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Dispositif Jeanbrun (« statut du bailleur privé ») : amortir un logement loué nu à 3,5 % par an dans la limite de 8 000 €, engagement de neuf ans, plafonds de loyers et de ressources 2026, réintégration à la revente, comparaison avec le LMNP et le locatif nu classique

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 21 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Pour les logements acquis entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028, l'article 31 du CGI permet d'amortir 80 % du prix « net de frais » d'un logement neuf en immeuble collectif, à 3,5 % par an en location intermédiaire (4,5 % et 5,5 % en location sociale et très sociale), dans la limite de 8 000 € par an et par foyer. En contrepartie : neuf ans de location nue à titre de résidence principale, des loyers et des ressources de locataires plafonnés, une option irrévocable et l'exclusion du micro-foncier pour tout le foyer. Sur un T2 de 45 m² acheté 250 000 € en zone B1, l'amortissement annuel est de 7 000 € et, selon les documents officiels, le déficit qui en résulte s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 € ; à la revente, les amortissements déduits sont retranchés du prix d'acquisition : 13 498 € d'impôt de plus-value après neuf ans sur cet exemple, même si le prix n'a pas bougé. Sur nos hypothèses, l'avantage net ressort positif à 30 % et 41 % de tranche, faible à 11 % et négatif à 0 %. Le texte ne définit ni « net de frais » ni le sort du déficit, le BOFiP n'a rien publié, et un projet de loi voté par le Sénat modifierait la voie « ancien ».

Sommaire · 11 sections
  1. 01Ce que la loi a créé, en quelques chiffres
  2. 02Qui peut en profiter, et ce qui est exclu
  3. 03Ce que rapporte l'amortissement sur un T2 de 250 000 €
  4. 04Le déficit : ce que dit la loi et ce que disent les documents officiels
  5. 05Les plafonds de loyer et de ressources 2026
  6. 06À la revente : la réintégration des amortissements
  7. 07Le bilan sur neuf ans : ce qui fait basculer le résultat
  8. 08Engagements, manquements et vente avant neuf ans
  9. 09Jeanbrun, LMNP au réel, location nue classique : les différences
  10. 10Ce que disent les évaluations des dispositifs précédents
  11. 11Ce qui peut encore changer

Le dispositif porte plusieurs noms : « Relance logement » pour le gouvernement, « statut du bailleur privé » dans la presse, « dispositif Jeanbrun » du nom du ministre de la Ville et du Logement. Juridiquement, ce sont deux paragraphes, i) et j), ajoutés au 1° du I de l'article 31 du CGI par l'article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026). Le Conseil d'État a d'ailleurs relevé que le mot « statut » est inapproprié pour un avantage fiscal créé pour trois ans (avis n° 410923, juin 2026).

Cet article expose ce que dit le texte, ce que l'amortissement rapporte en impôt sur un cas chiffré, ce qu'il coûte à la revente, les contraintes qu'il impose et ce qui peut encore changer. Il ne conseille pas d'investir : il décrit un avantage fiscal et ses conditions. Aucun BOFiP, décret d'application ou rescrit propre à ces paragraphes n'a été publié entre février et septembre 2026 ; plusieurs points ci-dessous reposent donc sur des documents officiels non normatifs ou sur notre lecture, et sont signalés comme tels.

Ce que la loi a créé, en quelques chiffres

ÉlémentVoie i) : logement neufVoie j) : logement ancien avec travaux
BienLogement neuf ou en VEFA dans un immeuble collectif, ou que le contribuable fait construireLogement acquis dans un immeuble collectif, avec travaux concourant à la production d'un immeuble neuf, ou travaux d'amélioration d'au moins 30 % du prix et réhabilitation lourde
Base amortissable80 % du prix d'acquisition net de frais (foncier forfaitaire de 20 %, non amortissable)80 % du prix net de frais, majoré du montant des travaux
Taux annuel3,5 % en location intermédiaire ; 4,5 % en location sociale ; 5,5 % en location très sociale3 % ; 3,5 % ; 4 %
Plafond8 000 € par an et par foyer fiscal pour l'ensemble des amortissements i) et j) ; 10 000 € ou 12 000 € si au moins 50 % des revenus bruts des logements amortis relèvent de la location sociale ou très socialeMême plafond
EngagementNeuf ans de location nue à titre de résidence principale, loyers et ressources du locataire plafonnésMême engagement
DatesAcquisitions, ou dépôts de demande de permis de construire, du 21 février 2026 au 31 décembre 2028Acquisitions du 21 février 2026 au 31 décembre 2028

Le taux s'applique à la base, et non au prix : pour le neuf en location intermédiaire, 3,5 % de 80 % du prix, soit 2,8 % du prix par an. Le cumul des amortissements ne peut pas dépasser la valeur hors foncier ; à 2,8 % par an, il faudrait plus de 28 ans pour l'épuiser. Aucune restriction géographique n'est écrite dans le texte : le dispositif est ouvert hors des zones tendues, mais les plafonds de loyer, eux, dépendent de la zone. Ces plafonds sont ceux d'un avantage fiscal : ils ne se confondent pas avec l'encadrement des loyers par quartier de la loi ELAN, décrit dans notre article dédié. Acheter le logement neuf en VEFA suppose aussi de comprendre ce que couvre réellement la garantie financière d'achèvement si le promoteur fait faillite avant la livraison — voir notre article dédié.

Qui peut en profiter, et ce qui est exclu

ConditionCe que dit le texte
UsageLocation nue à titre de résidence principale du locataire, de manière effective et continue, pendant au moins neuf ans ; la location doit prendre effet dans les douze mois de l'achèvement de l'immeuble (ou de l'acquisition si elle est postérieure)
LocataireNi membre du foyer fiscal, ni parent ou allié jusqu'au deuxième degré inclus ; pour une société, ni un associé ni un proche d'un associé
PlafondsLoyer et ressources du locataire plafonnés, appréciées à la date du bail : article 199 novovicies, III pour l'intermédiaire ; article 199 tricies, I, A, 3° pour le social et le très social
OptionIrrévocable pour le logement, exercée lors de la déclaration de revenus de l'année d'achèvement (ou d'acquisition si elle est postérieure)
Régime fiscalRégime réel obligatoire : le micro-foncier est inapplicable à l'ensemble des revenus fonciers du foyer si un logement bénéficie de l'amortissement (article 32 du CGI)
SociétésSociétés non soumises à l'IS acceptées si l'associé conserve tous ses titres jusqu'à la fin de la période de location ; le texte n'exclut pas les SCPI, mais leur éligibilité actuelle est incertaine (un amendement du Sénat vise à la sécuriser)
DémembrementExclu, sauf reprise par le conjoint survivant après décès d'un époux
Voie j)Travaux d'amélioration d'au moins 30 % du prix ET réhabilitation lourde, c'est-à-dire des travaux qui amènent l'immeuble collectif à la classe A ou B du DPE et respectent des critères de sécurité, de qualité sanitaire et d'accessibilité (décret n° 2025-913 du 5 septembre 2025) ; si les travaux précèdent l'acquisition, le logement ne doit pas avoir été occupé depuis leur achèvement
CumulsExclusif de l'article 199 undecies C ; pour la voie j), aussi des articles 199 undecies A, 199 tervicies et 199 novovicies, et pas de monument historique

Sont donc hors du dispositif : les maisons individuelles (l'immeuble doit être collectif), les locations meublées, les résidences secondaires, les locations à un proche ou à un membre du foyer et les biens démembrés. La voie « neuf » n'écrit aucune exigence de DPE ; la voie « ancien » exige la classe A ou B après travaux, ce qui écarte l'essentiel des rénovations partielles. Le sens de « neuf » n'est pas défini à l'article 31 : le j) renvoie à la définition de l'article 257 du CGI (immeuble achevé depuis moins de cinq ans, ou travaux le remettant à l'état neuf).

Ce que rapporte l'amortissement sur un T2 de 250 000 €

Hypothèses, toutes explicites : T2 neuf de 45 m² acheté 250 000 € « net de frais », sans emprunt, sans vacance, loyers et prix constants, voie i) en location intermédiaire, loyer au plafond 2026, charges (taxe foncière, gestion, entretien) égales à 25 % des loyers, prélèvements sociaux de 17,2 % sur les revenus fonciers. Amortissement annuel : 250 000 € × 80 % × 3,5 % = 7 000 €, sous le plafond de 8 000 € (que le prix ne dépasserait qu'au-delà de 285 700 € environ). Loyer plafond 2026 en zone B1 : 11,80 € par m² × coefficient de surface 1,12 × 45 m² = 594,72 € par mois, soit 7 137 € par an ; en zone A : 14,64 € × 1,12 × 45 m² = 737,86 € par mois.

Zone B1, T2 de 45 m², voie i)TMI 30 %TMI 41 %
Loyer plafond annuel7 137 €7 137 €
Revenu net avant amortissement (charges de 25 %)5 352 €5 352 €
Amortissement annuel7 000 €7 000 €
Résultat foncier après amortissement−1 648 €−1 648 €
Impôt sans amortissement : revenu net × (TMI + 17,2 %)2 526 €3 115 €
Impôt avec amortissement (déficit imputé sur le revenu global)−494 €−675 €
Économie annuelle3 021 €3 791 €

L'économie vient des 7 000 € déduits, taxés autrement à la TMI majorée de 17,2 %, diminués de ce que le déficit ne fait pas économiser en prélèvements sociaux (1 648 € × 17,2 %). Elle suppose que le déficit soit imputable sur le revenu global, ce que le texte de loi ne prévoit pas expressément (section suivante). Sur ces hypothèses, le flux annuel net d'impôt est de 5 847 € avec l'amortissement à 30 % de tranche, contre 2 995 € pour la même acquisition louée nue au même loyer, en micro-foncier. Les chiffres en zone A (loyer de 8 854 € par an) sont voisins : 3 242 € d'économie à 30 % et 4 012 € à 41 %.

Le déficit : ce que dit la loi et ce que disent les documents officiels

Le texte de l'article 31 ne parle pas de déficit, et l'article 47 de la loi de finances n'a pas modifié l'article 156, I, 3° du CGI pour l'amortissement. Selon l'étude d'impact du projet de loi de relance du logement (25 juin 2026), l'avis n° 819 du Sénat, la page du ministère et service-public.gouv.fr (24 février 2026), le dispositif permet d'imputer sur l'ensemble des revenus du foyer le surplus d'amortissement qui rend le résultat foncier négatif, dans la limite de 10 700 € par an (21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique payés jusqu'au 31 décembre 2027). Ce sont des positions officielles, non des commentaires opposables : aucun BOFiP ne les a reprises. La part du déficit issue des intérêts d'emprunt n'est jamais imputable sur le revenu global et se reporte sur les revenus fonciers des dix années suivantes (article 156, I, 3°).

Deux points ne sont pas commentés. D'une part, si le propriétaire cesse de louer, le revenu global des trois années précédentes est reconstitué (article 156, I, 3°) : nous ne savons pas si cette règle s'applique aux déficits créés par l'amortissement ; si elle s'appliquait, l'exemple ci-dessus perdrait de 1 483 € (30 %) à 2 026 € (41 %) d'économie à la revente. D'autre part, le texte ne prévoit aucun report d'un amortissement excédant le plafond de 8 000 € ni d'un amortissement non utilisé.

L'amortissement n'entre pas dans le plafonnement global des avantages fiscaux de 10 000 € : l'article 200-0 A ne retient, pour les amortissements, que ceux des h) et l) du 1° du I de l'article 31 et de l'article 31 bis, et non les i) et j). Seul joue son plafond propre de 8 000 € (voir le plafonnement des niches fiscales et le déficit foncier).

Les plafonds de loyer et de ressources 2026

Pour la location intermédiaire, le dispositif emprunte les plafonds de l'ancien dispositif Pinel (article 2 terdecies D de l'annexe III au CGI ; BOFiP BOI-BAREME-000017 du 10 mars 2026). Pour le social et le très social, il renvoie à ceux de Loc'Avantages, fixés par commune selon un arrêté du 6 janvier 2026. Ni le BOFiP ni l'annexe ne citent les paragraphes i) et j) : le rattachement résulte des seuls renvois du texte de l'article 31.

Loyer maximal, location intermédiaire, baux de 2026A bisA (hors A bis)B1B2 et C
Par m² et par mois, charges non comprises19,71 €14,64 €11,80 €10,26 €

Le loyer plafond mensuel est égal à ce montant multiplié par un coefficient de surface, 0,7 + 19 / S (S : surface habitable, avec la moitié des annexes dans la limite de 8 m²), arrondi à deux décimales et plafonné à 1,2 : 1,20 pour 30 m², 1,12 pour 45 m², 1,02 pour 60 m², 0,94 pour 80 m². Un T2 de 45 m² peut donc être loué au plus 993 € par mois en zone A bis, 738 € en zone A, 595 € en zone B1 et 517 € en zones B2 et C.

Ressources maximales du locataire, location intermédiaire (revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année)A bisA (hors A bis)B1B2 et C
Personne seule44 344 €44 344 €36 144 €32 530 €
Couple66 276 €66 276 €48 268 €43 439 €
Personne seule ou couple avec une personne à charge86 878 €79 666 €58 043 €52 239 €

En location sociale et très sociale, le loyer maximal communal est l'estimation du loyer de marché diminuée de 30 % (social) ou 45 % (très social), avec le même coefficient de surface, et les plafonds de ressources sont plus bas : pour une personne seule en zone B1, 26 460 € en social et 14 553 € en très social. La nécessité d'un conventionnement pour bénéficier des taux majorés n'est pas tranchée par le texte, qui renvoie à des dispositions liées à Loc'Avantages. Un loyer de marché supérieur au plafond réduit l'avantage ; pour la Cour des comptes, les plafonds de loyer du Pinel correspondent parfois aux loyers du secteur privé.

À la revente : la réintégration des amortissements

À la revente, le prix d'acquisition est diminué du montant des amortissements déduits au titre des i) et j) (article 150 VB, III du CGI) : la plus-value fiscale augmente d'autant. S'appliquent ensuite les abattements pour durée de détention de l'article 150 VC (6 % par an d'impôt au-delà de la cinquième année, exonération à 22 ans ; 1,65 % par an de prélèvements sociaux, exonération à 30 ans) et, au-delà de 50 000 € de plus-value imposable, la surtaxe de l'article 1609 nonies G. Les exceptions du texte (résidences étudiantes ou seniors, établissements médico-sociaux, soins de longue durée) visent des résidences gérées et paraissent étrangères à une location nue en résidence principale. C'est le même mécanisme que pour le LMNP depuis le 15 février 2025 (réintégration des amortissements du LMNP).

Revente à 250 000 € (prix d'achat), frais d'acquisition au forfait de 7,5 %Jeanbrun, après 9 ansJeanbrun, après 15 ansNue sans amortissement
Amortissements déduits63 000 €105 000 €0 €
Prix d'acquisition retenu205 750 €163 750 €268 750 €
Plus-value brute44 250 €86 250 €0 € (perte non imputable)
Abattements : impôt / prélèvements sociaux24 % / 6,6 %60 % / 16,5 %sans objet
Impôt de plus-value (19 % + 17,2 %)13 498 €18 942 €0 €

La réintégration absorbe environ 30,5 % des amortissements après neuf ans (63 000 € amortis, 19 218 € d'impôt avant limite de la plus-value) et 22 % après quinze ans. Elle taxe aussi un gain qui n'existe pas en valeur : si le bien est revendu 225 000 €, soit 10 % sous le prix d'achat, le propriétaire paie encore 5 872 € d'impôt après neuf ans, sur une plus-value fiscale de 19 250 €. Le forfait de 15 % pour travaux après cinq ans de détention n'est pas modélisé, faute de source sur son application à un logement acquis neuf. Pour le calcul complet de la plus-value d'un bien locatif, voir notre article sur la vente d'un bien locatif.

Le bilan sur neuf ans : ce qui fait basculer le résultat

Le tableau compare, sur neuf ans et revente à 250 000 €, le cumul net d'impôt de l'acquisition en Jeanbrun (loyer au plafond) avec celui de la même acquisition louée nue en micro-foncier, dont le loyer de marché est égal au plafond, supérieur de 10 % ou supérieur de 20 %. Un chiffre positif signifie que le Jeanbrun rapporte davantage.

T2 de 45 m² à 250 000 €Loyer de marché égal au plafondLoyer de marché + 10 %Loyer de marché + 20 %Surcroît de loyer qui annule l'avantage
Zone B1, TMI 30 %12 171 €9 476 €6 781 €+45 %
Zone B1, TMI 41 %18 748 €16 548 €14 347 €+85 %
Zone A, TMI 30 %13 801 €10 457 €7 113 €+41 %
Zone A, TMI 41 %20 293 €17 562 €14 832 €+91 %

Sur ces hypothèses, l'avantage est positif à 30 % et 41 % de tranche, de l'ordre de 5 % à 8 % du prix d'achat. À 11 % de tranche, il tombe à 812 € en zone B1 et 2 588 € en zone A, et disparaît dès qu'un loyer de marché dépasse le plafond d'environ 2 % ou 6 % ; à 0 % de tranche, il est négatif (−5 765 € en zone B1) : l'amortissement ne fait économiser ni impôt sur le revenu ni, sur la part qui crée le déficit, prélèvements sociaux, alors que la réintégration reste due. L'avantage dépend aussi du prix de revente : plus le bien prend de la valeur, plus la réintégration pèse ; en zone B1 à 30 %, il passe de 12 171 € pour une revente à 250 000 € à 5 768 € pour une revente à 275 000 €. Le rendement annuel net d'impôt, hors emprunt et frais de notaire, ressort à environ 1,8 % avec l'amortissement et 1,2 % sans, en zone B1 à 30 % de tranche.

Ce que ces calculs ne modélisent pas : l'emprunt (les intérêts réduisent la base que l'amortissement peut faire économiser, et leur déficit n'est jamais imputable sur le revenu global), la vacance et les impayés, l'indexation, les frais de notaire (2 à 3 % dans le neuf), la perte du micro-foncier pour le reste du foyer et la remise en cause en cas de manquement. Ils ne tiennent pas non plus compte d'un éventuel écart de prix entre un logement neuf et un logement comparable ancien : nous n'avons trouvé aucune source chiffrant cette prime, qui, perdue à la revente, entame d'autant l'avantage. Les loyers de marché et les prix de revente sont des hypothèses, non des données.

Engagements, manquements et vente avant neuf ans

Le manquement à un engagement (durée, plafonds de loyer ou de ressources, occupation, conservation des titres pour une société) majore le revenu net foncier de l'année du montant des amortissements déduits ; le texte prévoit un système de quotient : la fraction correspondante est divisée par le nombre d'années d'amortissement, ajoutée au revenu global, et l'impôt est égal à la cotisation supplémentaire multipliée par ce nombre d'années. Aucune majoration n'est appliquée en cas d'invalidité (deuxième ou troisième catégorie), de licenciement ou de décès du contribuable ou de l'un des époux. Le texte ne cite pas la vente comme fait générateur : l'analogie avec l'ancien amortissement « Robien », dont le BOFiP considère la vente pendant l'engagement comme une rupture, conduit à y voir un manquement, c'est une hypothèse. Il est muet sur la poursuite de l'amortissement après neuf ans, sur le maintien des plafonds de loyer au-delà, et sur l'application de la majoration aux prélèvements sociaux.

Jeanbrun, LMNP au réel, location nue classique : les différences

CritèreNue « Jeanbrun » (i et j)LMNP au réelNue classique
AmortissementForfaitaire : 80 % du prix, 2,4 % à 4,4 % du prix par an, plafonné à 8 000 € (10 000 € ou 12 000 €)Par composants, sans plafond de montant ; déductible dans la limite du résultat, excédent reportable sans limite de duréeAucun
Déficit imputable sur le revenu globalPosition officielle : jusqu'à 10 700 € (hors intérêts)Non : le déficit ne s'impute que sur des BIC de même nature10 700 € hors intérêts (21 400 € en rénovation énergétique)
ContraintesNeuf ans, résidence principale, loyers et ressources plafonnés, pas de proches, option irrévocablePas de plafond de loyer ; location meubléeAucune
MicroMicro-foncier exclu pour tout le foyerMicro-BIC possibleMicro-foncier (30 %, jusqu'à 15 000 €)
ReventeAmortissements réintégrés (article 150 VB, III)Réintégration pour les cessions depuis le 15 février 2025Pas de réintégration
Prélèvements sociaux17,2 %18,6 % (notre lecture des textes)17,2 %
Plafonnement global de 10 000 €Non (article 200-0 A)NonNon

Le LMNP n'impose ni durée ni plafond de loyer, mais il ne permet pas d'imputer un déficit sur le revenu global ; la location nue classique permet, elle, le déficit foncier sur des travaux. Le choix entre ces régimes dépend de la tranche, de l'horizon, du prix payé et du loyer réellement atteignable : voir LMNP ou locatif nu et le coût d'un investissement locatif. Pour le logement locatif intermédiaire acquis en société, dont les plafonds sont voisins, voir le LLI en SCI.

Ce que disent les évaluations des dispositifs précédents

Le dispositif est trop récent pour avoir été évalué : nous n'avons trouvé aucune évaluation de la Cour des comptes, de l'IGF, du CGEDD ou du Conseil des prélèvements obligatoires. L'évaluation du Pinel par la Cour des comptes (septembre 2024) donne des repères sur un dispositif voisin, une réduction d'impôt pour location à loyers plafonnés : un montant cumulé de défiscalisation supérieur à 4 milliards d'euros sur 2014-2021, estimé à 7,3 milliards en 2023, pour un coût annuel de 1,48 milliard d'euros en 2023 ; près de 70 % des investisseurs dans le dernier décile de revenus ; environ 97 % des déclarations portant sur du neuf ; un dispositif jugé peu rentable pour l'investisseur, dont la rentabilité n'apparaît qu'en cas de revente au-dessus du prix d'achat ; 79 % des investisseurs interrogés déclarant qu'ils n'auraient pas investi sans l'avantage. Ces constats portent sur une réduction d'impôt, non sur un amortissement.

Pour le dispositif Jeanbrun lui-même, l'étude d'impact du gouvernement retient un coût « générationnel » d'environ 1 milliard d'euros pour le dispositif voté (2026-2028) dans un scénario de 20 000 logements par an, et d'environ 3 milliards d'euros à 60 000 par an. L'objectif affiché est de 50 000 logements locatifs privés supplémentaires par an dès 2026 selon le ministère, et de 50 000 logements d'ici 2030 selon l'avis du Sénat : les deux sources divergent.

Ce qui peut encore changer

Le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, adopté par le Sénat le 8 juillet 2026 (texte n° 157) et transmis à l'Assemblée nationale (n° 3058), modifie ces paragraphes à son article 4. Pour la voie « neuf », il supprime l'exclusion des parents et alliés jusqu'au deuxième degré (le foyer fiscal reste exclu) et encadre les SCPI : amortissement calculé au niveau de la société, engagement de conservation des parts pendant neuf ans. Pour la voie « ancien », il supprime la condition d'immeuble collectif et remplace la réhabilitation lourde par un critère de performance énergétique (au moins la classe D, ou E si le logement est classé G au départ), sans quotité minimale de travaux ; le texte du gouvernement prévoyait un seuil de 20 % et l'absence de chaudière à combustibles fossiles, que le Sénat a supprimés. Ce texte n'est pas en vigueur : au 20 septembre 2026, son examen en commission à l'Assemblée nationale est inscrit à partir du 21 septembre, sans date de séance publique. La loi de finances pour 2027 peut elle aussi modifier le dispositif.

L'amortissement peut-il créer un déficit imputable sur mon revenu global ?

Selon l'étude d'impact du gouvernement, l'avis du Sénat, le ministère et service-public.gouv.fr, oui, dans la limite de 10 700 € par an hors intérêts d'emprunt. Le texte de l'article 31 ne le dit pas, l'article 156 n'a pas été modifié pour l'amortissement et aucun BOFiP n'a repris cette position. La reconstitution du revenu global des trois années précédentes en cas de cessation de la location n'est pas commentée.

Puis-je rester au micro-foncier pour mes autres locations ?

Non. Le micro-foncier est inapplicable si le contribuable ou un membre de son foyer possède un logement pour lequel l'amortissement est demandé : le régime réel s'applique alors à l'ensemble des revenus fonciers du foyer (article 32 du CGI).

L'amortissement entre-t-il dans le plafonnement des niches fiscales à 10 000 € ?

Non. L'article 200-0 A ne retient, pour les amortissements, que ceux des h) et l) du 1° du I de l'article 31 et de l'article 31 bis. Seul le plafond propre de 8 000 € par an et par foyer joue (10 000 € ou 12 000 € en location sociale ou très sociale).

Sur quel prix calcule-t-on l'amortissement ?

Sur le prix d'acquisition « net de frais », dont 20 % sont écartés comme valeur du foncier. Le texte ne définit pas les frais et nous n'avons trouvé aucun commentaire officiel : l'exclusion des frais de notaire est une hypothèse, la TVA d'une VEFA, non récupérable par un particulier, restant vraisemblablement dans le prix.

Faut-il un DPE particulier ?

Pour la voie « neuf », le texte n'écrit aucune condition de DPE. Pour la voie « ancien », la réhabilitation lourde suppose que les travaux amènent l'immeuble collectif à la classe A ou B (décret n° 2025-913 du 5 septembre 2025), en plus de travaux d'amélioration d'au moins 30 % du prix. Le projet de loi du Sénat retiendrait au moins la classe D, sans quotité de travaux.

Puis-je louer à mon enfant ou à mes parents ?

Non aujourd'hui : le locataire ne peut être ni membre du foyer fiscal, ni parent ou allié jusqu'au deuxième degré inclus. Le Sénat propose de lever l'exclusion pour les parents et alliés, pas pour le foyer fiscal ; ce texte n'est pas en vigueur.

Que se passe-t-il si je vends avant neuf ans, ou après ?

Après l'engagement, les amortissements déduits sont retranchés du prix d'acquisition à la revente (article 150 VB, III). Avant neuf ans, le texte ne cite pas la vente comme fait générateur de la remise en cause ; par analogie avec l'ancien dispositif Robien, elle serait une rupture entraînant la majoration du revenu net foncier de l'année : c'est une hypothèse.

Une SCPI peut-elle en bénéficier ?

Le texte du i) admet les sociétés non soumises à l'IS sans exclure expressément les SCPI, mais leur application concrète est incertaine, et le Sénat a adopté un amendement pour la sécuriser (amortissement au niveau de la société, engagement de conservation des parts). Ce texte n'est pas en vigueur.

Quel loyer maximal pour un 45 m² en 2026 ?

En location intermédiaire, 993 € par mois en zone A bis, 738 € en zone A, 595 € en zone B1 et 517 € en zones B2 et C, charges non comprises (loyer au m² de la zone × coefficient 1,12 × 45 m²). En location sociale et très sociale, les plafonds sont communaux, fixés par arrêté.

Est-ce préférable au LMNP ?

Les deux régimes n'offrent pas les mêmes contraintes ni les mêmes limites : le Jeanbrun impose neuf ans de location nue, des plafonds de loyer et de ressources et un amortissement plafonné à 8 000 € par an, avec, selon les documents officiels, un déficit imputable sur le revenu global ; le LMNP n'a pas de plafond de loyer mais pas de déficit imputable. Le résultat dépend de la tranche, du prix, du loyer atteignable et de l'horizon : le comparatif ci-dessus donne les critères.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil fiscal ou en investissement personnalisé, ni une recommandation d'investir ou de recourir à ce dispositif. Un avantage fiscal ne modifie ni la valeur d'un bien ni le risque locatif. Les exemples chiffrés reposent sur des hypothèses non sourcées (charges de 25 % des loyers, loyers de marché, prix de revente constants ou à plus ou moins 10 %, absence de vacance, d'emprunt et de prime de prix du neuf) et sur une lecture de l'imputation du déficit qui n'est pas celle du texte de loi ; ils ne prédisent aucun résultat. Points non vérifiés ou divergents : l'imputation du déficit sur le revenu global est une position exprimée par des documents officiels non normatifs, sans BOFiP ; le sens de « net de frais » n'est commenté nulle part ; la poursuite de l'amortissement après neuf ans, le maintien des plafonds au-delà, la vente avant neuf ans et l'application de la majoration aux prélèvements sociaux ne sont pas traités par le texte ; le rattachement des paragraphes i) et j) aux plafonds de loyer et de ressources résulte des seuls renvois de l'article 31, l'annexe communale de l'arrêté du 6 janvier 2026 n'a pas été consultée et la nécessité d'un conventionnement en social et très social est incertaine ; le renvoi du j) à l'article 150 U ne correspond plus à la structure de cet article depuis la loi de finances pour 2026 ; l'éligibilité des SCPI est incertaine ; le taux de 18,6 % de prélèvements sociaux sur la location meublée est notre lecture des textes ; les objectifs officiels (50 000 logements par an ou d'ici 2030) et les coûts cités du Pinel divergent selon les documents ; le projet de loi est cité d'après le texte adopté par le Sénat et l'état des dossiers parlementaires au 20 septembre 2026. Sources : Code général des impôts, articles 31, 32, 150 VB, 150 VC, 156, 199 novovicies, 199 tricies, 199 undecies C, 200-0 A, 257, 1609 nonies G ; annexe III au CGI, articles 2 terdecies D et H et 41 duovicies-0 H bis ; Code de la sécurité sociale, articles L136-7 et L136-8 ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 47 ; décret n° 2025-913 du 5 septembre 2025 ; décision du Conseil constitutionnel n° 2026-901 DC du 19 février 2026 (article 47 non examiné) ; BOFiP BOI-BAREME-000017 (10 mars 2026) et BOI-RFPI-BASE-30-20 (16 septembre 2025) ; étude d'impact et avis du Conseil d'État n° 410923 sur le projet de loi n° 801 ; Sénat, avis n° 819 (2025-2026), texte adopté n° 157 du 8 juillet 2026 et dossier législatif ; Assemblée nationale, dossier du projet de loi n° 3058 ; service-public.gouv.fr, actualité du 24 février 2026 ; ministères de la Transition écologique et du Logement, page « Relance logement » (28 janvier 2026, mise à jour le 10 juin 2026) ; ADIL 44 et ANIL (20 mars 2026) ; Cour des comptes, « L'aide fiscale à l'investissement locatif Pinel » (5 septembre 2024). Faites le point sur votre situation avec un professionnel dont vous avez vérifié l'immatriculation avant toute décision.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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Un ou deux points de frais de gestion par an, ça a l'air de rien. Sur 20 ans, avec 100 000 € placés, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros.

Sources : Simulateur de frais de placements · Tarifs et transparence

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