels et 2 % d'inflation, il reste environ 323 000 € d'aujourd'hui. L'article détaille les données, leurs limites et ce que la réglementation exige d'une projection de performance.
Sommaire · 8 sections
- 01Ce que suppose un taux constant de 8 % par an
- 02Les séries américaines depuis 1871
- 03Quand la valorisation de départ est élevée
- 04France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon : le même calcul hors des États-Unis
- 05Temps sous l'eau et versements mensuels
- 06De 8 % brut à ce qui reste après frais, inflation et impôt
- 07Ce que la réglementation exige d'une projection de performance
- 08Une méthode plutôt qu'un chiffre
Une simulation d'épargne à long terme repose sur un paramètre décisif : le rendement annuel. Un taux de 8 % par an se retient facilement et n'est pas éloigné des chiffres publiés pour les grands indices d'actions : l'indice MSCI World a gagné 9,08 % par an, en dollars et dividendes bruts réinvestis (avant retenues à la source), entre le 31 décembre 1987 et le 31 août 2026 (fiche officielle de l'indice). Sur les dix dernières années, la même fiche affiche 13,56 % par an, avec un rapport cours/bénéfices de 23,2 : une décennie favorable, difficile à extrapoler. Pour ce que disent les séries américaines sur les petites capitalisations, dont la prime de taille est nulle depuis 1980, voir notre article sur les small caps et les mid caps. Pour lire une simulation de capital à 20 ans avec ses frais et son impôt de sortie, voir notre article sur la simulation d'assurance-vie.
Reste à savoir ce que ce chiffre suppose lorsqu'on l'applique pendant vingt ans à un plan d'épargne : quelle part des périodes passées l'a atteint, ce qu'il en reste après frais, inflation et impôt, et ce qui change quand le marché part d'un niveau de valorisation élevé. Cet article y répond avec des séries publiques longues : les données de Robert Shiller sur les actions américaines depuis 1871, la base académique JST (Jordà, Schularick, Taylor et coauteurs) pour la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et le Japon, et les fiches de l'indice MSCI. Les calculs, périodes glissantes et distributions, sont les nôtres, avec des hypothèses détaillées en fin d'article. Ils décrivent le passé ; aucun ne prédit ce que rapportera un placement.
Ce que suppose un taux constant de 8 % par an
Un taux constant de 8 % est une moyenne géométrique : le capital est multiplié par 1,08 chaque année, sans exception. Aucun marché d'actions ne se comporte ainsi. Un portefeuille qui gagne 50 % une année puis perd 33,3 % la suivante affiche une moyenne arithmétique de +8,3 % et un résultat cumulé nul : 100 devient 150, puis 100. Seule la moyenne géométrique, le rendement annualisé, se transpose en euros, et c'est celle que nous utilisons dans tout l'article.
Trois précisions de vocabulaire évitent les confusions. Un rendement est brut lorsqu'il est mesuré avant frais de gestion, de courtage et de contrat ainsi qu'avant impôt, net lorsque ces coûts sont déduits. Il est nominal lorsqu'il ignore l'inflation, réel lorsqu'il en est corrigé. Il est enfin « dividendes réinvestis » lorsqu'il inclut les dividendes, ce qui vaut pour toutes les séries ci-dessous, sauf les niveaux de cours du Nikkei 225 et du CAC 40 cités plus loin, qui les excluent.
Les séries américaines depuis 1871
La série de référence est celle de Robert Shiller (université Yale) : indice S&P Composite mensuel depuis janvier 1871, dividendes réinvestis, corrigé de l'indice américain des prix à la consommation. Pour chaque mois de départ, nous avons calculé le rendement annualisé sur 10, 15, 20 et 30 ans, puis la distribution de ces résultats. Le fichier utilisé s'arrête à septembre 2024. Le premier tableau donne les rendements réels, corrigés de l'inflation ; le second, les rendements nominaux ; tous deux sont avant frais et avant impôt.
| Durée de détention | Périodes analysées | Pire résultat | 10e centile | Médiane | 90e centile | Part des périodes négatives |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 10 ans | 1 725 | −5,92 % | −0,49 % | 6,97 % | 13,82 % | 11,2 % |
| 15 ans | 1 665 | −2,13 % | 1,58 % | 6,90 % | 12,19 % | 4,4 % |
| 20 ans | 1 605 | −0,22 % | 2,67 % | 6,79 % | 10,67 % | 0,1 % |
| 30 ans | 1 485 | 1,89 % | 4,49 % | 6,74 % | 8,68 % | 0 % |
| Durée de détention | Médiane nominale | Part des périodes à 8 % ou plus | Part des périodes négatives |
|---|---|---|---|
| 10 ans | 8,68 % | 56,0 % | 3,0 % |
| 15 ans | 8,53 % | 54,0 % | 0,1 % |
| 20 ans | 8,12 % | 51,5 % | 0 % |
| 30 ans | 9,91 % | 68,9 % | 0 % |
Sur les périodes de vingt ans, la médiane nominale ressort à 8,12 % par an : l'hypothèse de 8 % se situe au milieu de la distribution américaine et a été atteinte dans 51,5 % des cas. Le dixième centile est à 5,82 % nominal (2,67 % réel) et le quatre-vingt-dixième à 14,31 % nominal. Sur l'ensemble de la série, de janvier 1871 à septembre 2024, le rendement annualisé est de 9,30 % nominal et de 7,02 % réel. Les pires périodes sont mars 1999 à mars 2009 pour dix ans (−5,92 % par an en réel), décembre 1905 à décembre 1920 pour quinze ans (−2,13 %) et juin 1901 à juin 1921 pour vingt ans (−0,22 %).
Deux précautions s'imposent. Les périodes se chevauchent : les 1 605 périodes de vingt ans partent de mois consécutifs et ne constituent pas 1 605 observations indépendantes, puisque 154 ans de données contiennent environ sept périodes de vingt ans sans recouvrement. Et l'échantillon est celui du marché qui a le mieux réussi : Jorion et Goetzmann (Journal of Finance, 1999) ont réuni des indices de cours de 39 marchés et mesurent, pour 1921-1996, un rendement réel de 4,3 % par an pour les actions américaines, le plus élevé, contre 0,8 % pour la médiane des autres pays. Cette étude porte sur les cours, hors dividendes.
Quand la valorisation de départ est élevée
Le rendement des vingt années suivantes dépend en partie du prix payé au départ. L'indicateur le plus utilisé est le CAPE de Shiller, qui rapporte le prix de l'indice à la moyenne des bénéfices réels des dix dernières années. Notre article sur le CAPE ratio le situe autour de 41 pour le S&P 500 en septembre 2026, contre une moyenne proche de 17,5 sur 1881-2024 dans le fichier Shiller. Le tableau isole les périodes qui ont commencé avec un CAPE supérieur ou égal à 25, 30 et 35.
| CAPE de départ | Années de départ distinctes (20 ans) | Médiane réelle sur 20 ans | Médiane nominale sur 20 ans | Part à 8 % nominal ou plus (20 ans) | Médiane nominale sur 10 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| Toutes les périodes | 134 | 6,79 % | 8,12 % | 51,5 % | 8,68 % |
| 25 ou plus | 14 | 4,92 % | 7,16 % | 29,8 % | 6,29 % |
| 30 ou plus | 7 | 4,31 % | 6,60 % | 17,5 % | 1,18 % |
| 35 ou plus | 4 | 3,95 % | 6,18 % | 0 % | −0,60 % |
Les périodes commencées avec un CAPE d'au moins 30 (1929, puis 1997 à 2002) ont donné une médiane de 6,60 % nominal sur vingt ans, avec 8 % atteint dans 17,5 % des cas, et une médiane de 1,18 % nominal sur dix ans. Ces épisodes sont rares : sept années de départ distinctes pour le seuil de 30, quatre pour celui de 35, ce qui interdit d'en tirer une prévision chiffrée. Ils montrent que la médiane inconditionnelle n'est pas une hypothèse neutre quand le marché est cher, sans dire quand la valorisation se normalisera ni de quelle façon. Les projections de Vanguard reprises dans notre article sur le CAPE (3,9 % à 5,9 % par an sur dix ans pour les actions américaines au 31 décembre 2025, chiffres à recouper) se situent, elles aussi, sous la médiane historique. Le CAPE n'est pas un outil de calendrier : ses limites sont détaillées dans l'article dédié, et le coût d'une attente dans notre article sur les versements programmés.
France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon : le même calcul hors des États-Unis
Le marché américain n'est pas l'ensemble des marchés. La base JST (rendements annuels des actions, dividendes inclus, de 1870 à 2020 pour 18 pays) permet de refaire le même exercice ailleurs, en monnaie locale et en termes réels. Pour que les guerres et les hyperinflations de la première moitié du XXe siècle ne dominent pas les résultats, le tableau ne retient que les périodes commencées après 1950.
| Pays | Médiane réelle sur 10 ans | Périodes négatives sur 10 ans | Médiane réelle sur 20 ans | Périodes négatives sur 20 ans | Pire période de 20 ans (réel annualisé) |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 3,84 % | 39,3 % | 3,77 % | 25,5 % | −8,46 % |
| États-Unis (base JST) | 7,01 % | 16,4 % | 5,44 % | 0 % | 1,17 % |
| Royaume-Uni | 6,18 % | 11,5 % | 5,98 % | 0 % | 0,68 % |
| Allemagne | 6,60 % | 14,8 % | 5,81 % | 3,9 % | −1,17 % |
| Japon | 5,35 % | 19,7 % | 4,64 % | 11,8 % | −4,68 % |
Les pires périodes de vingt ans sont 1958-1977 pour la France, 1962-1981 pour les États-Unis, 1955-1974 pour le Royaume-Uni, 1961-1980 pour l'Allemagne et 1990-2009 pour le Japon. Chaque pays compte 51 périodes de vingt ans commencées après 1950, qui se chevauchent fortement : cela représente environ trois périodes indépendantes, et les écarts entre pays s'interprètent avec prudence. En France, la période 1958-1977 a donné −2,62 % par an en nominal pour 6,37 % d'inflation annuelle moyenne, soit −8,46 % par an en réel et −82,9 % cumulés. Sur le très long terme, Le Bris et Hautcoeur (Financial History Review, 2010), qui ont reconstruit un indice de grandes valeurs de la Bourse de Paris depuis 1854, concluent que les actions françaises ont procuré un rendement réel positif au XIXe siècle et négatif au XXe, en raison de l'inflation et des guerres.
Deux repères de cours, dividendes exclus. Le Nikkei 225 a clôturé à 38 915,87 points le 29 décembre 1989 et n'a dépassé ce niveau que le 22 février 2024 (39 098,68 points), soit 34 ans plus tard. Le CAC 40, dont le record de clôture datait du 4 septembre 2000 (6 922,33 points), n'a été battu que le 2 novembre 2021 (6 927,03 points), 21 ans plus tard. Avec les dividendes réinvestis, la durée est plus courte : selon une analyse de Café du Trading que nous n'avons pas recoupée avec les séries d'Euronext, le CAC 40 Gross Return avait dépassé son sommet de septembre 2000 dès 2007.
Temps sous l'eau et versements mensuels
La durée pendant laquelle un placement reste sous son niveau précédent est un autre repère. Sur le S&P Composite, dividendes réinvestis et en termes réels, les baisses de plus de 20 % ont été suivies d'un retour au sommet précédent après 2 à 13 ans. Le tableau retient cinq épisodes, dont le plus récent.
| Sommet | Creux | Baisse réelle maximale | Retour au sommet réel | Durée sous l'eau |
|---|---|---|---|---|
| Septembre 1929 | Juin 1932 | −76,8 % | Novembre 1936 | 7 ans |
| Février 1937 | Avril 1942 | −48,3 % | Avril 1945 | 8 ans |
| Janvier 1973 | Décembre 1974 | −50,1 % | Janvier 1985 | 12 ans |
| Août 2000 | Mars 2009 | −51,8 % | Mai 2013 | 13 ans |
| Novembre 2021 | Octobre 2022 | −24,5 % | Mars 2024 | 2,9 ans |
Ces baisses sont mesurées en pouvoir d'achat ; en valeur nominale, elles sont moins profondes. À titre de comparaison, la fiche officielle de l'indice MSCI World, en dollars et sans correction de l'inflation, indique une baisse maximale de 57,46 % entre le 31 octobre 2007 et le 9 mars 2009.
Ces durées se lisent différemment pour un plan de versements mensuels, car vingt ans de versements ne représentent pas vingt ans d'exposition : avec 240 versements égaux, l'argent versé n'est investi en moyenne qu'un peu plus de dix ans. Nous avons simulé, pour chaque mois de départ depuis 1871, des versements mensuels constants en pouvoir d'achat, donc revalorisés de l'inflation, sur le S&P Composite dividendes réinvestis, avant frais et impôt. Le multiple est le capital final en pouvoir d'achat constant divisé par la somme versée.
| Durée du plan | Pire multiple | 10e centile | Médiane | 90e centile | Plans terminés sous la somme versée |
|---|---|---|---|---|---|
| 10 ans | 0,63 | 0,96 | 1,46 | 2,06 | 11,4 % |
| 15 ans | 0,71 | 1,01 | 1,73 | 2,85 | 9,2 % |
| 20 ans | 0,77 | 1,18 | 2,13 | 3,77 | 4,5 % |
| 30 ans | 1,11 | 1,77 | 3,05 | 5,58 | 0 % |
Un plan de vingt ans a valu, en médiane, 2,13 fois la somme versée ; il a valu 1,18 fois ou moins dans 10 % des cas et moins que la somme versée dans 4,5 % des cas, contre 0,1 % pour un capital investi d'un bloc pendant vingt ans. Un plan démarré en janvier 2000 valait 0,96 fois la somme versée dix ans plus tard, 1,67 fois après quinze ans et 2,37 fois après vingt ans ; démarré en janvier 1966, il valait 0,91 fois, 1,05 fois et 1,60 fois. Sur le choix entre versements réguliers et investissement en une fois, voir notre article sur le DCA.
De 8 % brut à ce qui reste après frais, inflation et impôt
Prenons 1 000 € versés à la fin de chaque mois pendant 20 ans, soit 240 000 € au total. Hypothèses : rendement annuel effectif constant, frais retranchés du rendement brut, inflation de 2 % par an et, dans la dernière colonne, un impôt de 31,4 % (taux du prélèvement forfaitaire unique en 2026) appliqué à l'ensemble des gains, comme pour un compte-titres. Les montants sont arrondis à la centaine d'euros.
| Hypothèse de rendement annuel | Capital final | En euros d'aujourd'hui (inflation 2 %) | Après impôt de 31,4 %, en euros d'aujourd'hui |
|---|---|---|---|
| Placement sans risque à 1,5 % constant | 279 400 € | 188 000 € | 179 700 € |
| 8 % brut, sans frais | 569 000 € | 382 900 € | 313 400 € |
| 8 % brut moins 1 % de frais (7 %) | 507 500 € | 341 600 € | 285 000 € |
| 8 % brut moins 1,5 % de frais (6,5 %) | 479 600 € | 322 800 € | 272 100 € |
| 8 % brut moins 3 % de frais (5 %) | 405 800 € | 273 100 € | 238 100 € |
Un point de frais annuel retire 11 % du capital final (507 500 € contre 569 000 €), trois points en retirent 29 % (405 800 €). L'inflation à 2 % ramène 569 000 € à 382 900 € d'aujourd'hui. Les frais annuels tout compris vont d'environ 1 % pour un contrat en ligne investi en ETF à environ 3 % pour un contrat bancaire investi en fonds maison avec gestion pilotée (notre article sur le coût de l'assurance-vie). Les 240 000 € de l'exemple dépassent le plafond de versements du PEA (150 000 €) ; l'assurance-vie et le compte-titres ont chacun leur fiscalité, qui remplace la dernière colonne (PEA ou assurance-vie).
Le calcul inverse est instructif. Obtenir 8 % net de 1,5 point de frais suppose 9,5 % brut : les périodes de vingt ans du S&P Composite ont dépassé 9,5 % nominal dans 37,6 % des cas. Obtenir 8 % net de 3 points de frais suppose 11 % brut, atteint dans 30,2 % des cas. Sur le niveau de frais des ETF, voir ETF MSCI World ou lignes détaillées.
Ce que la réglementation exige d'une projection de performance
Le règlement délégué (UE) 2017/565, article 44, paragraphe 6, encadre les informations sur les performances futures qu'une entreprise d'investissement adresse à des clients existants ou potentiels, ou diffuse de façon à les atteindre. Elles ne doivent pas se fonder sur des simulations de performances passées ni y faire référence ; elles doivent reposer sur des hypothèses raisonnables fondées sur des données objectives ; lorsqu'elles portent sur des performances brutes, elles doivent préciser l'effet des commissions, honoraires et autres frais ; elles doivent se fonder sur des scénarios dans différentes conditions de marché, à la fois négatifs et positifs ; et elles doivent comporter un avertissement bien visible indiquant que de telles prévisions ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures.
Le Code monétaire et financier (article L533-12, I) impose un contenu exact, clair et non trompeur aux informations et communications promotionnelles des prestataires de services d'investissement autres que les sociétés de gestion de portefeuille, et le Code des assurances (article L521-1, II) une information claire, exacte et non trompeuse aux distributeurs d'assurance. Notre lecture, qui n'engage que nous : une projection à un seul taux constant, brute de frais et sans scénario défavorable ne réunit pas les conditions de l'article 44, paragraphe 6, lorsqu'elle est diffusée par une entreprise d'investissement. Le règlement vise les entreprises d'investissement ; les conseillers en investissements financiers et les distributeurs d'assurance relèvent de textes voisins mais distincts, que nous n'avons pas comparés mot à mot. Nous n'avons trouvé dans les textes lus aucun plafond pour le taux d'hypothèse lui-même, seulement des conditions de méthode.
Une méthode plutôt qu'un chiffre
Aucune série passée ne fournit un rendement à utiliser tel quel. Une méthode de travail consiste à raisonner en fourchette, en rendement réel et net de frais :
- 1.Partir d'une distribution, pas d'une moyenne. Pour le marché américain sur vingt ans : 2,67 % réel au dixième centile, 6,79 % à la médiane, 4,31 % à la médiane des périodes commencées avec un CAPE d'au moins 30.
- 2.Retrancher les frais réels du support et de l'enveloppe, par exemple 1 % à 3 % par an tout compris, et non le taux affiché d'un seul ETF.
- 3.Exprimer le résultat en pouvoir d'achat constant, pour comparer le capital final aux dépenses futures et non à des euros dépréciés.
- 4.Tester le plan dans le pire cas historique de la série. Dans nos données, le pire plan américain de vingt ans a valu 0,77 fois la somme versée.
- 5.Refaire le calcul avec les autres pays, puisque l'expérience américaine est la plus favorable des échantillons disponibles.
| Rendement réel net annuel retenu | Multiple de la somme versée après 20 ans | Capital final pour 240 000 € versés, en euros d'aujourd'hui |
|---|---|---|
| 2 % | 1,23 | 294 200 € |
| 4 % | 1,52 | 363 800 € |
| 6 % | 1,89 | 453 400 € |
Ce tableau illustre la méthode ; il ne recommande aucun taux. Il suppose 1 000 € par mois en pouvoir d'achat constant pendant vingt ans, à rendement réel net constant. Pour situer votre propre situation, patrimoine existant, capacité d'épargne, horizon et frais des contrats détenus, réalisez votre bilan patrimonial en ligne. Sur les enveloppes qui portent ces placements, voir aussi ETF ou fonds actifs et les taux réels des livrets.
Un rendement de 8 % par an est-il réaliste pour un ETF actions monde ?
Comme rendement brut nominal, il se situe dans la zone historique : 9,08 % par an pour le MSCI World (dollars, dividendes bruts réinvestis, de 1987 à août 2026) et 8,12 % de médiane sur vingt ans pour les actions américaines depuis 1871. Comme rendement net de frais, d'inflation et d'impôt, il suppose beaucoup plus : 9,5 % brut pour 8 % net de 1,5 point de frais, niveau dépassé dans 37,6 % des périodes de vingt ans américaines. La valorisation actuelle du marché américain (CAPE autour de 41) rend la médiane inconditionnelle moins pertinente comme hypothèse centrale.
Combien d'années faut-il pour ne pas perdre d'argent en actions ?
Aucune durée n'élimine le risque. Sur le marché américain depuis 1871, le rendement réel a été négatif dans 11,2 % des périodes de dix ans, 4,4 % des périodes de quinze ans et 0,1 % des périodes de vingt ans (en nominal : 3,0 %, 0,1 % et 0 %). Ailleurs, depuis 1950, il a été négatif dans 25,5 % des périodes de vingt ans en France et 11,8 % au Japon, et le Nikkei 225 a mis 34 ans à retrouver son sommet de 1989. Une règle de dix à quinze ans correspond, sur ces données, à l'expérience américaine.
Un plan de versements mensuels sur 20 ans a-t-il déjà terminé sous la somme versée ?
Oui, dans 4,5 % des plans de vingt ans simulés sur le S&P Composite, en pouvoir d'achat constant et avant frais et impôt, et dans 11,4 % des plans de dix ans. Le pire plan de vingt ans a valu 0,77 fois la somme versée. Un plan démarré en janvier 2000 valait 0,96 fois la somme versée dix ans plus tard. Avec 240 versements égaux, l'argent versé n'est investi en moyenne qu'un peu plus de dix ans.
Faut-il raisonner en rendement réel ou nominal ?
En pouvoir d'achat. Avec 2 % d'inflation, 279 400 € dans vingt ans (1 000 € par mois à 1,5 %) valent environ 188 000 € d'aujourd'hui. Les séries longues montrent des écarts bien plus larges : en France, une inflation annuelle moyenne de 6,37 % entre 1958 et 1977 a transformé un rendement nominal de −2,62 % par an en −8,46 % par an en réel.
Que dit la réglementation sur les simulations de performance ?
Le règlement délégué (UE) 2017/565, article 44, paragraphe 6, exige des entreprises d'investissement des hypothèses raisonnables fondées sur des données objectives, l'effet des frais lorsque la performance est brute, des scénarios négatifs et positifs et un avertissement bien visible. Le Code monétaire et financier (L533-12) et le Code des assurances (L521-1) exigent une information exacte, claire et non trompeuse. Nous n'avons trouvé aucun plafond pour le taux d'hypothèse lui-même.
Le CAPE de 41 signifie-t-il qu'il faut attendre pour investir ?
Il ne signale aucune date. Les périodes commencées avec un CAPE d'au moins 30 ont donné des rendements de vingt ans plus faibles (médiane nominale de 6,60 % contre 8,12 %), mais ces épisodes sont rares, sept années de départ distinctes, et l'indicateur a des limites documentées : changements de normes comptables, rachats d'actions, composition de l'indice. Le coût d'une attente est traité dans notre article sur les versements programmés.
Pourquoi les résultats varient-ils autant d'un pays à l'autre ?
L'inflation, les guerres et la politique monétaire pèsent sur les rendements réels. Le Bris et Hautcoeur relèvent que les actions françaises ont eu un rendement réel négatif au XXe siècle pour ces raisons. Jorion et Goetzmann montrent que le marché américain, le plus performant de leur échantillon, n'est pas représentatif : 4,3 % de rendement réel annuel contre 0,8 % pour la médiane de 39 marchés (1921-1996, hors dividendes). Une hypothèse fondée uniquement sur l'expérience américaine repose donc sur l'échantillon le plus favorable.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une promesse de rendement. Les résultats présentés sont des calculs de nos soins sur des séries publiques ; ils décrivent le passé, ne le prédisent pas, et sont établis avant frais et avant impôt sauf indication contraire. Les périodes glissantes se chevauchent, ce qui réduit fortement le nombre d'observations indépendantes ; les séries anciennes, notamment françaises avant 1950, font l'objet de débats entre historiens de la finance ; les données américaines sont en dollars et les autres en monnaie locale, sans effet de change. Les hypothèses du tableau de simulation (versements en fin de mois, taux annuel effectif, frais retranchés du rendement brut, inflation de 2 %, impôt de 31,4 % sur les gains) sont indiquées dans l'article. Nous n'avons pas relu le texte intégral des articles de Jorion et Goetzmann et de Le Bris et Hautcoeur, seulement leurs résumés, ni recoupé avec les séries d'Euronext l'affirmation sur le CAC 40 Gross Return. Sources : Robert J. Shiller, données en ligne « Irrational Exuberance » (fichier ie_data.xls, janvier 1871 à septembre 2024 : indice S&P Composite, dividendes, indice des prix, CAPE) ; Òscar Jordà, Katharina Knoll, Dmitry Kuvshinov, Moritz Schularick et Alan M. Taylor, « The Rate of Return on Everything, 1870–2015 », Quarterly Journal of Economics, 134(3), 2019, et Òscar Jordà, Moritz Schularick et Alan M. Taylor, « Macrofinancial History and the New Business Cycle Facts », NBER Macroeconomics Annual 2016, base JST Macrohistory version R6 ; MSCI, fiche « MSCI World Index (USD) », rendements bruts au 31 août 2026 ; Philippe Jorion et William Goetzmann, « Global Stock Markets in the Twentieth Century », Journal of Finance, 54(3), 1999 ; David Le Bris et Pierre-Cyrille Hautcoeur, « A challenge to triumphant optimists? A blue chips index for the Paris stock exchange, 1854-2007 », Financial History Review, 17(2), 2010 ; franceinfo, 2 novembre 2021 (record du CAC 40) ; Zonebourse et La Presse, 22 février 2024 (record du Nikkei 225) ; Café du Trading (CAC 40 Gross Return) ; règlement délégué (UE) 2017/565, article 44 ; Code monétaire et financier, article L533-12 ; Code des assurances, article L521-1. Le résultat d'un placement dépend de la situation de chaque épargnant : faites le point avec un professionnel dont vous avez vérifié l'immatriculation avant toute décision.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
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