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Licenciement, invalidité, faibles revenus : les cas où un rachat d'assurance-vie échappe à l'impôt

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 22 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Deux mécanismes distincts permettent d'éviter, en tout ou partie, l'impôt sur un rachat d'assurance-vie, en dehors des règles habituelles d'ancienneté du contrat et d'abattement annuel. Le premier, l'exonération totale d'impôt sur le revenu prévue par l'article 125-0 A du CGI, s'applique quel que soit l'âge du contrat si le rachat suit un licenciement, une mise à la retraite anticipée, une invalidité de 2e ou 3e catégorie, ou une liquidation judiciaire touchant le souscripteur ou son conjoint ou partenaire de PACS — les prélèvements sociaux restent dus, sauf en cas d'invalidité, seul cas d'exonération totale. Le second, la dispense de prélèvement forfaitaire, ne supprime aucun impôt : il évite seulement d'avancer une somme à l'État pendant un an, pour les foyers dont le revenu fiscal de référence reste sous 25 000 € (personne seule) ou 50 000 € (couple). Les deux démarches sont écrites, à faire au bon moment, et largement sous-utilisées.

Sommaire · 6 sections
  1. 01L'exonération d'impôt sur le revenu : quatre événements, un principe
  2. 02Ce qui reste dû : les prélèvements sociaux, sauf en cas d'invalidité
  3. 03La dispense de prélèvement forfaitaire : un mécanisme différent, pour les revenus modestes
  4. 04Pourquoi ces deux démarches sont si souvent oubliées
  5. 05Exonération et dispense : ce que chaque mécanisme change
  6. 06Ce qu'il faut retenir

Prenons un cas illustratif — personnages fictifs, situation composite inspirée de configurations réelles. Julien perd son emploi à la suite d'un licenciement économique. Il a 12 000 € de plus-value sur une assurance-vie ouverte il y a trois ans, et doit en retirer une partie pour tenir le temps de retrouver une situation. Son réflexe, comme celui de beaucoup, est de supposer que ce retrait récent va être taxé au taux plein des huit premières années — 12,8 % ou son taux marginal d'imposition, plus les prélèvements sociaux. Il ne l'est pas, ou pas totalement : son licenciement lui ouvre un droit à exonération d'impôt sur le revenu que peu de conseillers pensent à mentionner spontanément.

Ce mécanisme et celui, distinct, de la dispense de prélèvement forfaitaire répondent à deux problèmes différents mais sont fréquemment confondus, ou simplement oubliés. Cet article détaille les deux, avec leurs conditions précises et leurs limites.

L'exonération d'impôt sur le revenu : quatre événements, un principe

L'article 125-0 A du code général des impôts exonère d'impôt sur le revenu la totalité des produits d'un rachat d'assurance-vie ou de contrat de capitalisation lorsque ce rachat suit l'un des quatre événements suivants, touchant le souscripteur, son conjoint ou son partenaire de PACS : le licenciement (sous réserve d'une inscription comme demandeur d'emploi) ; la mise à la retraite anticipée ; une invalidité correspondant au classement en 2e ou 3e catégorie au sens de l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale (incapacité d'exercer toute profession, ou nécessité de l'assistance d'une tierce personne) ; et la cessation d'activité non salariée consécutive à un jugement de liquidation judiciaire. Cette exonération s'applique quel que soit l'âge du contrat — y compris sur un contrat de quelques mois, normalement taxé au taux plein — et quelle que soit l'ampleur du rachat, total ou partiel.

Le rachat doit intervenir dans un délai précis par rapport à l'événement : au plus tard le 31 décembre de l'année qui suit celle de sa survenance. Un licenciement notifié en mars 2026 ouvre donc droit à l'exonération pour tout rachat effectué jusqu'au 31 décembre 2027 ; passé ce délai, le rachat retombe dans le régime fiscal ordinaire du contrat.

Ce qui reste dû : les prélèvements sociaux, sauf en cas d'invalidité

Ce mécanisme exonère l'impôt sur le revenu, pas systématiquement les prélèvements sociaux (17,2 %), qui suivent une logique distincte. Pour un licenciement, une mise à la retraite anticipée ou une liquidation judiciaire, les prélèvements sociaux restent dus sur la part d'intérêts du rachat, malgré l'exonération fiscale. L'invalidité de 2e ou 3e catégorie fait exception : selon plusieurs sources spécialisées convergentes, elle ouvre droit à une exonération totale, fiscale et sociale, ce qui en fait le seul des quatre cas où le rachat échappe intégralement à toute ponction sur la part d'intérêts. Ce point mérite d'être vérifié directement auprès de l'assureur teneur du contrat au moment d'un rachat, les circulaires administratives sur ce sujet précis n'ayant pas pu être consultées dans leur texte intégral pour cet article.

Un exemple chiffré illustre l'écart. Sur un contrat de 100 000 €, dont 50 000 € de plus-value, un rachat de 90 000 € (soit 45 000 € de part d'intérêts) consécutif à un licenciement échappe intégralement à l'impôt sur le revenu sur ces 45 000 €. Les prélèvements sociaux, eux, restent dus : 45 000 € × 17,2 % = 7 740 €. Le même rachat consécutif à une invalidité de 2e catégorie échapperait, selon les mêmes sources, à la totalité de cette ponction sociale en plus de la fiscale.

La dispense de prélèvement forfaitaire : un mécanisme différent, pour les revenus modestes

Depuis la réforme de 2017, tout rachat portant sur des primes versées après le 27 septembre 2017 subit, au moment même du retrait, un prélèvement forfaitaire par l'assureur — 12,8 % avant huit ans, 7,5 % au-delà, plus les prélèvements sociaux — quel que soit le niveau réel d'imposition du foyer. Ce prélèvement n'est qu'une avance : l'année suivante, au moment de la déclaration de revenus, le contribuable choisit l'option la plus favorable (prélèvement forfaitaire ou barème progressif avec abattement de 4 600 € ou 9 200 €), et l'État régularise, en remboursant le trop-perçu si le prélèvement forfaitaire s'avère avoir été plus élevé que ce qui était réellement dû. Pour un foyer non imposable ou faiblement imposé, cela revient à consentir une avance de trésorerie à l'État pendant près d'un an, pour se faire rembourser ensuite ce qui n'aurait jamais dû être prélevé.

L'article 125-0 A du CGI permet d'éviter cette avance : un foyer dont le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année (l'année N-2 par rapport au rachat) est inférieur à 25 000 € pour une personne seule, divorcée ou veuve, ou à 50 000 € pour un couple soumis à imposition commune, peut demander à être dispensé du prélèvement forfaitaire au moment même du rachat, sur simple attestation sur l'honneur jointe à la demande. Cette dispense ne concerne que le prélèvement forfaitaire lié à l'article 125-0 A — donc les seuls rachats d'assurance-vie et de contrats de capitalisation sur les primes versées après le 27 septembre 2017 — et ne dispense en rien des prélèvements sociaux, retenus dans tous les cas au moment du rachat. Elle ne dispense pas non plus de l'impôt définitif s'il s'avère dû après examen de la déclaration de revenus : elle ne change que le moment où l'impôt, s'il y en a, est effectivement payé.

Une règle de calendrier distingue ce mécanisme de la dispense équivalente applicable aux dividendes et intérêts de comptes-titres, qui doit en général être demandée avant le 30 novembre de l'année précédant le versement : pour un rachat d'assurance-vie, la demande de dispense peut être formulée au plus tard au moment de l'encaissement du rachat lui-même, ce qui la rend praticable même pour un retrait décidé dans l'urgence.

Pourquoi ces deux démarches sont si souvent oubliées

Ni l'exonération pour événement exceptionnel ni la dispense de prélèvement forfaitaire ne sont appliquées automatiquement par l'assureur : les deux supposent une démarche écrite et documentée, à l'initiative du souscripteur, jointe à la demande de rachat. Sans cette démarche, l'assureur applique le régime fiscal par défaut — prélèvement forfaitaire systématique, sans tenir compte d'un licenciement ou d'un faible revenu fiscal de référence — quitte à ce que le trop-perçu soit régularisé l'année suivante par l'administration fiscale, jamais par l'assureur lui-même. Le point commun de ces deux mécanismes est donc moins leur complexité que leur invisibilité : rien, dans le parcours de rachat standard d'un contrat, ne les signale spontanément à l'épargnant qui ne les connaît pas déjà.

Exonération et dispense : ce que chaque mécanisme change

Exonération pour événement (art. 125-0 A)Dispense de prélèvement forfaitaire
Ce qu'elle changeSupprime l'impôt sur le revenu dû sur le rachatÉvite l'avance de trésorerie ; l'impôt réellement dû reste à payer
Condition d'accèsLicenciement, retraite anticipée, invalidité 2e/3e catégorie ou liquidation judiciaire, du souscripteur ou de son conjoint/partenaire de PACSRevenu fiscal de référence N-2 sous 25 000 € (seul) ou 50 000 € (couple)
Prélèvements sociauxRestent dus, sauf en cas d'invalidité (exonération totale)Restent dus dans tous les cas
Âge du contratSans importanceUniquement les primes versées après le 27 septembre 2017
Délai pour agirRachat au plus tard le 31 décembre de l'année suivant l'événementAttestation jointe à la demande de rachat, au plus tard à l'encaissement

Ce qu'il faut retenir

  • —Un licenciement, une mise à la retraite anticipée, une invalidité de 2e ou 3e catégorie ou une liquidation judiciaire (du souscripteur ou de son conjoint/partenaire de PACS) exonèrent d'impôt sur le revenu un rachat d'assurance-vie, quel que soit l'âge du contrat, si le rachat intervient avant le 31 décembre de l'année suivant l'événement.
  • —Les prélèvements sociaux restent dus dans ces cas, sauf en cas d'invalidité, seule situation d'exonération totale (fiscale et sociale).
  • —La dispense de prélèvement forfaitaire, mécanisme distinct, ne supprime aucun impôt : elle évite d'avancer à l'État, pendant près d'un an, une somme qui sera de toute façon remboursée si le foyer a un revenu fiscal de référence sous 25 000 € (seul) ou 50 000 € (couple).
  • —Aucun de ces deux mécanismes n'est automatique : les deux exigent une démarche écrite jointe à la demande de rachat, sans quoi l'assureur applique le régime par défaut.

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L'exonération pour licenciement s'applique-t-elle si je démissionne ?

Non : le texte vise le licenciement au sens strict, avec inscription comme demandeur d'emploi, pas une démission volontaire. Une rupture conventionnelle est en général assimilée à un licenciement pour l'ouverture de ce droit, mais ce point doit être confirmé auprès de l'assureur au moment du rachat.

Puis-je cumuler l'exonération pour licenciement et la dispense de prélèvement forfaitaire ?

Les deux mécanismes ne s'excluent pas : l'exonération supprime l'impôt sur le revenu lié à l'événement, la dispense évite le prélèvement forfaitaire à la source. Si vous remplissez les deux conditions, il est cohérent de demander les deux en même temps.

Le seuil de revenu fiscal de référence pour la dispense s'apprécie sur quelle année ?

Sur le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année par rapport au rachat (N-2). Un rachat en 2026 se réfère donc au revenu fiscal de référence figurant sur l'avis d'imposition 2025 portant sur les revenus 2024.

Que se passe-t-il si je ne demande pas la dispense alors que j'y avais droit ?

Rien n'est perdu définitivement : le prélèvement forfaitaire opéré à tort est régularisé et remboursé l'année suivante, au moment de la déclaration de revenus. Seul l'avantage de trésorerie — ne pas avancer la somme — est perdu si la démarche n'est pas faite au moment du rachat.

L'exonération pour invalidité concerne-t-elle aussi l'invalidité de 1re catégorie ?

Non, le texte vise expressément les 2e et 3e catégories au sens de l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale, correspondant à une incapacité totale d'exercer une activité professionnelle. La 1re catégorie (capacité de travail réduite d'au moins deux tiers, mais activité professionnelle possible) n'ouvre pas ce droit.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé : l'éligibilité à l'exonération ou à la dispense décrites ici dépend de la situation exacte du foyer et doit être vérifiée avec l'assureur teneur du contrat et, en cas de doute, avec l'administration fiscale ou un professionnel du droit fiscal. Le cas de Julien en ouverture d'article est un cas composite et fictif, construit pour illustrer un mécanisme réel, pas le récit d'une personne identifiée. Ce que nous n'avons pas pu vérifier avec une certitude suffisante au moment de la rédaction : le texte administratif précis confirmant l'exonération totale, fiscale et sociale, en cas d'invalidité (plusieurs sources spécialisées convergent sur ce point sans que nous ayons pu consulter la doctrine administrative correspondante dans son texte intégral) ; l'articulation exacte de l'exonération avec une éventuelle rupture conventionnelle, à confirmer au cas par cas ; le formulaire ou modèle exact d'attestation à joindre à la demande de rachat pour la dispense de prélèvement forfaitaire, qui peut varier d'un assureur à l'autre. Sources : article 125-0 A du code général des impôts ; article L. 341-4 du code de la sécurité sociale (catégories d'invalidité) ; documentation BOFiP sur le prélèvement forfaitaire applicable aux produits de bons ou contrats de capitalisation et d'assurance-vie (BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20 et suivants) ; nos articles sur l'option entre PFU et barème progressif, sur les vieux contrats d'assurance-vie et sur l'indemnité de licenciement. Tout investissement comporte un risque de perte en capital ; avant toute décision de rachat, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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