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Crowdfunding immobilier : pourquoi ce n'est pas de l'investissement immobilier

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 22 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Le crowdfunding immobilier n'est pas un placement immobilier : c'est un prêt obligataire à court terme (souvent 12 à 36 mois) à une société de projet, généralement remboursé après la banque en cas de difficulté. Le rendement affiché tourne autour de 11 % en 2025, mais le baromètre de référence du secteur recense 25 à 30 % de projets en retard de plus de six mois et 20 à 25 % en procédure collective — au point que « près d'un projet sur deux présente actuellement des difficultés significatives ». Deux plateformes historiques, Koregraf et WiSEED, ont cessé leur activité en 2025 malgré un agrément AMF en règle. Trois alternatives sont présentées ici — foncières cotées, LMNP en résidence gérée, SCPI — avec leurs propres risques réels, sans en faire une solution miracle.

Sommaire · 8 sections
  1. 01Le crowdfunding immobilier, c'est un prêt à un promoteur, pas un investissement immobilier
  2. 02L'agrément AMF (PSFP) protège la gouvernance de la plateforme, pas votre capital
  3. 03Ce que montrent vraiment les chiffres du secteur en 2025
  4. 04Deux plateformes historiques tombées en 2025
  5. 05Le risque de refinancement : et si tout se passe comme prévu ?
  6. 06Pourquoi ce n'est pas un actif productif
  7. 07Trois alternatives — chacune avec ses propres risques, pas des solutions miracles
  8. 08Ce qu'il faut retenir

J'ai investi dans le crowdfunding immobilier il y a plusieurs années, séduit comme beaucoup par la promesse d'un coupon à deux chiffres, un horizon court de 6 à 36 mois et un lien direct avec la pierre. J'ai arrêté depuis, pour trois raisons précises que je détaille plus loin — pas par principe, mais parce que le mécanisme, une fois compris en détail, ne correspond pas à ce que la plupart des épargnants croient acheter.

Le crowdfunding immobilier, c'est un prêt à un promoteur, pas un investissement immobilier

La structure juridique la plus courante fonctionne ainsi : le projet est porté par une société de projet dédiée, souvent une société civile de construction-vente (SCCV), qui ne peut pas juridiquement émettre d'obligations — seules les sociétés par actions (SAS, SA) le peuvent. Les plateformes interposent donc fréquemment une société holding en SAS, qui collecte l'argent des particuliers sous forme d'obligations simples, puis réinjecte ces fonds dans la SCCV du projet sous forme de compte courant d'associé. Or le compte courant d'associé est structurellement l'un des financements les plus mal placés en cas de procédure collective : il est fréquemment considéré comme un financement de dernier rang, remboursé après les créanciers bancaires, cette subordination étant renforcée quand une clause l'organise explicitement. La dette bancaire senior, elle, bénéficie généralement d'une hypothèque de premier rang sur l'actif. Ce n'est pas une exception ponctuelle : c'est la logique de marché dominante des montages actuels. Notre article sur les club deals obligataires immobiliers détaille le cadre juridique complet de ce type de titre, y compris pour des montages voisins portant sur des hôtels ou des actifs d'exploitation.

L'agrément AMF (PSFP) protège la gouvernance de la plateforme, pas votre capital

Depuis le 10 novembre 2023, seules les plateformes agréées PSFP (prestataire de services de financement participatif) par l'AMF peuvent légalement proposer ce type de placement en France, dans le cadre du règlement européen ECSP transposé par l'ordonnance du 22 décembre 2021. Ce statut impose une fiche d'informations clés par projet, un test de connaissances de l'investisseur, un délai de rétractation de 4 jours pour un investisseur non averti et des exigences de fonds propres pour la plateforme. C'est une vraie protection sur la transparence et la gouvernance de l'intermédiaire. Ce n'est en revanche aucune garantie sur le risque de crédit du projet lui-même : Koregraf, l'un des pionniers du secteur, était agréée PSFP par l'AMF depuis le 14 novembre 2023 et a pourtant cessé son activité le 7 avril 2025, laissant environ 160 millions d'euros de capital en cours sur 198 projets non soldés. L'AMF elle-même écrit, dans sa mise en garde du 20 juin 2025, que le paiement des intérêts et le remboursement du capital « ne sont jamais garantis ».

Ce que montrent vraiment les chiffres du secteur en 2025

Le baromètre annuel du crowdfunding, publié par France FinTech avec Forvis Mazars (12 mars 2026 pour l'exercice 2025), donne un rendement brut moyen affiché de 11,0 % en 2025 sur 845 millions d'euros collectés et 1 004 projets immobiliers. Mais le même baromètre recense 8 à 10 % de projets en retard de moins de six mois, 25 à 30 % en retard de plus de six mois, et 20 à 25 % en procédure collective — au point que ses auteurs écrivent qu'« un projet sur deux présente actuellement des difficultés significatives ». Un point méthodologique à ne pas négliger : un retard ou une procédure collective ne signifie pas une perte définitive de capital — un projet en difficulté peut encore rembourser en tout ou partie, parfois avec plusieurs années de retard. Mais le même baromètre, qui chiffrait les pertes définitives à 4-6 % en 2024, a cessé de publier ce chiffre en 2025 : une opacité croissante sur le risque réel, à nos yeux plus inquiétante qu'un chiffre défavorable qui aurait au moins le mérite d'exister.

Deux plateformes historiques tombées en 2025

PlateformeCe qui s'est passéDateAmpleur
KoregrafPionnier du secteur (créée en 2014, rachetée par le groupe Inter Invest en 2024), agréée PSFP par l'AMF. Cessation d'activité, agrément retiré par l'AMF, liquidation prononcée par le tribunal de commerce de Bordeaux le 20 mai 2025.Avril-mai 2025Environ 160 M€ de capital en cours sur 198 projets non soldés ; une association de plus de 1 000 investisseurs lésés s'est constituée
WiSEEDL'un des tout premiers acteurs du financement participatif en France (créé en 2008). Redressement judiciaire accéléré, reprise de l'activité validée au profit d'une filiale du groupe Advenis ; la société WiSEED elle-même est mise en liquidation.Octobre-décembre 2025Communauté revendiquée de 33 000 investisseurs, dont l'issue pour les actionnaires historiques dépend de la clôture de la liquidation
WeShareBondsPlateforme adossée à La Banque Postale : mise en sommeil de l'activité commerciale (arrêt des nouveaux projets), prélèvement de 2 % sur les encours pour financer le recouvrement des projets en cours.Décembre 2024Mise en sommeil, pas une liquidation formelle à ce stade — distinction importante avec Koregraf

Ces trois cas ne disent rien sur le taux de défaut moyen d'un projet individuel : ce sont des difficultés au niveau de la plateforme elle-même, pas nécessairement de chaque projet qu'elle a financé. Mais ils montrent concrètement ce que l'AMF décrit en théorie : en cas d'arrêt d'une plateforme, l'investisseur peut devoir traiter directement avec le porteur de projet et engager lui-même les démarches de recouvrement, potentiellement à ses frais.

Le risque de refinancement : et si tout se passe comme prévu ?

Même dans le scénario favorable où le capital est remboursé à l'échéance — par exemple après deux ans —, une question reste entière : que faire de cet argent ensuite ? C'est le risque de refinancement, moins commenté que le risque de défaut mais tout aussi réel pour la construction d'un patrimoine sur la durée. Si les prix des actifs que vous souhaitiez acheter ont fortement monté entre-temps, vous ressortez avec le même capital nominal, mais un pouvoir d'achat patrimonial dégradé par rapport à quelqu'un qui serait resté investi en continu sur un actif productif.

Pourquoi ce n'est pas un actif productif

C'est, à mes yeux, la raison la plus importante des trois. La quasi-totalité des projets de crowdfunding immobilier sont des prêts obligataires — un contrat de créance entre plusieurs parties, pas une part de propriété d'un actif qui produit de la valeur dans la durée. Warren Buffett résume souvent l'idée que le meilleur horizon de détention d'un bon actif, c'est pour toujours : un actif productif (une entreprise, une foncière cotée) peut croître avec le temps, réinvestir ses profits, composer ses intérêts et différer sa fiscalité de plus-value tant qu'on ne le vend pas. Un contrat de crowdfunding immobilier, lui, prend fin par construction en quelques mois ou quelques années, avec ou sans succès : ce n'est pas un actif que l'on peut choisir de garder toute sa vie, c'est une créance qui s'éteint.

Trois alternatives — chacune avec ses propres risques, pas des solutions miracles

Remplacer le crowdfunding immobilier par un autre placement ne doit pas se faire par idéalisation de l'alternative : chacune des trois pistes suivantes a son propre profil de risque, documenté et réel, pas seulement des qualités.

Les foncières cotées : un actif productif et liquide, mais volatil

Les foncières cotées (SIIC) sont, à mon sens, l'alternative la plus cohérente avec la logique d'actif productif décrite plus haut : ce sont des actions de sociétés qui possèdent et exploitent un patrimoine immobilier réel, avec obligation légale de reverser au moins 95 % de leurs bénéfices d'exploitation en dividendes. Elles se détiennent en compte-titres, sans frais d'entrée significatifs, avec une liquidité quotidienne. Realty Income, foncière cotée américaine spécialisée dans les baux commerciaux longs, affiche depuis son introduction en bourse en 1994 un rendement total annualisé, dividendes réinvestis, qu'elle situe elle-même entre 13,5 % et 14,6 % selon la méthode de calcul retenue (site investisseurs Realty Income, données 2026) — un exemple réel, mais celui d'une seule société, pas une garantie pour le secteur dans son ensemble : sur longue période, l'indice américain des REIT dans sa globalité a rendu 11,0 % par an depuis 1972, et l'indice européen des foncières cotées seulement 0,7 % par an sur les dix dernières années à fin 2025, avec des creux marqués en 2008 et 2022. Notre analyse complète des séries longues, chiffres et limites incluses, est dans notre article dédié sur la performance des foncières cotées, et la comparaison structurelle avec la SCPI dans foncières cotées, l'alternative liquide à la SCPI. La contrepartie de cette liquidité : une volatilité boursière à assumer en continu, avec une corrélation aux marchés actions plus forte qu'on ne le pense souvent.

Le LMNP en résidence gérée : un bien réel, mais une dépendance à un exploitant unique

Le LMNP en résidence gérée (étudiante, senior, tourisme) offre, lui, la détention directe d'un bien immobilier réel, avec une gestion mutualisée confiée à un exploitant professionnel. C'est un actif tangible, pas un contrat de créance à durée limitée. Mais ce n'est pas non plus sans risque documenté : deux groupes gestionnaires de résidences de services se sont effondrés en 2024, Medicharme (43 établissements, liquidation judiciaire) et Réside Études Seniors (72 résidences, environ 2 500 propriétaires-investisseurs touchés par des baisses de loyer allant jusqu'à 64 % la première année sur certaines résidences). Notre article sur les risques réels du LMNP détaille ces deux cas et la mécanique de dépendance à l'exploitant. Choisir cette voie suppose d'étudier la solidité financière de l'exploitant avant l'achat, pas de la présumer.

La SCPI : diversifiée et gérée professionnellement, mais pas plus liquide qu'on ne le croit

La SCPI mutualise l'investissement sur plusieurs dizaines ou centaines d'immeubles, avec une gestion professionnelle et sans les à-coups d'un bien unique. Mais 2025-2026 a rappelé, à grande échelle, qu'une SCPI à capital variable n'a aucune obligation légale de racheter vos parts : Primopierre (Praemia REIM) a vu son prix d'exécution reculer de plus de 80 % depuis 2022 et sa variabilité de capital suspendue en janvier 2026 ; plusieurs SCPI d'Amundi Immobilier ont perdu 11 à 15 % ; Efimmo 1, chez Sofidy, a reculé de près de 20 % depuis 2023. Le mécanisme complet, avec les cas nommés et les chiffres, est détaillé dans notre article sur le risque de blocage des retraits de SCPI. La SCPI n'est donc pas non plus une solution qui échappe à tout risque de liquidité — elle le gère différemment, pas absent.

CritèreCrowdfunding immobilierFoncière cotéeLMNP résidence géréeSCPI
Nature juridiqueCréance (obligation, souvent subordonnée)Action (propriété d'une société)Propriété directe d'un bienPropriété indirecte via une société civile
DuréeFixe, courte (12 à 36 mois en général)Aucune limite, détenable indéfinimentLongue, amortissement sur plusieurs annéesLongue, recommandée 8 à 10 ans minimum
LiquiditéAucune avant l'échéanceQuotidienne (compte-titres)Marché de la revente, plus étroit en résidence géréeAucune obligation légale de rachat, risque documenté en 2025-2026
Risque principalDéfaut ou retard du promoteur, subordination à la banqueVolatilité boursière, corrélation aux actionsDépendance à un exploitant uniqueAbsence de garantie de rachat, décote à la revente
Rendement affiché 202511,0 % brut (baromètre France FinTech/Forvis Mazars)Variable selon indice et période, pas de chiffre unique honnêteVariable selon l'exploitant et le bailVariable selon la SCPI, taux de distribution publié

Le crowdfunding immobilier est-il totalement à éviter ?

Ce n'est pas ce que dit cet article : c'est un produit de créance à court terme, pas un investissement immobilier au sens propre. Pour qui comprend et accepte cette nature, une petite part d'un patrimoine diversifié peut s'y prêter, à condition de vérifier le rang de la créance, la solidité du promoteur et de ne jamais y consacrer une part significative de son épargne.

Le statut PSFP garantit-il que la plateforme ne fera jamais faillite ?

Non. Il encadre la gouvernance et la transparence de l'intermédiaire (fiche d'informations clés, fonds propres minimaux, gestion des réclamations), mais Koregraf, agréée PSFP, a cessé son activité en 2025 : l'agrément ne porte pas sur le risque de crédit du projet financé.

Un rendement affiché de 11 % signifie-t-il un rendement réel de 11 % ?

Non. C'est un rendement contractuel ou affiché avant tout incident. Le baromètre du secteur recense 25 à 30 % de projets en retard de plus de six mois et 20 à 25 % en procédure collective en 2025 ; le rendement réellement perçu, une fois les incidents pris en compte, est nécessairement plus bas et n'est plus publié précisément par le baromètre de référence depuis 2025.

Les foncières cotées garantissent-elles un rendement de 13 à 15 % comme Realty Income ?

Non, c'est la performance d'une société précise sur une longue période, pas une garantie sectorielle. L'indice américain des REIT dans son ensemble a rendu 11,0 % par an depuis 1972, et l'indice européen seulement 0,7 % par an sur les dix dernières années à fin 2025.

Le LMNP en résidence gérée est-il plus sûr que le crowdfunding immobilier ?

Il repose sur un bien réel plutôt que sur une créance à durée limitée, ce qui change la nature du risque, mais il n'est pas sans risque : la défaillance d'un exploitant unique peut réduire fortement les loyers pendant plusieurs années, comme documenté sur les dossiers Medicharme et Réside Études Seniors en 2024.

Que faire de l'argent en attendant de choisir une alternative ?

Cela dépend de votre horizon et de votre situation fiscale : un fonds monétaire ou un livret pour du très court terme, une enveloppe plus large (assurance-vie, compte-titres, PEA) pour un horizon plus long. Un bilan patrimonial permet de trancher selon votre situation réelle plutôt que par défaut.

Ce qu'il faut retenir

Le crowdfunding immobilier n'est pas un mauvais produit par nature, mais c'est un produit mal nommé : un prêt à court terme à une société de projet, généralement subordonné à la dette bancaire, pas une part de propriété immobilière. Les chiffres 2025 du secteur et les deux plateformes historiques tombées cette même année confirment que le risque n'est pas théorique. Aucune des trois alternatives présentées ici — foncières cotées, LMNP en résidence gérée, SCPI — n'est exempte de risque : chacune vous rend propriétaire d'un actif réel et durable plutôt que titulaire d'une créance à durée de vie programmée, ce qui change la nature du pari, pas son existence.

Pour arbitrer entre ces options selon votre horizon, votre fiscalité et votre tolérance au risque, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.

Rappel important — Cet article reflète notamment le point de vue et l'expérience personnelle du fondateur du cabinet sur le crowdfunding immobilier, exprimés à titre d'opinion et non comme un conseil en investissement personnalisé au sens de la réglementation AMF. Les chiffres cités sur le crowdfunding immobilier proviennent du baromètre France FinTech / Forvis Mazars 2025 et de communications publiques sur les plateformes nommées ; ceux sur Realty Income proviennent du site investisseurs de la société. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et tout investissement en actions, foncières cotées, LMNP ou SCPI comporte un risque de perte en capital. Les chiffres et taux cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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