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COMPARAISON

ETF ou fonds de gestion active : le vrai match, sans caricature

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 16 juin 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Deux discours s'affrontent sur les réseaux sociaux, et les deux caricaturent : l'un décrète la gestion active morte, l'autre en minimise les frais et les échecs. Pour la plupart des épargnants, l'ETF à bas coût est difficile à battre sur le cœur d'un portefeuille actions destiné à la retraite, une fois les frais réellement déduits. La gestion active garde cependant des arguments réels sur des poches spécifiques (l'obligataire notamment) ou via de rares fonds de conviction assumés.

Deux camps s'affrontent sur les réseaux sociaux, et les deux caricaturent. Le premier décrète que la gestion active est morte, que seuls les ETF (des fonds cotés qui répliquent un indice boursier plutôt que de chercher à le battre) méritent d'exister. Le second défend les fonds actifs comme un bloc, en minimisant leurs frais et leurs échecs. Aucun des deux discours ne résiste à un examen rigoureux : il existe de bons ETF, de mauvais ETF, de bons fonds actifs et des fonds actifs qui ne justifient pas leur prix.

ETF et gestion active : deux logiques, deux prix

Un ETF réplique un indice (un panier prédéfini de titres censé représenter un marché, comme le CAC 40 ou le MSCI World) : il achète mécaniquement les mêmes valeurs, dans les mêmes proportions, sans chercher à en écarter aucune. Cette absence de sélection a un coût très bas : des frais courants de l'ordre de 0,15 % à 0,40 % par an pour les grands ETF actions. Un fonds de gestion active fonctionne à l'inverse : une équipe de gestion sélectionne les titres qu'elle juge les plus prometteurs, dans l'espoir de faire mieux que l'indice après ses propres frais — un travail qui se facture, entre 1,5 % et 2,5 % par an le plus souvent. L'écart de coût est donc structurel, avant même de parler de performance : il faut qu'un fonds actif produise nettement plus de valeur pour simplement compenser ce qu'il facture en plus.

Le chiffre-choc de la sous-performance des gérants actifs, et ses angles morts

Un constat revient sans cesse dans le débat : une majorité de gérants actifs feraient moins bien que leur indice de référence sur longue période. Ce constat provient des études SPIVA (S&P Indices Versus Active), publiées semestriellement par S&P Dow Jones Indices, qui font référence sur le sujet. Le pourcentage exact varie selon la zone géographique, la classe d'actifs et le millésime du rapport, et nous ne le citons volontairement pas ici — mais la tendance de fond est constante depuis que ces études existent.

Ce constat mérite néanmoins trois réserves. D'abord, la méthode de comparaison : ces études opposent souvent des fonds actifs mesurés nets de frais à des indices bruts, qui eux ne supportent aucun coût — un écart de mesure qui gonfle mécaniquement le nombre de fonds classés perdants. Ensuite, le biais de survie : les fonds qui ferment ou fusionnent en cours d'étude, souvent parce qu'ils ont mal performé, sortent de l'échantillon final, ce qui améliore artificiellement le bilan apparent des survivants. Enfin, une partie de ce qu'on appelle « gestion active » n'en est pas vraiment : le closet indexing (gestion faussement active, qui réplique l'indice de très près tout en facturant le tarif d'une vraie sélection de titres) cumule les inconvénients des deux modèles sans en avoir les avantages. C'est cette catégorie hybride qui pèse le plus lourd dans les statistiques défavorables à la gestion active.

Les limites réelles de l'ETF

Répliquer un indice, c'est acheter tout l'indice sans discernement : les entreprises en forte croissance comme celles en déclin, dans les proportions que l'indice leur attribue. Un ETF ne trie pas. Cette absence de tri a une conséquence concrète : les grands indices actions mondiales sont aujourd'hui concentrés à hauteur d'environ 70 % sur les États-Unis. Acheter « le monde » via un seul ETF revient donc, dans les faits, à parier massivement sur une seule zone économique. Un ETF ne se protège pas non plus des baisses de marché : il suit l'indice à la hausse comme à la baisse, sans marge de manœuvre pour réduire l'exposition. Gestion passive ne veut pas dire gestion irréfléchie : choisir un indice, décider de sa part dans un portefeuille, discipliner ses versements dans la durée reste entièrement à la charge de l'épargnant ou de son conseiller.

Où la gestion active garde des arguments

Le terrain le plus souvent cité en faveur de la gestion active est l'obligataire : le marché obligataire est moins uniforme que les grands indices actions, et la sélection des émetteurs, des échéances et des niveaux de risque de crédit peut y faire une différence plus marquée qu'en actions. Il existe par ailleurs des fonds de conviction : des équipes de gestion qui s'écartent nettement de leur indice de référence, assument des choix tranchés et publient un historique cohérent avec cette prise de risque. Ces fonds sont rares, souvent plus chers que la moyenne, et exigent une sélection au moins aussi rigoureuse que celle qu'ils prétendent appliquer aux titres qu'ils détiennent.

CritèreETF (gestion passive)Fonds de gestion active
Frais courants annuelsEnviron 0,15 % à 0,40 %Le plus souvent 1,5 % à 2,5 %
Objectif affichéRépliquer la performance d'un indice, à la hausse comme à la baisseFaire mieux que son indice de référence après ses propres frais
Risque spécifiqueConcentration subie de l'indice répliqué ; aucune protection en baisse de marchéRisque de closet indexing : le prix d'une vraie sélection pour le résultat d'un indice
Pour quel usageCœur de portefeuille actions, exposition large et peu coûteusePoches spécifiques (dont l'obligataire) ou fonds de conviction sélectionnés avec exigence

Pour le cœur d'un portefeuille actions destiné à préparer sa retraite, l'ETF à bas coût est difficile à surpasser une fois les frais réellement déduits : l'écart de frais agit chaque année, qu'il y ait ou non surperformance en face, et il se compose avec le temps. Ce n'est pas un verdict idéologique, c'est une question d'arithmétique répétée sur plusieurs décennies. Ce qui compte n'est ni l'étiquette « passif » ni l'étiquette « actif », mais la cohérence entre le support choisi, l'objectif poursuivi et le prix payé pour l'atteindre. Pour loger ces supports dans un cadre fiscal avantageux, notre page le PEA comme outil retraite et notre guide PEA : banque ou courtier détaillent la question de l'établissement.

Un ETF protège-t-il des baisses de marché ?

Non. Un ETF réplique son indice à la hausse comme à la baisse, sans marge de manœuvre pour réduire l'exposition avant un repli : ce n'est pas sa fonction.

Un fonds actif plus cher est-il toujours moins performant qu'un ETF ?

Pas toujours, mais c'est l'exception plutôt que la règle une fois les frais réellement déduits et sur longue période. Le problème est qu'il est difficile d'identifier à l'avance lesquels surperformeront durablement.

Le closet indexing, c'est grave ?

C'est surtout une mauvaise affaire pour l'épargnant qui le paie sans le savoir : un fonds en closet indexing facture le tarif d'une gestion active alors qu'il réplique son indice de très près, sans réel effort de sélection.

Ce qu'il faut retenir

La question à se poser avant tout achat n'est pas « ETF ou gestion active ? » mais « qu'est-ce que ce support fait réellement, à quel prix, et pour quel rôle dans ma stratégie globale ? ». Pour resituer ce choix de support dans le choix plus large d'une enveloppe, notre guide quelle est la meilleure enveloppe pour la retraite élargit la focale.

Rappel important — Cette analyse est générale et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé : chaque situation doit faire l'objet d'une étude individuelle. Les ordres de grandeur de frais et de composition d'indices cités doivent être vérifiés support par support avant toute décision ; les performances passées, y compris celles des fonds actifs évoqués, ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

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