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COÛT

Dons aux associations et mécénat : réduction d'impôt de 66 % ou de 75 % dans la limite de 20 % du revenu imposable, ce qu'un don coûte vraiment, dons de titres, IFI, legs et assurance-vie au profit d'une association, mécénat d'entreprise à 60 %

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 21 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Un don à un organisme d'intérêt général ouvre droit à une réduction d'impôt sur le revenu de 66 % du montant versé, dans la limite de 20 % du revenu imposable ; l'excédent est reporté sur cinq ans. Le taux passe à 75 % jusqu'à 2 000 € par an pour les organismes d'aide aux personnes en difficulté, depuis le 14 octobre 2025 (loi de finances pour 2026, article 28). C'est une réduction, non une déduction : elle ne dépend pas de la tranche marginale, ne dépasse jamais l'impôt dû et n'est pas remboursée, si bien qu'un foyer non imposable ne gagne rien. Un don de 1 000 € coûte alors 340 € net (250 € à 75 %) ; un célibataire à 30 000 € de revenu imposable qui donne 10 000 € voit pourtant le coût net remonter à 79 % du don. L'IFI, les legs, l'assurance-vie et le mécénat d'entreprise suivent des règles distinctes, détaillées plus bas.

Sommaire · 12 sections
  1. 01Ce que prévoit la loi, en un tableau
  2. 02Ce qu'un don coûte vraiment : cinq cas chiffrés
  3. 03Les limites : 20 % du revenu, l'impôt dû, le PFU et le plafond de 2 000 €
  4. 04Organisme, reçu, contreparties : ce qui conditionne la réduction
  5. 05Dons de titres, dons en nature, abandon de revenus
  6. 06Le don et l'IFI : 75 %, mais pour une liste limitée d'organismes
  7. 07Le don régulier et l'acompte de 60 %
  8. 08Legs et assurance-vie au profit d'une association
  9. 09Le mécénat d'entreprise
  10. 10Dons aux partis politiques et campagnes
  11. 11Ce que disent les chiffres : dépense fiscale, donateurs, études du secteur
  12. 12Ce qui change

L'argument fiscal des appels aux dons tient en une phrase : l'État prend en charge les deux tiers du don. Elle est exacte à trois conditions que l'on oublie : que l'organisme soit éligible, que l'impôt à payer soit au moins égal à la réduction, et que le don reste sous un plafond calculé sur le revenu. Cet article donne le mécanisme, ce que coûte réellement un don dans cinq situations chiffrées, ce qui change pour l'IFI, les titres, les legs, l'assurance-vie et le mécénat d'entreprise, et ce que disent les chiffres publics, les contrôles et les décisions de justice.

Un don ne se décide pas sur son avantage fiscal, et cet article n'indique ni à qui donner ni combien. Il décrit ce que le texte accorde, ce qu'il refuse, et le coût net qui en résulte pour le donateur.

Ce que prévoit la loi, en un tableau

SituationAvantagePlafondCoût net pour 1 000 € donnésTexte
Don d'un particulier à un organisme d'intérêt généralRéduction d'impôt sur le revenu de 66 %20 % du revenu imposable ; excédent reporté sur cinq ans340 €CGI, art. 200, 1 et 1 bis
Don à un organisme d'aide aux personnes en difficulté (repas, logement, soins gratuits, victimes de violences domestiques)Réduction de 75 %2 000 € par an, en dehors de la limite de 20 % ; le surplus retombe à 66 %250 €art. 200, 1 ter
Don d'un redevable de l'IFI à un organisme d'une liste limitéeImputation de 75 % sur l'IFI50 000 € de réduction, soit 66 667 € de dons ; excédent ni remboursé ni reporté250 €art. 978
Versement d'une entrepriseRéduction d'impôt de 60 % (40 % au-delà de 2 M€)20 000 € ou 5 ‰ du chiffre d'affaires ; excédent reporté sur cinq exercices400 €art. 238 bis
Legs à un organisme éligibleExonération de droits de mutation, sans réduction d'impôtQuotité disponible si des enfants sont héritiers réservatairesSans objetart. 795 ; Code civil, art. 913
Assurance-vie dont l'association est bénéficiaireAucun prélèvement de l'article 990 ISans objetSans objetart. 795 et 990 I

Les sommes prises en compte pour la réduction sont les dons en espèces ou en nature, les cotisations, l'abandon exprès de revenus ou de produits et les frais engagés par un bénévole pour l'objet de l'organisme lorsqu'ils sont justifiés, constatés dans les comptes de l'organisme et que le bénévole a expressément renoncé à leur remboursement (article 200, 1). Les organismes éligibles sont notamment les fondations et associations reconnues d'utilité publique, les œuvres et organismes d'intérêt général de caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel ou environnemental, les établissements d'enseignement supérieur d'intérêt général, les associations cultuelles ou de bienfaisance, les fonds de dotation et la Fondation du patrimoine.

Ce qu'un don coûte vraiment : cinq cas chiffrés

Hypothèses : barème 2026 sur les revenus de 2025 (article 197 du CGI), sans autre réduction ni crédit d'impôt, revenu imposable égal au revenu net imposable, don à un organisme éligible au taux de 66 %. Les foyers sont des célibataires à une part, sauf le quatrième, un couple sans enfant à deux parts. La réduction est calculée sur le don retenu dans la limite de 20 % du revenu imposable, puis imputée sur l'impôt dû, sans pouvoir le dépasser.

SituationDonRéduction à 66 % après plafond de 20 %Réduction effectivement utiliséeCoût net du donÀ retenir
Revenu imposable de 45 000 €, impôt de 6 604 €2 000 €1 320 €1 320 €680 € (34 %)Plafond de 9 000 € non atteint ; rien à reporter
Revenu imposable de 30 000 €, impôt de 2 104 €10 000 €3 960 € (sur 6 000 € retenus)2 104 €7 896 € (79 %)4 000 € reportés ; 1 856 € de réduction non utilisés faute d'impôt
Revenu imposable de 22 000 €, impôt de 765 €3 000 €1 980 €765 €2 235 € (74,5 %)La réduction est limitée à l'impôt
Couple, deux parts, 120 000 € de revenu imposable, impôt de 22 208 €8 000 €5 280 €5 280 €2 720 € (34 %)Aucune limite atteinte
Revenu imposable de 14 000 €, impôt nul1 000 €660 €0 €1 000 € (100 %)Aucun avantage : la réduction n'est pas remboursée

Le coût net de 34 % vaut pour tout foyer dont l'impôt est suffisant, quelle que soit sa tranche : contrairement à une déduction du revenu (comme celle d'un PER), une réduction ne dépend pas de la tranche marginale. Le cas du deuxième foyer montre la double limite : le plafond de 20 % (6 000 € retenus sur 10 000 €) puis l'impôt dû (2 104 €). Le report de l'excédent sur cinq ans (4 000 € ici) n'est utile que si le revenu et l'impôt des années suivantes le permettent ; selon l'étude DGFiP Analyses n° 6 (janvier 2024), moins de 1 % des foyers donateurs reportent des dons.

Les limites : 20 % du revenu, l'impôt dû, le PFU et le plafond de 2 000 €

Le revenu imposable qui sert de base au plafond de 20 % est, selon le BOFiP (BOI-IR-RICI-250-30), la somme des revenus catégoriels nets imposables, diminuée des déficits antérieurs, de la CSG déductible et des charges déductibles du revenu global, avant les abattements pour personnes âgées ou invalides, et majorée des plus-values et des revenus imposés selon le système du quotient, pris avant application de celui-ci. Les revenus soumis à un prélèvement libératoire ou à un taux forfaitaire n'y entrent pas : le BOFiP donne l'exemple de dividendes au PFU. Cas du BOFiP : 50 000 € de salaires, 10 000 € de dividendes au PFU sans option pour le barème, 12 000 € de dons. Le plafond est de 20 % de 50 000 €, soit 10 000 € ; la réduction est de 6 600 € et 2 000 € de dons sont reportables. Pour intégrer des dividendes dans cette base, il faut opter pour le barème : voir PFU ou barème.

La réduction s'impute sur l'impôt calculé au barème, après plafonnement du quotient familial et décote, et avant les crédits d'impôt ; elle ne s'impute pas sur les impositions à taux proportionnel, comme le PFU, et ne donne pas lieu à remboursement (BOFiP, § 90). Le report prévu à l'article 200, 1 bis ne vise que l'excédent de dons au-delà de la limite de 20 % du revenu imposable : nous n'avons trouvé aucun texte qui reporte une réduction que l'impôt ne peut pas absorber, ce qui est le cas des deuxième, troisième et cinquième lignes du tableau. Le taux de 75 % s'applique aux versements à des organismes sans but lucratif qui fournissent gratuitement des repas, contribuent au logement ou fournissent des soins gratuits à des personnes en difficulté, ainsi qu'à ceux qui accompagnent les victimes de violences domestiques ; ces versements sont retenus dans la limite de 2 000 € par an, en dehors de la limite de 20 %, et le surplus ouvre droit à 66 % dans la limite de 20 % (article 200, 1 ter). La réduction ne compte pas dans le plafonnement global des avantages fiscaux de 10 000 € (plafonnement des niches). Pour la contribution différentielle sur les hauts revenus, l'avantage des dons est réintégré dans l'impôt retenu à partir des revenus de 2026 (article 224, IV) : voir CEHR et CDHR.

Organisme, reçu, contreparties : ce qui conditionne la réduction

Un organisme est d'intérêt général si trois conditions sont réunies : il n'exerce pas d'activité lucrative, sa gestion est désintéressée et il ne fonctionne pas au profit d'un cercle restreint de personnes ; la reconnaissance d'utilité publique n'est qu'un indice (BOI-IR-RICI-250-10-10, § 90). Le Conseil d'État a ainsi rejeté le recours d'associations d'anciens élèves contre la doctrine de l'administration : une association dont l'objet principal est la défense des intérêts de ses membres, cercle restreint, n'entre pas dans le champ des articles 200 et 238 bis (7 février 2007, n° 287949). Il a aussi jugé qu'une association dont les bénéficiaires sont définis par leur seule appartenance à une profession fonctionne au profit d'un cercle restreint (16 mars 2011, n° 329945, « Union sociale maritime »). Les dons faits directement à un particulier ou à une entreprise commerciale sont exclus ; un organisme qui ne fait que collecter des fonds n'est pas éligible en tant que tel, et le don ne donne droit à la réduction que s'il est reversé à un bénéficiaire final éligible, qui délivre le reçu (BOFiP).

Le donateur doit détenir un reçu établi sur le modèle de l'administration (Cerfa n° 11580), qu'il conserve et ne joint pas à sa déclaration ; il le produit à la demande de l'administration (article 200, 5). Les contreparties sont tolérées si elles sont de faible valeur : de l'ordre de 65 € par an et dans un rapport de un à quatre avec le don, selon le BOFiP de 2012. Ce seuil y est présenté comme réévalué comme en TVA, où le seuil des biens de très faible valeur est aujourd'hui de 73 € TTC (arrêté du 9 juin 2021) : la doctrine n'a pas été mise à jour et nous n'avons pas confirmé que 73 € soit la référence actuelle. Un donateur de bonne foi muni d'un reçu conforme conserve la réduction, selon une réponse ministérielle de 2006 reprise au BOFiP, sauf mauvaise foi ou fraude.

Le contrôle des reçus a été renforcé en 2022 : l'administration peut vérifier sur place la régularité des reçus délivrés par un organisme (article L. 14 A du Livre des procédures fiscales, issu de la loi du 24 août 2021) ; avant, elle ne pouvait que rapprocher le reçu de la somme reçue. Selon un rapport d'information du Sénat de mars 2024, la procédure n'avait été utilisée que 44 fois depuis 2022 et n'avait donné lieu qu'à deux amendes, faute de pouvoir prouver l'intention. Un organisme qui délivre sciemment des reçus indus encourt l'amende de l'article 1740 A du CGI, et l'article 1378 octies permet de suspendre tous les avantages fiscaux attachés aux dons à un organisme déclaré non conforme par la Cour des comptes ou condamné définitivement pour certaines infractions. La Cour des comptes juge cet outil « trop peu mobilisé » (rapport de mars 2024) et ne recense qu'une suspension, en 2023, visant un fonds de dotation. La loi du 24 août 2021 sur les principes de la République a créé un contrat d'engagement républicain : il conditionne les subventions et agréments, non le reçu fiscal.

Les frais de bénévoles fournissent un exemple de refus documenté : la cour administrative d'appel de Paris a refusé, le 18 février 2014 (n° 13PA01400), une réduction sur 14 008 € de frais déclarés par le président d'une association, faute de reçu conforme signé, de trace dans la comptabilité de l'organisme et de renonciation expresse au remboursement. Côté mécénat d'entreprise, le Conseil d'État a jugé le 20 mars 2020 (n° 423664) que l'association du nom d'une société aux voitures de course d'une association sportive n'écarte pas la réduction, à condition que cet avantage publicitaire ne soit qu'une contrepartie très inférieure au versement ; il a renvoyé l'affaire à la cour administrative d'appel de Lyon, dont nous n'avons pas retrouvé la décision finale.

Dons de titres, dons en nature, abandon de revenus

Les dons en nature ouvrent droit à la réduction sur leur valeur ; l'abandon de revenus ou de produits est admis s'il est exprès, mais les revenus abandonnés restent imposables au nom du contribuable lorsqu'ils dépendent de titres ou de comptes (BOI-IR-RICI-250-20). Donner des titres n'est pas les céder : l'impôt sur les plus-values de valeurs mobilières frappe les gains retirés de cessions à titre onéreux (article 150-0 A du CGI), et une donation ne déclenche pas d'imposition de la plus-value latente chez le donateur, principe que nous appliquons ici à un don à un organisme éligible sans l'avoir vu commenté spécifiquement. Pour l'IFI, seuls comptent les dons en numéraire et les dons en pleine propriété de titres cotés sur un marché réglementé, valorisés au cours moyen de bourse du jour du transfert de propriété.

Le don et l'IFI : 75 %, mais pour une liste limitée d'organismes

Un redevable de l'IFI peut imputer sur son impôt 75 % de ses dons, dans la limite d'une réduction de 50 000 € (article 978 du CGI), soit 66 667 € de dons. La liste est plus étroite que celle de l'impôt sur le revenu : établissements de recherche, d'enseignement supérieur ou d'enseignement artistique d'intérêt général à but non lucratif, fondations reconnues d'utilité publique (les associations reconnues d'utilité publique n'y figurent pas, sauf celles de financement et d'accompagnement de la création et de la reprise d'entreprises), entreprises d'insertion et de travail temporaire d'insertion, associations intermédiaires, ateliers et chantiers d'insertion, entreprises adaptées, groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification, Agence nationale de la recherche, fondations universitaires et partenariales, et organismes agréés établis dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. Une association simplement déclarée, même d'intérêt général, n'y figure pas, à notre lecture du texte. Pour le calcul de l'IFI lui-même (seuil, assiette, dettes déductibles, décote), voir notre mode d'emploi de l'IFI 2026.

Réduction d'impôt sur le revenuRéduction d'IFI
Taux66 % (75 % jusqu'à 2 000 € pour l'aide aux personnes en difficulté)75 %
OrganismesListe large (article 200)Liste limitée (article 978)
Plafond20 % du revenu imposable, report sur cinq ans50 000 € de réduction ; l'excédent n'est ni remboursé ni reporté
TitresDons en nature admis ; aucune règle propre aux titres trouvéeTitres cotés en pleine propriété seulement
Coût net pour 1 000 €340 € (250 € à 75 %)250 €

La fraction d'un don qui a donné lieu à la réduction d'IFI ne peut pas servir à la réduction d'impôt sur le revenu (article 978, III). L'excédent au-delà de 66 667 € peut en revanche ouvrir droit à la réduction d'impôt sur le revenu : exemple du BOFiP, 80 000 € de dons donnent 50 000 € de réduction d'IFI sur 66 667 €, et 13 333 € ouvrent la réduction d'impôt sur le revenu. La réduction d'IFI ne dépasse pas l'IFI dû et s'applique avant le plafonnement de l'article 979 ; les dons pris en compte vont du lendemain de la date limite de déclaration de l'année précédente à celle de l'année d'imposition (article 978, II), et l'avantage est subordonné à la production de justificatifs et au respect du règlement européen sur les aides de minimis (article 978, IV). Pour l'IFI, voir aussi l'immobilier sans IFI.

Le don régulier et l'acompte de 60 %

La réduction pour dons figure parmi les avantages qui donnent lieu à l'acompte de 60 % (article 1665 bis du CGI, qui vise l'article 200). L'acompte est versé au plus tard le 1er mars de l'année de la liquidation de l'impôt afférent aux revenus de l'année précédente ; il égale 60 % des avantages accordés lors de la liquidation de l'impôt afférent aux revenus de l'avant-dernière année, et il est régularisé lors de la liquidation de l'impôt. Un foyer qui a obtenu 660 € de réduction en 2026, pour 1 000 € de dons faits en 2025, reçoit donc au plus tard le 1er mars 2027 un acompte de 396 € (calcul de notre part, selon notre lecture du texte). Le contribuable peut demander, avant le 1er décembre, à percevoir moins ; l'acompte n'est pas versé sous le seuil de l'article 1965 L. Il ne rembourse pas le don de l'année en cours : il avance l'avantage de l'imposition précédente, ce qui ne concerne que le donateur régulier.

Legs et assurance-vie au profit d'une association

Un legs à un organisme éligible n'ouvre aucune réduction d'impôt, mais il est exonéré de droits de mutation : l'article 795 du CGI exonère les dons et legs consentis notamment aux établissements publics ou d'utilité publique répondant aux caractéristiques du b ou du f bis du 1 de l'article 200, aux organismes reconnus d'utilité publique d'assistance, de bienfaisance, de défense de l'environnement ou de protection des animaux, aux associations simplement déclarées à but exclusif d'assistance et de bienfaisance, aux fondations universitaires, aux organismes d'HLM, aux associations cultuelles et aux fonds de dotation. Le legs reste limité par la réserve héréditaire : un disposant ne peut léguer que la moitié de ses biens s'il laisse un enfant, le tiers s'il en laisse deux, le quart s'il en laisse trois ou plus (article 913 du Code civil). Les associations et fondations ayant la capacité de recevoir des libéralités les acceptent librement, mais le représentant de l'État dans le département peut former opposition s'il constate que l'organisme n'a pas cette capacité ou n'est pas apte à utiliser la libéralité conformément à son objet, sauf pour les associations et fondations reconnues d'utilité publique (article 910 du Code civil). Voir le testament.

Un héritier, donataire ou légataire peut aussi remettre à une fondation ou à une association reconnue d'utilité publique, à l'État ou à un établissement public, des biens reçus du défunt : il bénéficie alors d'un abattement sur sa part nette égal à leur valeur au jour du décès (article 788, III). Deux conditions : la libéralité est faite à titre définitif et en pleine propriété dans les douze mois suivant le décès, et des pièces justificatives sont jointes à la déclaration de succession. Cet abattement n'est pas cumulable avec la réduction d'impôt de l'article 200, ni, selon le BOFiP, avec celle de l'IFI. Pour l'assurance-vie, l'article 990 I dispose lui-même que le bénéficiaire exonéré de droits de mutation en application de l'article 795 n'est pas assujetti au prélèvement de 20 % ou 31,25 % sur les capitaux décès (BOFiP BOI-TCAS-AUT-60, § 120), et le capital reste hors succession (article L132-12 du Code des assurances). Le Panorama national des générosités estime à 1,271 milliard d'euros les libéralités et assurances-vie reçues par les organismes en 2022 (3e édition, décembre 2024). Nous n'avons trouvé aucun commentaire sur le sort d'une association bénéficiaire pour les primes versées après 70 ans (article 757 B). Voir la clause bénéficiaire et donation ou assurance-vie.

Le mécénat d'entreprise

Une entreprise assujettie à l'IS ou à l'IR au régime réel obtient une réduction d'impôt de 60 % de ses versements, dans la limite de 2 millions d'euros de versements, puis de 40 % au-delà ; les versements à des organismes d'aide aux personnes en difficulté ouvrent droit à 60 % hors de ce seuil (article 238 bis du CGI). L'ensemble des versements est retenu dans la limite de 20 000 € ou de 5 ‰ du chiffre d'affaires si ce montant est plus élevé ; l'excédent est reporté sur les cinq exercices suivants. Cas du BOFiP : pour un chiffre d'affaires hors taxes de 3 500 000 €, 5 ‰ font 17 500 €, inférieurs à 20 000 € : avec 19 000 € de dons, la réduction est de 11 400 €. Les dons en nature sont valorisés au coût de revient, la mise à disposition de salariés à leur rémunération et charges sociales dans la limite de trois fois le plafond de la sécurité sociale par salarié, et un reçu spécifique (Cerfa n° 16216) est obligatoire pour les dons faits depuis 2022 ; une déclaration est demandée au-delà de 10 000 € de dons par exercice.

Les versements ne sont pas déductibles du résultat : ils sont réintégrés, et la réduction seule allège l'impôt, si bien que le coût net est de 40 % du versement dans la limite du plafond. Un même versement n'ouvre qu'une seule réduction, celle de l'article 200, de l'article 238 bis ou de l'article 978. Un exploitant individuel peut relever de l'article 200 pour ses dons privés et de l'article 238 bis pour ceux de son entreprise, mais pas des deux pour un même don. Depuis la loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026 (article 3), selon le texte du Code en vigueur au 9 juillet 2026, les versements de produits de la « mode ultra-express » faits par leurs producteurs n'ouvrent plus droit à la réduction ; nous n'avons pas relu le périmètre exact dans le texte de la loi. Pour un dirigeant, donner par sa société ou à titre personnel n'a pas les mêmes plafonds ni les mêmes contreparties admises, et dépend de l'intérêt de la société ; nous ne chiffrons pas ce choix.

Dons aux partis politiques et campagnes

Les dons aux partis et groupements politiques, et les cotisations versées par l'intermédiaire de leur mandataire, ouvrent droit à la même réduction de 66 % (article 200, 3). Ils sont retenus dans la limite de 15 000 € par an et par foyer fiscal, puis comptent, avec les autres dons, dans la limite de 20 % du revenu imposable (BOFiP). Par ailleurs, selon la page d'impots.gouv.fr, le montant annuel des dons et cotisations d'une même personne à un ou plusieurs partis ne peut pas excéder 7 500 €, plafond individuel et non par foyer. Les reçus d'un montant inférieur ou égal à 3 000 € ne mentionnent pas le nom du bénéficiaire, pour préserver l'anonymat des opinions (article 200, 5). Les dons pour le financement de campagnes électorales ouvrent droit à la même réduction sans être soumis au plafond de 15 000 €.

Ce que disent les chiffres : dépense fiscale, donateurs, études du secteur

Selon les annexes du projet de loi de finances pour 2026 (Voies et moyens, tome II), la réduction d'impôt au titre des dons a coûté 1 990 M€ en 2024, pour 5 621 930 ménages bénéficiaires, soit environ 354 € par ménage (calcul de notre part), et 2 204 M€ sont prévus en 2025 et en 2026. Le mécénat des entreprises a coûté 1 635 M€ pour 157 399 entreprises, et la réduction d'IFI pour dons 150 M€ pour 35 010 ménages, soit environ 4 284 € par ménage (calcul de notre part). En 2021, selon l'étude DGFiP Analyses n° 6, les particuliers avaient déclaré 3,3 Md€ de dons et les entreprises 2,6 Md€ de mécénat ; 5,2 millions de foyers étaient donateurs, avec un don moyen de 585 € ; pour les redevables de l'IFI, le don moyen dépassait 6 000 € et 18 % d'entre eux avaient déclaré des dons.

Le Panorama national des générosités (3e édition, décembre 2024, données fiscales de 2022) relève que 14 % des foyers fiscaux ont déclaré un don en 2022, contre 37 % des foyers des 10 % les plus aisés et 1 % des 10 % les plus modestes (revenu fiscal de référence par unité de consommation). Un foyer non imposable ne bénéficie d'aucune réduction ; ces chiffres ne mesurent pas pour autant l'effet de la fiscalité sur la décision de donner.

Une question écrite à l'Assemblée nationale relevait que les foyers non imposables ne peuvent pas bénéficier de la réduction et proposait un crédit d'impôt. Dans sa réponse du 3 juin 2025, le ministère des Comptes publics présente le régime comme l'un des plus généreux au monde, chiffre son coût à près de 1,9 Md€ en 2023 et écarte la transformation en crédit d'impôt, qui accroîtrait très significativement le coût sans que rien ne démontre un surcroît de dons. Le baromètre de la générosité 2025 (France générosités, mai 2026) relève une hausse de 3,6 % des dons des particuliers collectés par un panel de 55 organisations, et une part des dons de moins de 150 € tombée de 50,4 % de la collecte en 2015 à un peu moins de 39 %.

Ce qui change

La loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, articles 5 et 6) a étendu le taux de 75 % aux organismes qui accompagnent les victimes de violences domestiques, depuis le 15 février 2025, et pérennisé le plafond de 1 000 € instauré en 2020 ; la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 28) l'a porté à 2 000 € pour les versements à compter du 14 octobre 2025, date de présentation du projet de loi en Conseil des ministres. Pour l'année 2025, le plafond annuel est donc de 2 000 €, dont 1 000 € au plus pour les versements antérieurs au 14 octobre (case 7UD pour les premiers, 7UQ pour les seconds). Des taux de 75 % temporaires, avec plafond propre, ont aussi existé pour les dons destinés à Mayotte après le cyclone Chido (du 14 décembre 2024 au 17 mai 2025) et pour le patrimoine religieux des petites communes (jusqu'au 31 décembre 2025). Le projet de loi de finances pour 2027 n'était pas déposé à la date de rédaction : nous n'avons trouvé aucune mesure sur les dons pour 2027, mais une loi de finances peut modifier ces règles chaque automne, comme l'a montré le doublement du plafond de 75 %, voté en février 2026 avec effet au 14 octobre 2025.

Un don donne-t-il droit à une déduction ou à une réduction ?

À une réduction d'impôt : 66 % du don retenu (75 % jusqu'à 2 000 € pour l'aide aux personnes en difficulté), imputée sur l'impôt dû. Elle ne dépend pas de la tranche marginale, contrairement à une déduction du revenu.

Que se passe-t-il si mon impôt est inférieur à la réduction ?

La réduction s'impute sur l'impôt dû et ne donne pas lieu à remboursement (BOFiP BOI-IR-RICI-250-30, § 90). Le report sur cinq ans ne vise que l'excédent de dons au-delà de 20 % du revenu imposable ; nous n'avons trouvé aucun texte qui reporte une réduction que l'impôt ne peut pas absorber. Un foyer non imposable ne bénéficie de rien.

Mes dividendes au PFU comptent-ils dans le plafond de 20 % ?

Non, sauf option pour le barème : les revenus et plus-values imposés à un taux forfaitaire n'entrent pas dans le revenu imposable qui sert de base au plafond (BOFiP). La réduction ne peut pas non plus s'imputer sur l'impôt au taux forfaitaire.

Jusqu'à quel montant le taux de 75 % s'applique-t-il ?

Jusqu'à 2 000 € de versements par an pour les organismes d'aide aux personnes en difficulté, depuis le 14 octobre 2025 (loi de finances pour 2026, article 28) ; ces versements sont en dehors de la limite de 20 %, et le surplus ouvre droit à 66 %.

Peut-on cumuler la réduction d'impôt sur le revenu et celle d'IFI pour un même don ?

Non : la fraction d'un don qui donne lieu à la réduction d'IFI ne peut pas servir à la réduction d'impôt sur le revenu (article 978, III). L'excédent au-delà de 66 667 € de dons peut, lui, ouvrir la réduction d'impôt sur le revenu.

Comment savoir si une association est éligible ?

Nous n'avons pas trouvé de liste publique unique des organismes éligibles. L'éligibilité suppose que l'organisme soit d'intérêt général : activité non lucrative, gestion désintéressée, absence de cercle restreint (BOFiP). Le donateur ne peut pas demander de rescrit : la demande appartient à l'organisme (article L. 80 C du Livre des procédures fiscales). Le reçu fiscal est obligatoire ; un donateur de bonne foi muni d'un reçu conforme conserve la réduction selon une réponse ministérielle de 2006 reprise au BOFiP, sauf mauvaise foi ou fraude.

Un don de titres est-il possible, et la plus-value latente est-elle imposée ?

Les dons en nature ouvrent droit à la réduction sur leur valeur ; pour l'IFI, seuls les titres cotés sur un marché réglementé, en pleine propriété, sont admis. L'article 150-0 A du CGI impose les gains retirés de cessions à titre onéreux : un don n'en est pas une, mais nous n'avons pas trouvé de commentaire visant spécifiquement le don à un organisme.

Un legs à une association coûte-t-il des droits de succession ?

Non pour les organismes de l'article 795 (établissements d'utilité publique, organismes reconnus d'utilité publique d'assistance et de bienfaisance, associations cultuelles, fonds de dotation, etc.). Le legs reste limité par la quotité disponible si le défunt laisse des enfants (article 913 du Code civil), et le représentant de l'État peut former opposition à une libéralité faite à un organisme qui n'a pas la capacité de la recevoir (article 910).

Peut-on désigner une association bénéficiaire d'une assurance-vie ?

Oui, et le texte le prévoit : l'article 990 I dispose que le bénéficiaire exonéré de droits de mutation en application de l'article 795 n'est pas assujetti au prélèvement sur les capitaux décès, et le capital reste hors succession. Aucune réduction d'impôt n'est attachée à ce versement. Nous n'avons pas instruit ici la capacité de chaque type d'association à le recevoir.

Les dons entrent-ils dans le plafonnement global de 10 000 € ?

Non : les réductions des articles 200, 200 bis et 238 bis sont exclues du plafonnement global de l'article 200-0 A, ce que confirme le BOFiP (§ 95).

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil fiscal personnalisé, ni une recommandation de donner ou de choisir un organisme. Un don ne se décide pas pour son avantage fiscal. Les cinq cas chiffrés sont illustratifs : ils reposent sur le barème 2026 (revenus 2025), pour un célibataire à une part (un couple sans enfant dans le quatrième cas), et ignorent les autres revenus, les autres réductions et crédits d'impôt et les contributions sur les hauts revenus. Points non vérifiés ou divergents : le seuil de 65 € des contreparties est celui du BOFiP de 2012, dont l'actualisation à 73 € par référence à la TVA n'est pas confirmée ; nous n'avons trouvé aucun texte qui reporte une réduction que l'impôt ne peut pas absorber, ni aucune règle propre au don de titres à l'impôt sur le revenu, et l'application du principe de non-imposition de la plus-value latente à un don de titres à un organisme éligible n'est pas commentée à notre connaissance ; le calcul de l'acompte de 60 % résulte de notre lecture de l'article 1665 bis ; le BOFiP relatif aux justificatifs et aux sanctions (BOI-IR-RICI-250-40) est en partie obsolète, notamment sur le taux de l'amende de l'article 1740 A ; le périmètre exact de l'exclusion des produits de la mode ultra-express n'a pas été relu dans le texte de la loi ; nous n'avons pas trouvé de commentaire sur l'assurance-vie au profit d'une association pour les primes versées après 70 ans, ni de liste publique unique des organismes éligibles ; l'éligibilité à l'IFI d'une association simplement déclarée résulte de notre lecture de l'article 978 ; aucune mesure sur les dons n'était connue pour 2027 à la date de rédaction. Sources : Code général des impôts, articles 150-0 A, 197, 200, 200 bis, 200-0 A, 238 bis, 757 B, 788, 795, 978, 979, 990 I, 1378 octies, 1665 bis et 1740 A ; Code civil, articles 910 et 913 ; Code des assurances, article L132-12 ; Livre des procédures fiscales, articles L. 14 A et L. 80 C ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025 (articles 5 et 6) ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (article 28) ; loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026 (article 3) ; BOFiP BOI-IR-RICI-250-10-10, BOI-IR-RICI-250-20, BOI-IR-RICI-250-30, BOI-IR-RICI-250-40, BOI-PAT-IFI-40-20-10-10 et 40-20-20, BOI-BIC-RICI-20-30-10-10, 20-30-10-20, 20-30-20 et 20-30-40, BOI-ENR-DMTG-10-20-20 et BOI-TCAS-AUT-60 ; actualité BOFiP ACTU-2026-00019 du 6 juillet 2026 sur le plafond de 2 000 € ; impots.gouv.fr, page « J'ai fait des dons à une association. Que puis-je déduire ? » (modifiée le 3 juillet 2026) ; Conseil d'État, 7 février 2007, n° 287949, 16 mars 2011, n° 329945 et 20 mars 2020, n° 423664 ; cour administrative d'appel de Paris, 18 février 2014, n° 13PA01400 ; Assemblée nationale, projet de loi de finances pour 2026, Voies et moyens tome II, et question écrite n° 5245 (réponse du 3 juin 2025) ; DGFiP, Analyses n° 6, « Dons et mécénat de 2011 à 2021 » (16 janvier 2024) ; Cour des comptes, « Le contrôle de la générosité publique au service d'une plus grande transparence » (mars 2024) ; Sénat, rapport d'information n° 383 (2023-2024) ; Panorama national des générosités, 3e édition (décembre 2024) ; France générosités, baromètre de la générosité 2025 (mai 2026). Faites le point sur votre situation avec un professionnel dont vous avez vérifié l'immatriculation avant toute décision.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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Sources : Simulateur de frais de placements · Tarifs et transparence

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