Purger les gains d'une assurance-vie : racheter chaque année l'équivalent de l'abattement puis reverser la somme, ce que cela rapporte, ce que cela coûte
Chaque année, l'abattement de 4 600 € pour une personne seule ou de 9 200 € pour un couple ne s'applique qu'aux produits imposables d'un rachat, et il est perdu s'il n'est pas utilisé (BOFiP BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, § 230 à 250). D'où l'idée de « purger » : racheter juste de quoi réaliser l'équivalent en gains, ne payer que les prélèvements sociaux, puis reverser la somme dans le contrat. Pour un contrat de plus de huit ans avec 28,6 % de gains, cela suppose de racheter 16 100 € pour réaliser 4 600 € de gains. À la sortie, l'impôt sur le revenu baisse de 345 € (690 € pour un couple) au taux de 7,5 %. Mais le reversement supporte les frais d'entrée du contrat : à 2 %, ils absorbent presque tout le gain, à 3 % ils le dépassent. La purge ne sert ni aux contrats de moins de huit ans, ni aux gains inférieurs à l'abattement, ni à un contrat destiné à être transmis au décès, où les gains ne supportent pas l'impôt sur le revenu. Reverser après 70 ans crée des primes soumises à l'article 757 B. Cet article chiffre le mécanisme, cite les textes et liste ce que nous n'avons pas pu vérifier.
Sommaire · 8 sections
L'idée revient dans les rendez-vous avec des épargnants qui ont plusieurs dizaines de milliers d'euros de gains dans une assurance-vie : ne pas laisser perdre l'abattement annuel, en rachetant chaque année juste de quoi l'utiliser, puis en remettant l'argent dans le contrat. On parle de « purger » les plus-values. Le principe est correct sur le papier ; ce qu'on dit moins, c'est ce qu'il coûte et à qui il ne sert à rien.
Cet article reprend la mécanique fiscale d'après le Code général des impôts et le BOFiP, chiffre un exemple, montre l'effet des frais d'entrée et liste les cas où la purge est sans intérêt. Il ne recommande pas de le faire : il donne de quoi vérifier un calcul. Les règles de la proportion entre capital et gains sont détaillées dans notre article sur la lecture d'une simulation d'assurance-vie ; le contrat de capitalisation suit le même régime de rachat (notre article).
Les règles sur lesquelles repose le mécanisme
- —Un rachat partiel ne taxe que la part de gains. Pour un rachat partiel, les produits imposables valent le montant du rachat moins les primes versées multipliées par le rapport entre le rachat et la valeur totale du contrat (BOFiP BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, § 80). Un contrat valant 140 000 € pour 100 000 € de primes contient 28,6 % de gains : sur chaque euro racheté, 28,6 centimes sont des produits.
- —L'abattement est annuel, unique et non reportable. Pour un contrat d'au moins huit ans (souscrit depuis 1990), 4 600 € pour une personne seule, veuve ou divorcée, et 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune, pour l'ensemble des bons ou contrats détenus ; il ne se reporte pas sur l'année suivante (article 125-0 A ; BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, § 230 à 250).
- —Il ne joue pas pour les prélèvements sociaux. Les produits supportent 17,2 % en 2026 sans abattement (Code de la sécurité sociale, articles L. 136-7 et L. 136-8). Sur un fonds en euros, ils ont déjà été payés chaque année et ne sont pas dus une seconde fois ; sur les unités de compte, ils sont dus au rachat.
- —Le prélèvement à la source est un acompte. L'assureur prélève 7,5 % ou 12,8 % sur les produits ; ce prélèvement s'impute sur l'impôt de l'année et l'excédent est restitué (article 125-0 A) : l'abattement se retrouve à la déclaration, et un contribuable dont le revenu fiscal de référence est faible peut demander à en être dispensé (article 125 A).
- —Un reversement est une nouvelle prime. Il n'efface pas l'ancienneté du contrat : la durée de huit ans se compte depuis le premier versement (BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20, § 120).
Ce calcul repose sur un principe plus général, celui de l'unicité du contrat : la part de gains d'un rachat s'apprécie sur l'ensemble du contrat, jamais support par support — au point que retirer le fonds sur lequel vous êtes en perte ne change rien à l'impôt dû, et qu'un contrat clôturé en perte globale peut donner droit au remboursement des prélèvements sociaux déjà versés sur le fonds euros. Notre article sur le calcul de la part imposable d'un rachat partiel détaille ce mécanisme, ainsi que la différence entre rachat net et rachat brut.
Un exemple chiffré
Exemple illustratif, sans lien avec un dossier réel. Un contrat de plus de huit ans, alimenté par 100 000 € de primes versées après le 27 septembre 2017, vaut 140 000 € : 40 000 € de gains, soit 28,6 %. Le contrat est en unités de compte, donc les gains n'ont pas encore supporté de prélèvements sociaux. Pour réaliser exactement l'abattement en gains, il faut racheter 4 600 € divisés par 28,6 %, soit 16 100 € pour une personne seule, et 32 200 € pour un couple. Le tableau suit l'opération, puis une sortie totale du contrat au taux de 7,5 %, sans rendement supplémentaire entre-temps.
| Personne seule | Couple imposé en commun | |
|---|---|---|
| Abattement à utiliser | 4 600 € | 9 200 € |
| Montant à racheter | 16 100 € | 32 200 € |
| dont capital | 11 500 € | 23 000 € |
| dont gains | 4 600 € | 9 200 € |
| Impôt sur le revenu après abattement | 0 € | 0 € |
| Prélèvements sociaux à 17,2 % sur les gains | 791,20 € | 1 582,40 € |
| Somme réinvestissable après prélèvements sociaux | 15 308,80 € | 30 617,60 € |
| Gains restant dans le contrat | 35 400 € | 30 800 € |
| Impôt sur le revenu d'une sortie totale sans purge | 2 655 € | 2 310 € |
| Impôt sur le revenu d'une sortie totale après purge | 2 310 € | 1 620 € |
| Économie d'impôt sur le revenu | 345 € | 690 € |
Lecture : la purge déplace 4 600 € (ou 9 200 €) de gains hors de l'assiette de l'impôt à la sortie, ce qui économise 7,5 % de ce montant. Les prélèvements sociaux payés au rachat (791,20 €) auraient été dus de toute façon à la sortie : ils ne font que changer de date. Si l'on répétait l'opération huit ans de suite pour une personne seule, on sortirait 36 800 € de gains de l'assiette, soit 2 760 € d'impôt à 7,5 %, avant frais et hors rendement.
Ce que coûte le reversement : les frais d'entrée font la différence
Le reversement est une nouvelle prime, donc il supporte les frais sur versement du contrat. La loi les plafonne : les frais à l'entrée et sur versement mis à la charge du souscripteur au cours d'une année ne peuvent excéder 5 % des primes versées cette même année (Code des assurances, article L. 132-21-1) ; ils varient, d'un contrat à l'autre, de zéro à plusieurs points (voir notre avis sur l'assurance-vie bancaire et notre article sur le coût d'une assurance-vie). Le tableau retranche ces frais de l'économie d'impôt de l'exemple.
| Frais d'entrée sur le reversement | Solde, personne seule (345 € d'économie) | Solde, couple (690 € d'économie) |
|---|---|---|
| 0 % | +345,00 € | +690,00 € |
| 0,5 % | +268,46 € | +536,91 € |
| 1 % | +191,91 € | +383,82 € |
| 2 % | +38,82 € | +77,65 € |
| 3 % | −114,26 € | −228,53 € |
Les frais sont calculés sur la somme réinvestie après prélèvements sociaux (15 308,80 € et 30 617,60 €). À 2 % de frais d'entrée, l'économie est presque entièrement absorbée ; à 3 %, l'opération coûte de l'argent. Le calcul ignore le temps passé hors du marché entre le rachat et le reversement et le coût de trésorerie des prélèvements sociaux payés plus tôt.
Quand la purge ne sert à rien
- —Le contrat a moins de huit ans. L'abattement n'existe pas : le rachat est taxé dès le premier euro de gains (article 125-0 A).
- —Les gains à sortir sont inférieurs à l'abattement de l'année de sortie. Il n'y a rien à purger : l'abattement suffira le jour venu.
- —Le contrat est destiné à être transmis au décès. Lorsqu'un contrat d'assurance en cas de vie mixte, ou assorti d'une contre-assurance décès, est dénoué par le décès de l'assuré, le capital versé au bénéficiaire ne constitue pas un produit imposable à l'impôt sur le revenu (BOI-RPPM-RCM-20-10-10, § 210) : purger pour économiser cet impôt n'a alors pas d'objet. La fiscalité du décès relève des articles 990 I et 757 B, voir notre article sur l'assurance-vie avant 1991.
- —Des rachats sont déjà prévus. Si de l'argent doit sortir du contrat pour financer des dépenses, l'abattement s'applique de lui-même à ces rachats.
- —Les frais d'entrée dépassent l'économie. Voir le tableau : au-delà de 2 % environ pour l'exemple, le solde devient nul ou négatif.
Le piège de l'âge : reverser après 70 ans
Un reversement fait après le 70e anniversaire de l'assuré est une prime versée après 70 ans. À la transmission, cette fraction relève de l'article 757 B du Code général des impôts, qui l'ajoute à la succession après un abattement global de 30 500 €, alors que les primes versées avant 70 ans bénéficient de l'exonération de 152 500 € par bénéficiaire de l'article 990 I (impots.gouv.fr). Racheter puis reverser à 72 ans peut donc faire passer de l'argent d'un régime à l'autre. Comment les rachats sont imputés entre primes d'avant et d'après 70 ans, nous ne l'avons pas vérifié : avant toute opération de ce type sur un contrat destiné à la transmission, ce point est à faire confirmer. Voir aussi notre article sur l'assurance-vie après 70 ans.
Trois détails d'exécution
- —L'ordre compte. Un versement fait avant le rachat augmente la valeur du contrat et les primes de la même somme, ce qui dilue la part de gains : dans l'exemple, avec 10 000 € versés avant, il faudrait racheter 17 250 € au lieu de 16 100 € pour réaliser 4 600 € de gains. Racheter d'abord, reverser ensuite, garde la part de gains la plus élevée.
- —Le seuil de 150 000 € se lit au 31 décembre de l'année précédente. Il porte sur les primes qui n'ont pas déjà fait l'objet d'un remboursement en capital (article 200 A) : un rachat de capital puis un reversement de même montant laissent ce total à peu près inchangé, mais la date de chaque opération compte.
- —Le prélèvement à la source de 345 € (690 € pour un couple) est avancé, puis restitué si l'impôt définitif est nul après abattement : il pèse sur la trésorerie jusqu'à la régularisation, sauf dispense demandée à l'assureur.
Ce que nous n'avons pas pu vérifier
- —La position de l'administration sur ce mécanisme : aucun texte lu ne le vise expressément, ni pour l'approuver ni pour le qualifier d'abus de droit ; l'opération n'est pas interdite par les textes lus, ce qui n'est pas une position de l'administration.
- —L'imputation des rachats entre primes versées avant et après 70 ans pour l'application des articles 990 I et 757 B.
- —Les frais d'entrée réels et les modalités pratiques des assureurs : réinvestissement sans frais, versement simultané, délai entre le rachat et le reversement.
- —La répartition d'un rachat entre fonds en euros et unités de compte pour le calcul exact des prélèvements sociaux dus au rachat.
- —Les rendements après purge : l'exemple les suppose nuls.
Qu'est-ce que purger les gains d'une assurance-vie ?
C'est racheter partiellement le contrat de quoi réaliser en gains l'équivalent de l'abattement annuel (4 600 € ou 9 200 €), ne payer que les prélèvements sociaux, puis reverser la somme dans le contrat : elle redevient du capital et la part de gains du contrat diminue.
L'abattement de 4 600 ou 9 200 € se reporte-t-il d'une année sur l'autre ?
Non. Il est opéré annuellement pour l'ensemble des contrats d'un même contribuable et, s'il n'a pas été entièrement utilisé, il ne peut pas être reporté sur l'année suivante (BOFiP BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, § 250).
Combien faut-il racheter pour utiliser l'abattement ?
Autant que nécessaire pour que la part de gains du rachat égale l'abattement : abattement divisé par la part de gains du contrat. Avec 28,6 % de gains, 4 600 € d'abattement appellent un rachat de 16 100 € ; avec 9 200 €, un rachat de 32 200 €.
Les prélèvements sociaux sont-ils dus sur la part de gains rachetée ?
Oui, à 17,2 % en 2026, sans abattement, pour les gains qui n'ont pas encore supporté ces prélèvements, c'est-à-dire ceux des unités de compte ; sur un fonds en euros, ils ont été payés chaque année (Code de la sécurité sociale, articles L. 136-7 et L. 136-8).
Le reversement fait-il repartir la durée de huit ans ?
Non : la durée du contrat se compte depuis le premier versement, quelles que soient les modalités de paiement des primes (BOFiP BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20, § 120). Le reversement est une nouvelle prime du même contrat.
Faut-il purger si le contrat sera transmis au décès ?
L'intérêt est nul pour l'impôt sur le revenu : pour un contrat d'assurance en cas de vie mixte ou assorti d'une contre-assurance décès dénoué par le décès de l'assuré, les capitaux versés ne constituent pas des produits imposables à cet impôt (BOFiP BOI-RPPM-RCM-20-10-10, § 210). La fiscalité du décès dépend de l'âge de l'assuré lors des versements (articles 990 I et 757 B).
Le rachat déclenche-t-il un prélèvement à la source ?
Oui : un acompte de 7,5 % ou de 12,8 % sur les produits, non libératoire, imputé sur l'impôt de l'année ; si l'impôt définitif est inférieur, l'excédent est restitué (article 125-0 A). Une dispense est possible pour les foyers dont le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année est inférieur à 25 000 € (personne seule) ou 50 000 € (couple) (article 125 A).
Le mécanisme peut-il être remis en cause par l'administration ?
Nous n'avons trouvé aucun texte ni commentaire qui le vise, dans un sens ou dans l'autre. Le point est à faire confirmer avant de bâtir une stratégie répétée sur plusieurs années.
Ce qu'il faut retenir
- —L'abattement de 4 600 ou 9 200 € est annuel et perdu s'il n'est pas utilisé ; il ne joue que pour l'impôt sur le revenu, pas pour les prélèvements sociaux.
- —Purger, c'est racheter de quoi réaliser en gains l'équivalent de l'abattement puis reverser : avec 28,6 % de gains, 16 100 € pour 4 600 €.
- —L'économie est de 7,5 % des gains sortis de l'assiette, soit 345 € (690 € pour un couple) dans l'exemple ; les prélèvements sociaux ne font que changer de date.
- —Les frais d'entrée du reversement décident du résultat : à 2 %, l'économie est presque annulée ; à 3 %, elle est négative.
- —La purge ne sert ni aux contrats de moins de huit ans, ni aux petits gains, ni aux contrats destinés à la transmission au décès.
- —Reverser après 70 ans crée des primes relevant de l'article 757 B ; l'imputation des rachats entre primes d'avant et d'après 70 ans est à faire confirmer.
Pour chiffrer l'effet d'un rachat sur votre situation, avec votre contrat et votre foyer fiscal, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil juridique ou fiscal personnalisé, ni une recommandation de racheter, de reverser ou de conserver un contrat. L'exemple chiffré est illustratif : contrat de plus de huit ans, 100 000 € de primes versées après le 27 septembre 2017, valeur de 140 000 €, contrat en unités de compte, sortie totale en une fois au taux de 7,5 %, aucun rendement après la purge, frais d'entrée de 0 à 3 % sur la somme réinvestie ; les taux, l'abattement et le plafond de frais sont ceux de 2026 et évoluent. Ce que nous n'avons pas pu vérifier : la position de l'administration sur ce mécanisme, l'imputation des rachats entre primes d'avant et d'après 70 ans, les frais et modalités réels des assureurs, la répartition d'un rachat entre fonds en euros et unités de compte et les rendements après purge. Le Rempart Financier est lui-même courtier en assurance et conseiller en investissements financiers, rémunéré pour partie par des rétrocessions et des commissions sur encours, notamment sur les contrats d'assurance-vie, et par des frais d'entrée : nous sommes partie prenante lorsque nous évoquons des versements sur un contrat. Sources : Code général des impôts, articles 125 A, 125-0 A, 200 A, 757 B et 990 I ; Code de la sécurité sociale, articles L. 136-7 et L. 136-8 ; Code des assurances, article L. 132-21-1 ; BOFiP BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50 (version du 30 juin 2022), BOI-RPPM-RCM-20-10-10 (20 décembre 2019), BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20 (30 juin 2022) et BOI-RPPM-RCM-20-15 (21 juin 2021) ; impots.gouv.fr, « L'assurance-vie et le PEA » et « Je suis bénéficiaire d'une assurance-vie, comment la déclarer ? » ; nos articles sur la simulation d'assurance-vie, le contrat de capitalisation d'un particulier, le coût d'une assurance-vie, les vieux contrats, l'assurance-vie après 70 ans, l'assurance-vie bancaire et l'assurance-vie avant 1991.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès