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Démissionner pour créer son entreprise et toucher le chômage : les vraies conditions, et l'ordre des étapes qui peut tout faire perdre

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 22 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Démissionner pour créer son entreprise tout en gardant le droit au chômage est possible depuis le 1er novembre 2019, via le dispositif « démission-reconversion ». La condition d'ancienneté réelle n'est pas « cinq ans dans la même entreprise », une approximation souvent entendue, mais 1 300 jours travaillés au cours des 60 derniers mois, cumulables chez plusieurs employeurs. Le point qui peut tout faire perdre : l'ordre des étapes est fixé par la loi et n'admet aucune exception — un entretien avec un conseiller en évolution professionnelle, puis la validation du projet par la commission régionale Transitions Pro, doivent intervenir avant la démission, jamais après. Démissionner avant d'avoir cette validation rend le dossier irrecevable et fait perdre le droit à l'allocation chômage.

Sommaire · 6 sections
  1. 01Le dispositif « démission-reconversion » : ce qu'il change depuis 2019
  2. 02La condition d'ancienneté réelle : 1 300 jours sur 60 mois, pas « 5 ans dans la même boîte »
  3. 03L'ordre des étapes est absolu : le conseil en évolution professionnelle, puis la validation, avant la démission
  4. 04Et si le projet est refusé par Transitions Pro ?
  5. 05Après la démission : ARE, ARCE et ACRE, comment les articuler
  6. 06Ce qu'il faut retenir

C'est une question qui revient régulièrement chez des salariés en poste depuis dix ou quinze ans dans la même entreprise, qui sentent que leur employeur ne les suit plus sur un projet et envisagent de partir monter leur propre structure : « si je démissionne pour créer mon entreprise, est-ce que je perds tout de suite le droit au chômage ? » La réponse a changé depuis 2019, mais elle reste mal connue, y compris de professionnels qui en parlent de mémoire, avec des approximations qui peuvent coûter cher — en particulier sur l'ordre dans lequel les démarches doivent être menées.

Le dispositif « démission-reconversion » : ce qu'il change depuis 2019

Avant la loi Avenir professionnel, une démission classique fermait par principe le droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) : seules des démissions « légitimes » limitativement énumérées (suivre un conjoint muté, un cas de violence conjugale, entre autres) ouvraient une exception. Depuis le 1er novembre 2019, un nouveau cas de démission légitime a été créé spécifiquement pour les projets de reconversion professionnelle, y compris la création ou la reprise d'une entreprise : c'est le dispositif « démission-reconversion », codifié aux articles L. 5422-1, L. 5422-1-1 et L. 5426-1-2 du Code du travail, précisés par les articles R. 5422-2-1 à R. 5422-2-3.

La condition d'ancienneté réelle : 1 300 jours sur 60 mois, pas « 5 ans dans la même boîte »

L'approximation la plus fréquemment entendue en rendez-vous est « il faut 5 ans d'ancienneté dans l'entreprise ». Elle est fausse sur deux points à la fois. La vraie condition porte sur une activité salariée d'au moins 1 300 jours travaillés au cours des 60 mois (cinq ans) précédant la démission — pas sur une ancienneté continue chez un seul employeur : ces jours peuvent avoir été accumulés chez plusieurs employeurs successifs, ce qui ouvre le dispositif à des profils qui auraient changé d'entreprise une ou deux fois sur la période. À l'inverse, les périodes de congé sans solde ou de disponibilité ne comptent pas dans ce décompte, ce qui peut fermer l'accès au dispositif à un salarié pourtant présent depuis plus de cinq ans chez le même employeur si une partie de cette période n'était pas travaillée.

L'ordre des étapes est absolu : le conseil en évolution professionnelle, puis la validation, avant la démission

C'est le point qui peut faire perdre l'intégralité du bénéfice du dispositif, et c'est celui sur lequel les approximations orales sont les plus dangereuses. La procédure comporte deux étapes obligatoires, dans un ordre fixé par les textes, avant toute démission :

  1. 1.Un entretien avec un conseiller en évolution professionnelle (CEP), gratuit et obligatoire, pour formaliser le projet. Ce conseil est assuré par des opérateurs habilités selon le statut du salarié — l'Apec pour les cadres, Cap emploi pour les travailleurs handicapés, des opérateurs régionaux pour les autres salariés. C'est ce même conseiller qui transmettra ensuite le dossier à la commission régionale.
  2. 2.La validation du projet par la commission paritaire interrégionale (CPIR), aujourd'hui Transitions Pro, qui doit reconnaître son « caractère réel et sérieux » : moyens envisagés, cohérence du projet avec le profil, perspectives de retour à l'emploi ou de viabilité de l'entreprise créée. La commission dispose d'un délai maximal de deux mois pour se prononcer.

Ce n'est qu'une fois cette validation obtenue que la démission peut intervenir en toute sécurité pour les droits au chômage. Démissionner avant d'avoir obtenu cette validation rend le dossier irrecevable : la démission devient une démission ordinaire, sans droit à l'ARE, sans possibilité de régulariser après coup. Une fois la validation notifiée, un délai de six mois s'ouvre pour s'inscrire à France Travail et demander l'allocation ; le projet lui-même (formation engagée, ou entreprise effectivement créée ou reprise) doit être mis en œuvre dans les six mois suivant cette inscription.

Et si le projet est refusé par Transitions Pro ?

Un refus n'est pas définitif. La commission doit motiver sa décision et indiquer les points sur lesquels le dossier a été jugé insuffisant. Un recours gracieux peut être déposé dans un délai de deux mois suivant la notification du refus, examiné par une instance paritaire de recours propre à la commission, qui dispose elle-même de deux mois pour répondre. Le demandeur peut aussi retravailler son dossier avec son conseiller en évolution professionnelle, en apportant des éléments nouveaux, et déposer une nouvelle demande. Dans tous les cas, la démission ne doit intervenir qu'après une réponse favorable, définitive ou obtenue sur recours — jamais avant, y compris en cas d'optimisme sur l'issue du recours.

Après la démission : ARE, ARCE et ACRE, comment les articuler

Une fois la démission-reconversion validée et l'entreprise créée ou reprise, trois dispositifs distincts peuvent se combiner, et le choix entre les deux premiers est structurant pour la trésorerie de départ.

DispositifCe que c'estMontant
ARE (allocation d'aide au retour à l'emploi)Versement mensuel classique de l'allocation chômage, pendant la création de l'entrepriseCalculé sur l'ancien salaire, versé chaque mois selon les droits acquis
ARCE (aide à la reprise ou à la création d'entreprise)Conversion d'une partie des droits à l'ARE restants en capital versé en une fois, pour financer le démarrage60 % des droits à l'ARE restants, versés en deux fois : moitié au démarrage de l'activité, moitié six mois plus tard
ACRE (aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise)Exonération partielle des cotisations sociales du créateur sur les premiers mois d'activitéExonération de l'ordre de 50 % pendant les douze premiers mois, sous conditions

L'ARE et l'ARCE ne sont pas cumulables sur les mêmes droits : opter pour l'ARCE revient à transformer une partie du reliquat de droits à l'ARE en capital immédiat, ce qui ferme (à hauteur du capital versé) le versement mensuel correspondant. Le choix dépend du besoin de trésorerie au lancement — un capital de départ pour financer du matériel, un stock ou un premier semestre de charges fixes plutôt qu'un complément de revenu mensuel régulier — et mérite d'être chiffré précisément avec les droits réels du dossier, pas sur un pourcentage générique. L'ACRE, elle, se cumule avec l'un ou l'autre.

Un point à intégrer avant la démission plutôt qu'après : si la structure créée est une SAS avec une holding pour capitaliser les bénéfices sans se verser de rémunération dans les premiers mois, l'ARE mensuelle peut être la seule ressource personnelle réelle pendant cette phase — ne pas se rémunérer du tout dans la société ne construit aucun droit social supplémentaire pendant que l'ARE, elle, continue de courir. Le mécanisme de remontée des bénéfices vers une holding et ce qu'il coûte en protection sociale sont détaillés dans notre article sur la holding au-dessus d'une SAS.

Faut-il vraiment 5 ans dans la même entreprise pour bénéficier de la démission-reconversion ?

Non. La condition réelle est d'avoir travaillé au moins 1 300 jours au cours des 60 derniers mois, ce qui peut être réparti sur plusieurs employeurs successifs — pas nécessairement une ancienneté continue chez un seul. Les périodes non travaillées (congé sans solde, disponibilité) ne comptent pas dans ce décompte.

Puis-je démissionner d'abord et faire valider mon projet ensuite ?

Non, et c'est le point le plus risqué du dispositif : l'entretien avec un conseiller en évolution professionnelle puis la validation par Transitions Pro doivent intervenir avant la démission. Démissionner avant rend le dossier irrecevable et fait perdre le droit à l'allocation chômage, sans possibilité de régularisation après coup.

Combien de temps faut-il pour obtenir la validation de mon projet ?

La commission Transitions Pro dispose d'un délai maximal de deux mois pour se prononcer après réception du dossier complet transmis par le conseiller en évolution professionnelle.

Que se passe-t-il si mon projet est refusé ?

Un recours gracieux est possible dans les deux mois suivant la notification du refus, examiné par une instance paritaire de recours qui répond à son tour sous deux mois. Il est aussi possible de retravailler le dossier avec son conseiller et de déposer une nouvelle demande. La démission ne doit intervenir qu'après une décision favorable.

Dois-je choisir entre l'ARE et l'ARCE ?

Oui, pour la part des droits concernée : l'ARCE convertit 60 % du reliquat de droits à l'ARE en capital versé en deux fois, ce qui réduit d'autant le versement mensuel restant. Le choix dépend du besoin de trésorerie de départ du projet, à chiffrer précisément avec les droits réels du dossier plutôt que sur un ordre de grandeur.

Combien de temps ai-je pour créer mon entreprise après la validation ?

Un délai de six mois s'ouvre, à compter de la notification de la validation, pour s'inscrire à France Travail et demander l'allocation. La mise en œuvre effective du projet (entreprise créée ou reprise) doit ensuite intervenir dans les six mois suivant cette inscription.

Ce qu'il faut retenir

Démissionner pour créer son entreprise sans perdre le droit au chômage est possible depuis 2019, mais repose sur une condition d'ancienneté précise — 1 300 jours sur 60 mois, pas une durée forfaitaire dans une seule entreprise — et surtout sur un ordre des étapes qui ne souffre aucune exception : conseil en évolution professionnelle, puis validation par Transitions Pro, puis seulement démission. Inverser cet ordre, même de quelques jours, fait perdre l'intégralité du bénéfice du dispositif. Avant d'envisager cette voie, réalisez votre bilan patrimonial en ligne pour chiffrer l'impact réel d'une période de transition sur vos revenus et votre capacité d'épargne, et engagez la démarche CEP avant toute autre décision.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement personnalisé : les conditions d'éligibilité et les montants dépendent de la situation individuelle de chaque salarié et doivent être vérifiés auprès de France Travail et de l'opérateur Transitions Pro compétent avant toute décision de démissionner. Sources : Code du travail, articles L. 5422-1, L. 5422-1-1, L. 5426-1-2, R. 5422-2-1 à R. 5422-2-3 ; France Travail, fiche « Je veux démissionner et j'ai un projet de reconversion professionnelle » ; demission-reconversion.gouv.fr. Les règles relatives à l'ARE, l'ARCE et l'ACRE évoluent au gré des réformes de l'assurance chômage : les montants et durées cités sont ceux connus à la date de rédaction (septembre 2026) et doivent être vérifiés au moment de votre lecture. Avant toute démarche, faites valider votre situation précise auprès d'un conseiller en évolution professionnelle et, pour les aspects patrimoniaux, avec un professionnel du conseil en gestion de patrimoine.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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EXP Capital — Conseil en Gestion de Patrimoine. ORIAS n° 25005915. Les informations publiées sur ce site ont un caractère pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.