SCI à l'IS : comment sortir l'argent de la société, et combien reste-t-il vraiment ?
Dans une SCI à l'IS, la trésorerie n'est pas l'argent des associés : c'est celui de la société, et il n'en sort que par quelques portes. Le dividende, limité au bénéfice des comptes : sur 10 000 € de bénéfice, il reste environ 5 800 € en poche après l'IS à 15 % puis le prélèvement forfaitaire de 31,4 %, soit environ 42 % de prélèvements. Le remboursement de compte courant d'associé, sans impôt, mais seulement pour ce que vous avez réellement avancé. La vente de l'immeuble ou la dissolution, où la facture est la plus lourde. Une holding sous le régime mère-fille allège l'impôt au passage, elle ne supprime pas la taxation quand l'argent arrive dans votre poche.
Sommaire · 10 sections
- 01Combien reste-t-il de 10 000 € de bénéfice d'une SCI à l'IS une fois dans votre poche ?
- 02Pourquoi la trésorerie d'une SCI à l'IS n'est-elle pas l'argent de ses associés ?
- 03Le compte courant d'associé permet-il de sortir de l'argent sans impôt ?
- 04Une holding permet-elle d'éviter la flat tax sur les dividendes d'une SCI ?
- 05Salaire de gérant, rachat de parts, monument historique : que valent les autres pistes ?
- 06Quelle voie de sortie pour quel besoin ? Le tableau comparatif
- 07Revendre l'immeuble d'une SCI à l'IS coûte-t-il vraiment plus cher que celui d'un particulier ?
- 08Dans quel ordre sortir de l'argent d'une SCI à l'IS pour en vivre ?
- 09Questions fréquentes
- 10Ce qu'il faut retenir
Un couple d'une quarantaine d'années, imposé à 30 %, détient déjà une colocation par l'intermédiaire d'une SCI à l'IS. L'un des deux, investisseur averti, voulait au départ « garder l'argent dans la SCI pour gérer les aléas du bien », tout en visant à terme une rente. Nous avons posé le calcul : 10 000 € de bénéfice, 15 % d'impôt sur les sociétés, puis le prélèvement forfaitaire sur le dividende. Il reste environ 5 800 €, soit à peu près 42 % de prélèvements. Et une phrase a changé la discussion : les 8 500 € qui restent après l'IS ne sont pas l'argent des associés, c'est la trésorerie de la société. La réaction a été immédiate : « Comment on fait pour sortir du cash autrement qu'en dividende, en échappant en partie à la flat tax ? J'avais entendu parler de montages avec des holdings. »
La situation est présentée de façon anonymisée et simplifiée, avec des montants arrondis. Cet article reprend ces questions une à une, teste les réponses que l'on entend le plus souvent (compte courant, holding, rachat de parts, monument historique) et chiffre la sortie par la vente de l'immeuble.
Combien reste-t-il de 10 000 € de bénéfice d'une SCI à l'IS une fois dans votre poche ?
Deux impôts se succèdent. D'abord celui de la société : taux normal de 25 %, ou taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice par période de douze mois, si le chiffre d'affaires n'excède pas 10 millions d'euros et si le capital, entièrement libéré, est détenu en continu à 75 % au moins par des personnes physiques (article 219, I, b du CGI ; fiche service-public.gouv.fr sur l'impôt sur les sociétés, vérifiée le 17 février 2026). Ensuite celui de l'associé sur le dividende : par défaut le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), ou, sur option globale, le barème avec un abattement de 40 % et 6,8 points de CSG déductibles, détaillé dans notre article sur le choix entre PFU et barème.
Hypothèses fournies à titre illustratif, qui ne constituent ni une garantie ni une recommandation. Nous reprenons le chiffre présenté à ce couple : un bénéfice comptable de 10 000 € après amortissement, les conditions du taux de 15 % remplies, un dividende distribué en totalité dans l'année à des associés résidents fiscaux de France. Pas à pas : 10 000 € moins 1 500 € d'IS laissent 8 500 € ; le PFU en prélève 2 669 € ; il reste 5 831 €, soit 4 169 € prélevés au total, environ 42 %.
| Régime appliqué au dividende de 8 500 € | Impôt et prélèvements sociaux sur le dividende | Reste en poche | Prélevé sur les 10 000 € de départ (IS compris) |
|---|---|---|---|
| PFU (par défaut) | 2 669 € | 5 831 € | 41,7 % |
| Barème, tranche à 0 % | 1 581 € | 6 919 € | 30,8 % |
| Barème, tranche à 11 % | 2 078 € | 6 422 € | 35,8 % |
| Barème, tranche à 30 % | 2 938 € | 5 562 € | 44,4 % |
| Barème, tranche à 41 % | 3 435 € | 5 065 € | 49,4 % |
| Barème, tranche à 45 % | 3 616 € | 4 884 € | 51,2 % |
Lecture : le barème ne l'emporte que si la tranche marginale est basse (0 % ou 11 %). À 30 %, comme ce couple, le PFU laisse environ 270 € de plus. Le tableau suppose que le dividende reste dans la même tranche et ignore la décote. Les très grosses distributions ponctuelles peuvent en outre entrer dans l'assiette des contributions sur les hauts revenus (CEHR et CDHR).
Pourquoi la trésorerie d'une SCI à l'IS n'est-elle pas l'argent de ses associés ?
Le compte bancaire de la société appartient à la société. Un associé n'a de droit sur un euro de résultat qu'à partir du moment où les associés décident de le distribuer. Dans une société commerciale, l'article L. 232-11 du Code de commerce définit le bénéfice distribuable : le bénéfice de l'exercice, diminué des pertes antérieures et des sommes à mettre en réserve, augmenté du report bénéficiaire, et l'article L. 232-12 qualifie de « dividende fictif » tout dividende versé en violation de ces règles. Une SCI est une société civile que ces articles ne visent pas directement ; en pratique, ses statuts et son expert-comptable appliquent la même discipline (on ne distribue que sur des comptes approuvés), ce qu'il faut faire confirmer pour votre société. Côté fiscal, sont des revenus distribués les bénéfices non mis en réserve et les sommes mises à la disposition des associés sans avoir été prélevées sur les bénéfices (article 109 du CGI), et un remboursement d'apports n'échappe à l'impôt que si tous les bénéfices et réserves, hors réserve légale, ont d'abord été distribués (article 112, 1° du CGI). Prélever plus que le bénéfice ne crée donc pas un remboursement : l'excédent est imposé comme un dividende.
L'écart entre bénéfice et trésorerie joue dans les deux sens. L'amortissement est une charge sans décaissement : il réduit le bénéfice, pas la caisse. À l'inverse, le capital d'un emprunt remboursé n'est pas une charge : il réduit la caisse, pas le bénéfice. Hypothèses fournies à titre illustratif, qui ne constituent ni une garantie ni une recommandation : une colocation de 450 000 € dont 20 % de terrain, donc 360 000 € de bâti amorti à 2,5 % par an, soit 9 000 € (la proportion et le rythme de notre article sur le choix entre IR et IS) ; 32 000 € de loyers ; 7 000 € de charges ; IS à 15 %. Première colonne : une SCI encore endettée (9 000 € d'intérêts et 12 000 € de capital remboursé dans l'année, un ordre de grandeur pour un prêt de plusieurs centaines de milliers d'euros sur vingt ans). Seconde colonne : la même SCI une fois le prêt soldé.
| Poste (par an) | SCI encore endettée | Prêt soldé |
|---|---|---|
| Loyers moins charges | 25 000 € | 25 000 € |
| Intérêts d'emprunt | − 9 000 € | 0 € |
| Amortissement (sans décaissement) | − 9 000 € | − 9 000 € |
| Résultat avant IS | 7 000 € | 16 000 € |
| IS à 15 % | − 1 050 € | − 2 400 € |
| Bénéfice net distribuable (hors pertes à reporter) | 5 950 € | 13 600 € |
| Capital d'emprunt remboursé | − 12 000 € | 0 € |
| Trésorerie libre de l'année | 2 950 € | 22 600 € |
| Dividende maximum possible | 2 950 € (limité par la caisse) | 13 600 € (limité par le bénéfice) |
| Net en poche après PFU de 31,4 % | environ 2 020 € | environ 9 330 € |
| Trésorerie qui reste dans la société | 0 € | 9 000 € |
Lecture : dans la première colonne, la société « gagne » 5 950 € sur le papier mais n'a que 2 950 € de libres, le reste a remboursé la banque. Dans la seconde, 22 600 € sont en caisse, mais seuls 13 600 € sont distribuables : les 9 000 € d'amortissement ne peuvent pas devenir un dividende. Ils restent à la société, pour des travaux, un nouvel achat ou le remboursement d'un compte courant. Des pertes à reporter, issues des premières années par exemple, s'imputeraient d'abord. La rente d'une SCI à l'IS ne se calcule donc pas sur la trésorerie : ici, environ 9 300 € par an en poche une fois le prêt soldé, soit quelque 780 € par mois.
Le compte courant d'associé permet-il de sortir de l'argent sans impôt ?
Oui, avec une limite que le mot fait oublier : c'est le remboursement d'une avance, pas la distribution d'un gain. Ce client avait entendu que c'est « juste récupérer ce que vous avez avancé, comme un remboursement de dette », et c'est exact : un associé qui avance 20 000 € à sa SCI pour des travaux, puis les récupère des années plus tard, ne reçoit pas un revenu. L'article 124, 4° du CGI range parmi les revenus les intérêts des comptes courants, pas le capital qui revient à l'associé ; la lecture constante est que le remboursement du capital n'est pas un revenu. Convention écrite, IFI, donation de parts : tout figure dans notre article sur le compte courant d'associé d'une SCI.
Encore faut-il avoir réellement avancé quelque chose. Un compte courant naît d'un versement : l'apport au démarrage, le financement de travaux, un prix de cession laissé dû lors d'une vente à sa propre société (une opération à part, avec ses propres risques), ou un dividende voté puis laissé en compte, déjà imposé au titre de l'année de son inscription au crédit du compte (article 158, 3 du CGI). Dans une SCI à l'IS financée par ses associés, la trésorerie d'amortissement peut ainsi leur revenir sans impôt, année après année, par remboursement partiel du compte courant ; dans une SCI financée par la banque, elle sert d'abord à rembourser le prêt.
On entend pourtant, y compris de la part de professionnels, que le compte courant pourrait aussi être de « l'argent créé par l'activité de la société et non prélevé ». Les textes disent autre chose. Un bénéfice non distribué reste dans les capitaux propres, en réserve ou en report à nouveau ; il ne devient une créance de l'associé qu'à partir d'un dividende voté et inscrit à son compte, et c'est à cette inscription qu'il est imposé. Une somme mise à la disposition de l'associé sans avoir été prélevée sur les bénéfices est un revenu distribué (article 109), et une avance consentie à un associé est présumée l'être aussi, sauf preuve d'un prêt réel (article 111, a du CGI) : ne jamais laisser un compte courant devenir débiteur sans convention de prêt.
Le compte courant peut enfin porter intérêts. Pour une SCI à l'IS, ils sont déductibles jusqu'à un taux plafond publié par le BOFiP, si le capital est entièrement libéré : 4,33 % pour les exercices de douze mois clos du 30 juin au 29 septembre 2026, 4,55 % pour un exercice clos le 31 décembre 2025 (article 39, 1, 3° du CGI ; BOFiP BOI-BIC-CHG-50-50-30, versions du 28 janvier et du 5 août 2026). Chez l'associé, ils sont imposés, au PFU de 31,4 % par défaut : un revenu de plus, pas une économie d'impôt.
Une holding permet-elle d'éviter la flat tax sur les dividendes d'une SCI ?
C'est la piste que ce client avait en tête, et la réponse qu'il a entendue tient en une phrase : on est imposé sur 5 % de ce que l'on remonte, « mais ensuite il faut le sortir de la holding ». C'est exact. Le régime mère-fille exclut du résultat d'une société soumise à l'IS les dividendes d'une filiale, hors une quote-part de frais et charges de 5 % (article 216 du CGI, qui renvoie à l'article 145), si elle détient au moins 5 % du capital et conserve les titres deux ans. Une SCI à l'IS peut être la filiale : le BOFiP précise que la forme de la société émettrice est sans incidence, seules étant exclues les sociétés de personnes soumises à l'impôt sur le revenu, et que le régime est optionnel et annuel (BOI-IS-BASE-10-10-10-10, version du 26 juin 2024).
Hypothèses fournies à titre illustratif, qui ne constituent ni une garantie ni une recommandation. Les 8 500 € après IS sont remontés à une holding détenue par le couple : la quote-part de 5 %, soit 425 €, est imposée à 15 % si les conditions du taux réduit sont remplies (environ 64 €), à 25 % sinon (environ 106 €). La holding garde environ 8 400 €, contre 5 831 € en poche avec le PFU : environ 2 600 € de trésorerie de plus à réinvestir. Mais c'est celle de la holding. Pour la ramener à titre personnel, la holding doit distribuer à son tour : on retrouve le PFU de 31,4 % ou le barème, la même taxation, simplement reportée.
La holding sert donc un projet de réinvestissement, pas une rente, avec ses coûts (deux comptabilités, conventions à documenter) et la condition d'animation que détaille notre article sur la holding et le régime mère-fille. Le BOFiP rappelle aussi que l'administration peut écarter le régime en cas d'abus : filiale intermédiaire fictive (article L. 64 du Livre des procédures fiscales) ou clause anti-abus générale de l'article 205 A du CGI. « Légalement, en France, c'est très compliqué d'esquiver la flat tax » : c'est la conclusion que nous avons donnée à ce client, et elle se vérifie. Les voies qui allègent changent la nature de la somme (remboursement d'une avance, rémunération d'un travail, plus-value) ; celles qui se contentent de la déplacer ne suppriment rien.
Salaire de gérant, rachat de parts, monument historique : que valent les autres pistes ?
La rémunération du gérant
Une SCI peut rémunérer son gérant si la fonction est réelle, prévue par une décision des associés et d'un montant cohérent avec le travail fourni. Les sommes qui rémunèrent une fonction et sont valablement déduites du résultat ne sont pas des revenus distribués (article 112, 4° du CGI). La société déduit ; le gérant est imposé à l'impôt sur le revenu et supporte des cotisations : un gérant associé rémunéré est, en pratique, le plus souvent rattaché au régime des travailleurs indépendants, dont l'assiette comprend les sommes perçues pour l'exercice des fonctions (article L. 136-3, II, 1° du Code de la sécurité sociale, auquel renvoie l'article L. 131-6). Le même texte (II, 2°) soumet la part des dividendes d'un travailleur indépendant qui dépasse 10 % du capital social et des sommes inscrites en compte courant : son application au gérant d'une SCI à l'IS est à faire confirmer auprès de l'URSSAF avant de bâtir une rente en dividendes. Ce n'est pas une façon d'éviter la flat tax, c'est un autre prélèvement.
Le rachat de parts et la réduction de capital
Rembourser le capital en cours de vie sociale n'est pas libre d'impôt tant que la société garde des réserves (BOI-RPPM-RCM-10-20-30-10, § 150 à 190). Le rachat de ses propres parts par la société, suivi de leur annulation, relève d'un autre régime, celui des plus-values (articles 112, 6° et 150-0 A, II, 6° du CGI), et le Conseil d'État a jugé le 15 octobre 2025 (n° 495120) que le motif du rachat et son financement sur les réserves sont sans incidence. Le gain est la différence entre le prix de rachat et le prix d'acquisition des titres rachetés (article 150-0 D, 8 ter) : pour des parts souscrites au capital minimal d'une SCI, presque tout le prix est un gain, taxé au PFU comme un dividende. Trois précautions : le prix est celui des parts, immeuble compris, pas celui de la seule caisse ; une société civile doit pouvoir racheter ses propres parts, ce que ses statuts et un juriste doivent confirmer ; et le comité de l'abus de droit fiscal, dans un avis rendu en 2025 (affaire n° 2024-36), n'a pas retenu l'abus pour une opération unique, tout en indiquant que la répétition peut y conduire.
Le monument historique
Dernière idée entendue : sortir au barème, puis « gommer l'impôt avec un monument historique ». Ce régime existe : l'article 156 du CGI prévoit, dans des conditions fixées par décret, la déduction des charges foncières des immeubles classés ou inscrits, et ne cantonne pas leurs déficits aux revenus fonciers. Mais c'est un autre investissement, avec ses conditions, ses travaux et ses risques. Il ne fait pas disparaître l'IS déjà payé par la SCI ni la taxation du dividende : il réduit, au mieux, l'impôt sur le revenu du foyer. Ce n'est pas une technique de sortie.
Quelle voie de sortie pour quel besoin ? Le tableau comparatif
| Voie de sortie | Imposition de la société | Imposition de l'associé | Conditions | Pièges |
|---|---|---|---|---|
| Dividende | IS sur le bénéfice (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà) | PFU de 31,4 %, ou barème avec abattement de 40 % | Bénéfice distribuable, comptes approuvés, décision des associés | Prélever au-delà du bénéfice : revenu distribué quand même |
| Remboursement de compte courant | Aucune | Aucun impôt sur le capital remboursé | Avance réelle et documentée, trésorerie disponible | Compte débiteur présumé revenu distribué |
| Intérêts de compte courant | Déductibles jusqu'au plafond (4,33 % pour les exercices clos du 30 juin au 29 septembre 2026) | Imposés, PFU de 31,4 % par défaut | Convention écrite, capital entièrement libéré | Déduction limitée au-delà du plafond |
| Rémunération du gérant | Charge déductible si la fonction est réelle | Impôt sur le revenu et cotisations sociales | Fonction réelle, décision des associés | Rémunération non justifiée, cotisations à anticiper |
| Rachat de parts suivi d'annulation | Aucune en principe | Plus-value : prix de rachat moins prix d'acquisition, PFU de 31,4 % | Statuts permettant le rachat, prix égal à la valeur des parts | Presque tout est gain si le capital est faible ; répétition : abus de droit |
| Dividendes remontés à une holding (mère-fille) | SCI : IS habituel. Holding : IS sur 5 % du dividende | Aucune tant que la holding garde l'argent, PFU ou barème dès qu'elle distribue | Holding à l'IS, au moins 5 % du capital, conservation de deux ans | Report et non suppression, coûts, clause anti-abus |
| Vente de l'immeuble puis boni de liquidation | IS sur la plus-value (prix moins valeur nette comptable), sans abattement de durée | Boni imposé comme revenu distribué | Vente, remboursement des dettes et du compte courant, dissolution | Double imposition, amortissements réintégrés |
| Cession des parts de la SCI | Aucune, l'impôt latent reste dans la société | Plus-value sur titres (PFU) ; droit de 5 % (société à prépondérance immobilière) | Acquéreur, prix des parts | L'impôt latent se négocie, il ne disparaît pas |
Revendre l'immeuble d'une SCI à l'IS coûte-t-il vraiment plus cher que celui d'un particulier ?
Ce client avait entendu qu'à l'IS, il n'y a « pas d'abattement pour durée de détention : gardée 5 ans ou 30 ans, la fiscalité est la même ». C'est exact, avec une précision qui aggrave la chose : la plus-value se calcule sur la valeur comptable de l'immeuble, son prix d'acquisition diminué des amortissements déduits (l'actif net s'entend après amortissements, article 38, 2 du CGI), et elle est taxée au taux normal, le régime des plus-values à long terme ne s'appliquant plus aux immeubles (article 219, I, a quater). À prix de vente inchangé, la plus-value grossit donc chaque année de l'amortissement. À la liquidation, le boni, ce qui reste après remboursement des apports, est ensuite imposé comme un revenu distribué (BOI-RPPM-RCM-10-20-40, § 10). Chez un particulier ou dans une SCI à l'IR, la plus-value bénéficie d'un abattement de 6 % par an au-delà de la cinquième année et de 4 % la vingt-deuxième pour l'impôt sur le revenu, soit une exonération après 22 ans (article 150 VC du CGI), et d'abattements de 1,65 %, puis 1,60 %, puis 9 % par an pour les prélèvements sociaux, soit une exonération après 30 ans (article L. 136-7 du Code de la sécurité sociale). L'impôt est de 19 % (article 200 B), les prélèvements sociaux de 17,2 %, avec une taxe additionnelle au-delà de 50 000 € de plus-value imposable (article 1609 nonies G).
Hypothèses fournies à titre illustratif, qui ne constituent ni une garantie ni une projection. Le même immeuble de 450 000 €, frais d'acquisition inclus et sans majoration forfaitaire pour travaux, ce qui défavorise le régime des particuliers (l'article 150 VB admet 7,5 % de frais et 15 % de travaux après cinq ans à défaut de justificatifs). Il est financé par les associés, amorti de 9 000 € par an, et vendu 600 000 € après 15 ans ou 750 000 € après 25 ans, soit environ 2 % de hausse par an, une hypothèse modérée. À l'IS, la trésorerie d'amortissement a servi à rembourser le compte courant sans impôt, la plus-value constitue l'essentiel du bénéfice de l'année de vente (15 % sur les 42 500 premiers euros, 25 % au-delà) et le solde est distribué à la liquidation au PFU de 31,4 %.
| Vente après | Particulier ou SCI à l'IR | SCI à l'IS : IS de la société seul | SCI à l'IS : avec flat tax sur la distribution |
|---|---|---|---|
| 15 ans, à 600 000 € | environ 34 100 € (plus-value de 150 000 € : IR 11 400 €, prélèvements sociaux 21 500 €, taxe 1 200 €) | environ 67 000 € (plus-value de 285 000 €, dont 135 000 € d'amortissements réintégrés) | environ 135 500 € |
| 25 ans, à 750 000 € | environ 23 200 € (plus-value de 300 000 € : IR nul, prélèvements sociaux sur 45 % de la plus-value) | environ 127 000 € (plus-value de 525 000 €, dont 225 000 € d'amortissements réintégrés) | environ 252 000 € |
Cette comparaison ne porte que sur la sortie : pendant la détention, l'amortissement a fait payer moins d'impôt annuel à l'IS qu'à l'IR, ce que mesure notre article sur le choix entre SCI à l'IR et à l'IS, et le mécanisme de l'amortissement qui revient à la sortie est détaillé dans le cas de la fin d'amortissement et de la SCI qui amortit deux fois. Mais pour un bien gardé plus de vingt ans, le régime des particuliers offre une sortie que l'IS ne rattrape jamais : c'est la préférence que ce couple affichait pour un bien de long terme. Si la trésorerie est réinvestie dans la société plutôt que distribuée, la seconde couche d'impôt est différée. Vendre les parts plutôt que l'immeuble évite l'IS de la société mais déclenche un droit de 5 % pour une société à prépondérance immobilière (article 726 du CGI) et une plus-value sur titres, tandis que l'impôt latent reste dans la société : l'acquéreur le supportera à son tour, et c'est le plus souvent un point de négociation du prix. Racheter l'actif par sa propre holding, un OBO, est une autre voie, avec ses risques d'abus de droit : notre article sur l'owner buy-out.
Dans quel ordre sortir de l'argent d'une SCI à l'IS pour en vivre ?
- 1.Vérifier deux chiffres sur les comptes approuvés : le bénéfice distribuable et la trésorerie libre après remboursement du capital d'emprunt.
- 2.Identifier ce qui est remboursable sans impôt : le solde réel du compte courant, documenté par une convention et des justificatifs.
- 3.Calibrer le dividende dans la limite du bénéfice, en comparant PFU et barème selon la tranche (à 30 %, 31,4 % contre 34,6 % du dividende).
- 4.Si un travail réel est fourni, étudier une rémunération de gérant, avec ses cotisations.
- 5.Réserver holding, rachat de parts et vente à des projets précis (réinvestir, restructurer, transmettre), jamais à la seule recherche d'une économie d'impôt : chaque voie se chiffre avec un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.
Questions fréquentes
Peut-on se verser chaque mois les loyers d'une SCI à l'IS ?
Pas directement : les loyers appartiennent à la société. Un revenu régulier se construit avec des dividendes votés sur un bénéfice, le remboursement d'un compte courant réel et, si un travail est fourni, une rémunération de gérant.
Si je laisse mon dividende en compte courant, est-ce que j'échappe à la flat tax ?
Non. Le dividende est imposé au titre de l'année de son paiement ou de son inscription au crédit d'un compte (article 158, 3 du CGI). Le laisser en compte crée une créance remboursable ensuite sans impôt sur le capital, mais l'impôt sur le dividende a déjà été dû.
Peut-on prélever de l'argent dans la SCI et régulariser plus tard ?
C'est risqué. Une avance consentie à un associé est présumée être un revenu distribué, sauf preuve d'un prêt réel (article 111, a du CGI). Un compte courant devenu débiteur sans convention est le piège classique.
Que devient la trésorerie d'amortissement si je ne la sors pas ?
Elle reste à la société : travaux, remboursement de l'emprunt, nouvel achat ou remboursement partiel d'un compte courant. Elle ne peut pas être distribuée en dividende au-delà du bénéfice.
Le taux d'IS de 15 % s'applique-t-il à toutes les SCI à l'IS ?
Non. Il vaut jusqu'à 42 500 € de bénéfice par période de douze mois, avec un chiffre d'affaires d'au plus 10 millions d'euros et un capital entièrement libéré, détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Au-delà, 25 %.
Une holding permet-elle de ne jamais payer la flat tax ?
Non. Elle réduit l'impôt sur le passage de l'argent de la SCI à la holding (quote-part de 5 %), mais dès que la holding verse un dividende à ses associés personnes physiques, le PFU ou le barème s'applique.
Ce qu'il faut retenir
On peut sortir de l'argent d'une SCI à l'IS pour en vivre, par des voies qui ont chacune leur nature et leur coût : le dividende, dans la limite du bénéfice (environ 5 800 € en poche pour 10 000 € de bénéfice, soit environ 42 % de prélèvements), le remboursement sans impôt de ce que l'on a réellement avancé, une rémunération si un travail est fourni. La holding mère-fille, le rachat de parts ou le monument historique ne suppriment pas la taxation : ils la déplacent, la reportent ou la remplacent par un autre prélèvement.
L'erreur coûte cher dans les deux sens. Prélever de l'argent hors de ces voies fait requalifier la somme en revenu distribué, et bâtir une rente sur la trésorerie plutôt que sur le bénéfice distribuable fait découvrir, des années plus tard, que le cash n'est pas là. À la sortie, pour un bien gardé vingt-cinq ans, notre exemple montre une facture, flat tax comprise, de l'ordre de dix fois celle d'un particulier.
Pour la voie la plus concrète, lisez notre article sur le compte courant d'associé d'une SCI. Chez Le Rempart Financier, nous chiffrons ces sorties avec vous (dividende, compte courant, rémunération, holding, vente) avant que la trésorerie ne s'accumule : réalisez votre bilan patrimonial en ligne ou prenez rendez-vous.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent ni un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal, comptable ou juridique personnalisé : le régime applicable dépend des statuts de la SCI, de son régime fiscal, de ses comptes approuvés et de la situation de chaque associé. Les exemples chiffrés reposent sur les hypothèses indiquées, ignorent les autres revenus du foyer, la décote, les contributions sur les hauts revenus et les frais de la société, et utilisent les taux connus au 5 octobre 2026. Trois points sont à faire confirmer avant toute décision : l'application à une SCI civile des règles de distribution du Code de commerce, le rattachement social du gérant d'une SCI à l'IS (et donc l'assiette de cotisations sur les dividendes), et la faculté pour une société civile de racheter ses propres parts. Sources : Code général des impôts, articles 38, 39 (1, 3°), 109, 111, 112, 124, 145, 150-0 A, 150-0 D, 150 VB, 150 VC, 154 quinquies, 156, 158, 200 A, 200 B, 205 A, 216, 219, 726 et 1609 nonies G ; Code de commerce, articles L. 232-11 et L. 232-12 ; Code de la sécurité sociale, articles L. 131-6, L. 136-3 et L. 136-7 ; Livre des procédures fiscales, article L. 64 ; BOFiP BOI-IS-BASE-10-10-10-10 (version du 26 juin 2024), BOI-BIC-CHG-50-50-30 (versions du 28 janvier et du 5 août 2026), BOI-RPPM-RCM-10-20-30-10 et BOI-RPPM-RCM-10-20-40 (versions du 20 décembre 2019) ; Conseil d'État, 15 octobre 2025, n° 495120 ; comité de l'abus de droit fiscal, avis n° 2024-36 (2025) ; service-public.gouv.fr, fiche « Impôt sur les sociétés » (vérifiée le 17 février 2026). Le Rempart Financier est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine, rémunéré notamment par rétrocessions sur les opérations qu'il accompagne. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Un ou deux points de frais de gestion par an, ça a l'air de rien. Sur 20 ans, avec 100 000 € placés, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros.
Sources : Simulateur de frais de placements · Tarifs et transparence