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Indemnité de rupture conventionnelle ou de licenciement : ce qui est exonéré d'impôt, ce qui reste soumis à cotisations, et comment placer le capital

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 22 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Une indemnité de rupture n'est pas exonérée par principe : elle l'est dans certaines limites, fixées par l'article 80 duodecies du Code général des impôts, qui varient selon qu'il s'agit d'un licenciement, d'un plan de sauvegarde de l'emploi ou d'une rupture conventionnelle. Le piège le plus fréquent n'est pas fiscal, mais social : une fraction de l'indemnité peut être exonérée d'impôt sur le revenu jusqu'à six fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass), tout en restant soumise à cotisations sociales et à la CSG-CRDS au-delà d'un plafond nettement plus bas, deux fois le Pass. Cet article détaille les deux régimes, avec les exemples officiels de l'administration, puis la question qui suit naturellement : comment placer un capital reçu en une fois.

Sommaire · 6 sections
  1. 01Trois situations, trois régimes
  2. 02Le calcul de l'exonération fiscale, avec les exemples de l'administration
  3. 03Le cas particulier : une rupture conventionnelle quand la retraite est déjà accessible
  4. 04Le régime social : un plafond différent, et plus bas
  5. 05Que faire du capital reçu
  6. 06Ce qu'il faut retenir

« De toute façon, l'indemnité de rupture, c'est exonéré » : cette phrase, entendue au moment de négocier un départ, est à moitié vraie. L'article 80 duodecies du Code général des impôts (CGI) exonère bien une fraction de l'indemnité, mais dans des limites précises, qui dépendent de la nature de la rupture, du salaire de référence et d'un plafond exprimé en multiples du plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass, fixé à 48 060 € pour 2026). Et l'exonération fiscale n'a pas le même périmètre que l'exonération de cotisations sociales et de CSG-CRDS, calculée par l'URSSAF selon d'autres plafonds, plus bas.

Trois situations, trois régimes

SituationRégime fiscal (impôt sur le revenu)Base légale
Licenciement dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE)Exonération totale, sans plafondCGI, art. 80 duodecies, 1, 2°
Licenciement abusif, irrégulier ou nul (dommages et intérêts alloués par le juge)Exonération totale, dans la limite du barème applicableCGI, art. 80 duodecies, 1, 1°
Licenciement hors PSEExonérée dans la limite la plus élevée entre le montant légal ou conventionnel, et le plus grand de (2 fois la rémunération annuelle brute de référence) ou (50 % de l'indemnité totale), plafonnée à 6 fois le PassCGI, art. 80 duodecies, 1, 3°
Mise à la retraite à l'initiative de l'employeurMême calcul que le licenciement hors PSE, mais plafonné à 5 fois le PassCGI, art. 80 duodecies, 1, 4°
Rupture conventionnelle, salarié non éligible à une pension de retraiteMême calcul que le licenciement hors PSE, plafonné à 6 fois le PassCGI, art. 80 duodecies, 1, 6°
Rupture conventionnelle, salarié déjà en droit de liquider une pension de retraite d'un régime obligatoireAucune exonération : imposable dès le premier euroCGI, art. 80 duodecies, 1, 6° (condition d'exclusion)

Le calcul de l'exonération fiscale, avec les exemples de l'administration

Pour un licenciement hors PSE ou une rupture conventionnelle d'un salarié non éligible à une pension de retraite, l'indemnité est exonérée à hauteur du plus élevé des montants suivants (BOFiP BOI-RSA-CHAMP-20-40-10-30) :

  • —le montant prévu par la convention collective de branche, l'accord professionnel ou interprofessionnel ou, à défaut, par la loi ;
  • —le double de la rémunération annuelle brute perçue au cours de l'année civile précédant la rupture, ou, si ce montant est supérieur, la moitié du montant total des indemnités perçues ;
  • —le tout plafonné à 6 fois le montant annuel du Pass en vigueur à la date du versement (soit 288 360 € en 2026).

Deux exemples officiels, repris tels quels par le BOFiP : un salarié dont la rémunération brute de référence est de 50 000 € perçoit une indemnité de 150 000 €, dont 120 000 € au titre de la convention collective. Le montant conventionnel (120 000 €) dépasse à la fois deux fois la rémunération (100 000 €) et la moitié de l'indemnité totale (75 000 €) : il est donc entièrement exonéré, et seul le surplus, 30 000 €, est imposable. Second exemple, avec un salaire de référence plus élevé : un salarié à 150 000 € de rémunération brute annuelle perçoit 280 000 € d'indemnité, dont 90 000 € conventionnels. Le double de la rémunération (300 000 €) et la moitié de l'indemnité (140 000 €) dépassent tous deux le montant conventionnel, mais le plafond de 6 fois le Pass limite l'exonération à ce plafond (240 000 € pour l'exemple du BOFiP, calculé sur un Pass antérieur) ; le surplus est imposable, avec application possible, sur demande, du système du quotient de l'article 163-0 A du CGI, qui atténue la progressivité de l'impôt sur un revenu exceptionnel.

Le cas particulier : une rupture conventionnelle quand la retraite est déjà accessible

C'est le piège le plus coûteux : l'exonération de la rupture conventionnelle, au 6° du 1 de l'article 80 duodecies, ne s'applique qu'aux salariés qui ne sont pas en droit de bénéficier d'une pension de retraite d'un régime légalement obligatoire à la date de la rupture. Pour un salarié qui peut déjà liquider sa retraite, même s'il ne le fait pas, l'indemnité de rupture conventionnelle est imposable dès le premier euro, sans aucune des limites ci-dessus. La condition s'apprécie à la date de rupture effective du contrat fixée par la convention ; si le droit à pension s'ouvre après cette date, il ne remet pas en cause l'exonération (BOFiP BOI-RSA-CHAMP-20-40-10-30, § 180).

Le régime social : un plafond différent, et plus bas

Depuis le 1er septembre 2023, pour une rupture conventionnelle individuelle, les cotisations sociales et l'exonération fiscale suivent des règles distinctes, que l'indemnité soit ou non elle-même exonérée d'impôt (URSSAF, page « Les indemnités de rupture conventionnelle », mise à jour le 13 juillet 2026) :

  • —Cotisations sociales. L'exonération s'applique à hauteur du plus élevé de trois seuils — le montant spécifique ou légal/conventionnel, la moitié de l'indemnité totale, le double de la rémunération brute de l'année précédente — mais dans la limite de 2 fois le Pass (96 120 € en 2026), et non 6 fois comme pour l'impôt. Au-delà de 10 fois le Pass (480 600 € en 2026 ; 5 fois le Pass en cas de cumul avec une indemnité de rupture de mandat social), l'indemnité est intégralement soumise à cotisations.
  • —CSG et CRDS. L'exonération s'applique à hauteur du plus faible de deux montants : le montant spécifique ou légal/conventionnel, et le montant non soumis aux cotisations sociales — sans l'abattement forfaitaire de 1,75 % pour frais professionnels normalement applicable aux revenus salariaux.
  • —Contribution patronale spécifique. La part de l'indemnité non soumise à cotisations sociales supporte, à la charge de l'employeur, une contribution spécifique dont le taux est passé de 30 % à 40 % pour les ruptures dont le terme du contrat est postérieur au 1er janvier 2026.

Résultat : une même indemnité peut avoir trois montants exonérés différents selon qu'on regarde l'impôt sur le revenu, les cotisations sociales, ou la CSG-CRDS. Exemple construit pour l'illustrer : un salarié dont la rémunération brute de référence est de 90 000 € perçoit une indemnité de rupture conventionnelle de 250 000 €, dont 60 000 € au titre du minimum légal ou conventionnel.

RégimeCalculMontant exonéréMontant soumis
Impôt sur le revenuLe plus élevé de (60 000 € conventionnel) et (2 × 90 000 = 180 000 €, supérieur à 50 % × 250 000 = 125 000 €), plafonné à 6 × 48 060 = 288 360 €180 000 €70 000 €
Cotisations socialesLe plus élevé des trois seuils (180 000 €), plafonné à 2 × 48 060 = 96 120 €96 120 €153 880 €
CSG-CRDSLe plus faible de (60 000 € conventionnel) et (96 120 € non soumis aux cotisations)60 000 €190 000 €

Dans cet exemple, 83 880 € (180 000 − 96 120 €) sont exonérés d'impôt sur le revenu mais restent soumis à cotisations sociales : une fraction significative de l'indemnité, que beaucoup de salariés découvrent seulement en recevant leur bulletin de solde de tout compte.

Que faire du capital reçu

Une fois la part imposable connue, la question qui suit est celle du placement. Quelques repères, à ajuster à la situation de chacun et sans qu'aucun ne constitue une recommandation personnalisée :

Ce qu'il faut retenir

  • —Une indemnité de licenciement dans un plan de sauvegarde de l'emploi est intégralement exonérée d'impôt ; hors PSE, l'exonération est plafonnée à 6 fois le Pass (288 360 € en 2026), 5 fois pour une mise à la retraite.
  • —Une rupture conventionnelle suit le même calcul que le licenciement hors PSE, sauf si le salarié est déjà en droit de liquider une pension de retraite : dans ce cas, l'indemnité est imposable dès le premier euro.
  • —Le régime social (cotisations, CSG-CRDS) suit des plafonds différents et plus bas que le régime fiscal, notamment 2 fois le Pass pour les cotisations sociales : une partie de l'indemnité peut être exonérée d'impôt tout en restant soumise à cotisations.
  • —Au-delà de 10 fois le Pass (5 fois en cas de cumul avec un mandat social), l'indemnité est intégralement soumise à cotisations et à CSG-CRDS.
  • —La fraction imposable peut bénéficier, sur demande, du système du quotient de l'article 163-0 A du CGI pour atténuer l'effet de la progressivité de l'impôt sur cette année-là.

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Une indemnité de rupture conventionnelle est-elle toujours exonérée d'impôt ?

Non. Elle est exonérée dans une limite calculée (le plus élevé entre le montant légal ou conventionnel et le plus grand de deux fois la rémunération annuelle brute ou 50 % de l'indemnité, plafonné à 6 fois le Pass), sauf si le salarié est déjà en droit de liquider une pension de retraite d'un régime obligatoire : dans ce cas, elle est imposable dès le premier euro.

Quel est le plafond d'exonération fiscale en 2026 ?

6 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 288 360 € en 2026 (Pass à 48 060 €), pour un licenciement hors plan de sauvegarde de l'emploi ou une rupture conventionnelle d'un salarié non éligible à une pension de retraite. Ce plafond descend à 5 fois le Pass pour une mise à la retraite à l'initiative de l'employeur.

Pourquoi mon indemnité exonérée d'impôt peut-elle quand même être soumise à cotisations sociales ?

Parce que le régime social suit un plafond distinct et plus bas : l'exonération de cotisations sociales est plafonnée à 2 fois le Pass, contre 6 fois pour l'impôt sur le revenu. La fraction comprise entre ces deux plafonds est exonérée d'impôt mais soumise à cotisations.

Une indemnité versée dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) est-elle plafonnée ?

Non, elle est exonérée d'impôt sur le revenu pour son montant total, sans plafond, y compris les primes ou aides qui s'y ajoutent (aide au départ volontaire, à la création d'entreprise, etc.).

Qu'est-ce que le système du quotient mentionné pour la fraction imposable ?

Un mécanisme prévu à l'article 163-0 A du CGI qui permet, sur demande, d'atténuer l'effet de la progressivité de l'impôt sur un revenu exceptionnel comme la fraction imposable d'une indemnité de rupture, en le répartissant fictivement sur plusieurs années pour le calcul du taux d'imposition. Nous détaillons son calcul, avec deux exemples chiffrés officiels, dans notre article dédié au système du quotient.

Le régime est-il le même pour un dirigeant ou un mandataire social ?

Non. L'indemnité versée à un mandataire social lors de la cessation forcée de ses fonctions n'est exonérée d'impôt que pour la fraction qui n'excède pas 3 fois le Pass ; les seuils sociaux de 10 fois le Pass sont eux-mêmes abaissés à 5 fois le Pass en cas de mandat social, y compris en cas de cumul avec un contrat de travail.

Faut-il déclarer soi-même la fraction exonérée ?

Non, l'employeur applique en principe l'exonération sur le bulletin de paie et le solde de tout compte ; la fraction imposable figure sur la déclaration de revenus pré-remplie, à vérifier néanmoins au regard des règles ci-dessus.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil fiscal ou social personnalisé, ni une recommandation de placement : chaque rupture de contrat de travail a ses propres conditions (convention collective applicable, existence d'un accord d'entreprise, situation personnelle au regard de la retraite) qui doivent être vérifiées avec l'employeur, un avocat en droit social ou un expert-comptable avant toute décision. L'exemple chiffré de la section sur le régime social est un exemple d'école et ne correspond à aucune situation réelle. Ce que nous n'avons pas pu vérifier : les règles spécifiques aux agents publics et aux indemnités spécifiques de rupture conventionnelle (ISRC) dans la fonction publique, qui suivent des conditions particulières que nous ne détaillons pas ; l'évolution du taux de la contribution patronale spécifique au-delà de 2026. Le Rempart Financier est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine ; cet article porte sur une règle fiscale et sociale générale et non sur un produit ou service que nous commercialisons. Sources : Code général des impôts, article 80 duodecies et article 163-0 A ; BOFiP BOI-RSA-CHAMP-20-40-10-30 (exceptions au principe d'imposition des indemnités de rupture) ; urssaf.fr, « Les indemnités de rupture conventionnelle » (page mise à jour le 13 juillet 2026) ; arrêté du 22 décembre 2025 fixant le plafond de la Sécurité sociale pour 2026 ; nos articles sur le PER, les tranches d'imposition et la TMI, et les livrets réglementés.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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