Le Rempart FinancierLe Rempart Financier
← Apprendre·Épargne & placements
PROBLÈMES

SCPI en liquidation : combien récupère-t-on vraiment ? Le cas GMA Essentialis

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 27 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Le 24 septembre 2026, les 969 associés de la SCPI GMA Essentialis ont voté sa dissolution — alors que ses 14 actifs commerciaux affichaient un taux d'occupation de 99,83 %, loués à des enseignes solides comme Carrefour, REWE et Edeka. Ce n'est pas la qualité du patrimoine qui a coulé cette SCPI : c'est l'absence de collecte, dans un véhicule à capital variable structurellement poussé à acheter quand tout va bien et à s'arrêter net dès que la confiance se retourne. Les associés doivent désormais s'attendre à récupérer sensiblement moins que les 167,37 € de valeur de réalisation du 31 juillet 2026 (déjà 18,75 % sous le prix de souscription de 206 €) : ce chiffre affiché ne retranche ni les frais de sortie restants (3,6 % TTC du prix de vente), ni les impôts latents qui peuvent frapper certains immeubles même en cas de perte globale, ni les aléas d'une vente forcée — une fois, en plus, les créanciers réglés en priorité.

Sommaire · 9 sections
  1. 01Qu'est-ce qui s'est passé chez GMA Essentialis ?
  2. 02Pourquoi une SCPI avec de bons actifs et une équipe compétente peut quand même couler ?
  3. 03Dans quel ordre les associés sont-ils remboursés lors d'une liquidation de SCPI ?
  4. 04Combien vont réellement récupérer les 969 associés de GMA Essentialis ?
  5. 05Pourquoi les frais démultiplient la perte lors d'une liquidation forcée
  6. 06Que deviennent les impôts « différés » de votre SCPI au moment de la liquidation ?
  7. 07Une SCPI ancienne et bien collectée peut-elle connaître le même sort ?
  8. 08Comment repérer les signaux avant qu'il ne soit trop tard ?
  9. 09Ce qu'il faut retenir

« J'ai choisi une SCPI avec de bons actifs, une équipe sérieuse, un taux d'occupation proche de 100 % — je ne devrais pas avoir de mauvaise surprise. » C'est exactement le raisonnement qu'a pu tenir n'importe quel associé de GMA Essentialis en 2021 ou 2024, et c'est exactement ce qui vient d'être démenti. Le 24 septembre 2026, l'assemblée générale extraordinaire de cette SCPI a voté sa dissolution anticipée, désigné sa société de gestion Greenman Arth comme liquidateur, et acté le principe d'une répartition du produit net de liquidation entre les 969 associés — une fois les dettes réglées. Ce cas, largement commenté depuis par la presse patrimoniale et plusieurs cabinets d'avocats spécialisés, mérite un article à part entière : il illustre, de façon concrète et chiffrée, une fragilité structurelle que nous répétons depuis plusieurs années dans nos contenus, y compris en vidéo — la qualité d'un patrimoine immobilier ne protège pas un associé du risque propre à l'enveloppe SCPI à capital variable. Ce risque, nous l'avions déjà documenté sous l'angle du blocage des retraits chez plusieurs grandes SCPI en 2025-2026 ; GMA Essentialis en montre l'aboutissement le plus radical, la dissolution pure et simple.

Qu'est-ce qui s'est passé chez GMA Essentialis ?

GMA Essentialis est une SCPI à capital variable lancée en 2021 par Greenman Arth (filiale du groupe allemand Greenman), positionnée sur une thématique de niche : l'immobilier commercial du commerce alimentaire, en France et en Allemagne. Au 31 juillet 2026, elle détenait 14 actifs commerciaux totalisant 43 711 m², loués notamment à Carrefour en France et à REWE et Edeka en Allemagne, avec un taux d'occupation de 99,83 % — un niveau que beaucoup de SCPI généralistes lui envieraient. Le patrimoine lui-même n'est donc pas la cause de la dissolution : à 44,55 millions d'euros de capitalisation après cinq ans d'existence, GMA Essentialis restait une très petite SCPI, loin des centaines de millions d'euros généralement nécessaires pour absorber une année de collecte nulle. Le point de bascule a été purement un problème de liquidité : 74 680 parts, soit environ 34 % du total, étaient en attente de retrait faute de nouveaux souscripteurs pour les racheter. La distribution du dividende a d'ailleurs été suspendue dès le 1ᵉʳ mai 2026, avant même le vote de dissolution.

DateÉlémentChiffre
2021Lancement de la SCPI—
Depuis le 14 juillet 2024Prix de souscription206 €/part
2022 → 2025Taux de distribution annuel5,52 % / 3,01 % / 4,00 % / 4,00 %
1ᵉʳ mai 2026Distribution du dividendeSuspendue
31 juillet 2026Valeur de réalisation167,37 €/part (-18,75 % vs prix de souscription)
31 juillet 2026Actifs immobiliers (14 biens)58,08 M€
31 juillet 2026Dette25,2 M€ (43 % des actifs)
31 juillet 2026Parts en attente de retrait74 680 (≈34 % du total)
24 septembre 2026AGE : vote de la dissolutionGreenman Arth désigné liquidateur
30 avril 2027 (estimation)Fin prévisionnelle des cessions d'actifs—
T2-T3 2027 (estimation)Premières distributions aux associés—

Ces chiffres sont ceux qui ressortent des documents de gestion et de l'analyse juridique publiée à ce sujet — voir notamment l'analyse de Maître Reda Kohen et celle de MeilleureSCPI.com. Le Monde a également consacré un article à ce dossier, avec une comparaison de la capitalisation des SCPI lancées en 2021 qui situe GMA Essentialis loin derrière ses concurrentes de la même génération — l'article complet est ici (réservé aux abonnés).

Pourquoi une SCPI avec de bons actifs et une équipe compétente peut quand même couler ?

C'est le point central, et il tient à la mécanique même d'une SCPI à capital variable, pas à une faute de gestion. Une telle SCPI n'a aucune obligation légale de racheter les parts de ses associés sur ses fonds propres : elle ne les rembourse que si un nouveau souscripteur verse une somme équivalente au même moment. Tant que la collecte est active, ce mécanisme est invisible. Dès qu'elle se tarit — ce qui arrive plus vite pour une petite SCPI de niche que pour un généraliste bien distribué — les demandes de retrait s'accumulent dans un registre sans date de péremption, et rien dans la loi n'oblige la société de gestion à sortir du cash pour les honorer. Nous détaillons ce mécanisme, avec le seuil légal de l'article L.214-93 du code monétaire et financier qui déclenche l'intervention de l'AMF, dans notre article sur le blocage des retraits en SCPI. GMA Essentialis n'a même pas basculé vers la solution intermédiaire — la suspension de la variabilité du capital avec passage en marché secondaire — qu'ont choisie Primopierre ou Efimmo 1 : sa taille trop réduite et son endettement (43 % des actifs) ont rendu cette option moins praticable qu'une dissolution nette, actée en une seule assemblée.

Un endettement de 43 % amplifie mécaniquement tout choc de valorisation ou de liquidité : moins l'actif net est protégé par des fonds propres, plus une baisse de la valeur des immeubles ou une remontée du coût du crédit pèse sur la part des associés. À l'inverse, une collecte abondante peut elle-même diluer le rendement des porteurs déjà en place — un risque symétrique que nous détaillons dans notre article sur l'effet dilutif d'une collecte trop rapide. Entre les deux, il n'y a pas de zone de confort automatique : chaque SCPI doit être jugée sur sa collecte nette réelle, pas sur la seule qualité de son patrimoine.

Il y a une mécanique plus fondamentale encore, que nous développons régulièrement dans nos contenus : une SCPI à capital variable est structurellement poussée à investir quand la collecte est forte — donc souvent quand les prix de marché sont hauts — et à ralentir, voire à s'arrêter complètement d'acheter, quand la collecte se tarit — souvent quand les prix sont plus bas. Ce n'est pas une question de compétence de l'équipe de gestion : c'est la conséquence mécanique d'un véhicule dont le rythme d'investissement suit les flux d'épargnants plutôt que les opportunités de marché. Et parce que cette collecte dépend directement de la confiance des épargnants, une SCPI porte un risque qu'une foncière cotée — pourtant une société avec des salariés et des créanciers, donc a priori plus exposée à une faillite au sens strict — ne porte pas de la même façon : une crise de confiance, même sans cause dans la qualité des actifs eux-mêmes, peut s'auto-réaliser. GMA Essentialis en est un exemple direct : rien dans son patrimoine n'a changé le jour où l'assemblée a voté la dissolution — c'est la collecte, tarie depuis des mois, qui a rendu la situation intenable.

Dans quel ordre les associés sont-ils remboursés lors d'une liquidation de SCPI ?

C'est le point que la plupart des épargnants découvrent seulement le jour où leur SCPI se dissout, alors qu'il figure noir sur blanc dans le droit commun des sociétés civiles. L'article 1844-9 du code civil, qui s'applique à toute SCPI en tant que société civile, fixe un ordre de priorité strict :

  1. 1.Les créanciers privilégiés ou garantis sont payés en premier — dans le cas de GMA Essentialis, la banque qui porte les 25,2 millions d'euros de dette a, en pratique, une priorité de fait sur le produit de la vente des actifs qu'elle finance.
  2. 2.Les créanciers chirographaires (ordinaires) se partagent ensuite ce qui reste, au prorata de leurs créances — chez GMA Essentialis, deux sommes sont d'ores et déjà en discussion : 694 561 € de commissions liées à un projet nommé « Jumbo », remboursables sous condition avant le 31 décembre 2026, et un dépôt séquestré contesté de 1,133 million d'euros dont l'issue reste incertaine.
  3. 3.Le capital social est ensuite remboursé aux associés.
  4. 4.Le boni de liquidation, s'il en reste un, est réparti entre les associés au prorata de leurs parts. En pratique, sur ce dossier, c'est plutôt un mali de liquidation qui se dessine : les associés ne récupèrent que ce qui reste après tout le reste, et non l'inverse.

Autrement dit : dans une liquidation de SCPI, l'associé n'est jamais prioritaire. C'est la contrepartie normale d'un statut d'associé (par opposition à un statut de créancier) — mais elle est rarement expliquée avant la souscription, alors qu'elle détermine directement ce qui reste réellement à se partager une fois la dette et les tiers réglés.

Combien vont réellement récupérer les 969 associés de GMA Essentialis ?

Personne ne peut donner de chiffre définitif avant la fin effective des cessions, estimée au 30 avril 2027 — et nous ne prétendons pas le faire ici. Mais le point de départ, lui, est déjà connu : la valeur de réalisation au 31 juillet 2026 s'établissait à 167,37 € par part, contre un prix de souscription de 206 € payé depuis juillet 2024 — soit déjà 18,75 % de moins-value avant même le début de la liquidation. À partir de ce point de départ, plusieurs éléments viennent réduire, et aucun n'a de raison de l'augmenter :

C'est une règle qui vaut pour n'importe quelle SCPI, pas seulement pour celle-ci, et qui mérite d'être gardée en tête à chaque fois qu'un chiffre de valeur de réalisation est affiché : ce chiffre ne retranche ni les frais de sortie qui restent à payer, ni les impôts latents sur les plus-values que le fonds n'a pas encore réalisées. Ce qu'un associé peut réellement espérer mobiliser en cas de liquidation — une fois ces deux postes effectivement retirés — est structurellement inférieur à la valeur de réalisation affichée, liquidation ou non. Nous détaillons plus loin comment cette fiscalité latente s'applique concrètement, immeuble par immeuble.

  • —La commission de cession des actifs, prévue par les statuts à 3,6 % TTC du prix de vente : sur une base de 58,08 millions d'euros d'actifs, cela représente environ 1,74 million d'euros prélevés par la société de gestion au moment des ventes — une charge qui n'existait pas encore dans la valeur de réalisation du 31 juillet 2026.
  • —Le risque de décote sur une vente forcée : quand un vendeur doit céder la totalité de son patrimoine dans un calendrier contraint (avril 2027), il négocie en position de faiblesse face à des acheteurs qui le savent — rien ne garantit que les 14 actifs se vendront au prix de l'expertise de juillet 2026.
  • —Les deux sommes en litige (694 561 € et 1,133 million d'euros) : leur issue reste incertaine et peut réduire encore le montant net disponible pour les associés si elle leur est défavorable.
  • —Le temps immobilisé sans revenu : le dividende est suspendu depuis mai 2026, et les premières distributions ne sont pas attendues avant le deuxième ou le troisième trimestre 2027 — soit un capital bloqué sans rendement pendant plus d'un an supplémentaire.

Sur la base de ces seuls éléments connus à ce jour, les associés doivent donc s'attendre à récupérer sensiblement moins que les 167,37 € déjà actés — sans qu'un chiffre précis puisse être avancé avant la clôture réelle des cessions. C'est cette différence entre « la SCPI a de bons actifs » et « je vais récupérer ma mise » que ce dossier illustre le mieux.

Pourquoi les frais démultiplient la perte lors d'une liquidation forcée

Une SCPI paie une commission à chaque fois qu'elle achète un immeuble, et une autre à chaque fois qu'elle en revend un — chez GMA Essentialis, 3,6 % TTC dans les deux sens, selon ses statuts. Sur la durée de vie normale d'une SCPI (15, 20, 25 ans), ces deux frais sont payés une seule fois chacun et s'amortissent sur des décennies de loyers perçus. Le problème d'une liquidation précoce, comme celle de GMA Essentialis après seulement cinq ans, c'est que la commission d'acquisition a déjà été payée sur l'ensemble du patrimoine sans avoir eu le temps de s'amortir, et que la commission de cession tombe maintenant, d'un coup, sur la totalité du portefeuille vendu en quelques mois plutôt qu'au rythme choisi par la société de gestion. C'est un double prélèvement transactionnel qui frappe une base de temps de détention beaucoup plus courte que prévu — mécaniquement plus coûteux, en proportion, qu'une sortie étalée sur une pleine durée de vie.

Ce risque est encore plus marqué pour la génération de SCPI « sans frais d'entrée » (Remake Live, Iroko Zen et d'autres), que nous détaillons dans notre article sur comment elles se rémunèrent réellement. Leur modèle économique repose entièrement sur l'atteinte d'une taille critique pour amortir des frais de gestion annuels plus élevés (12 à 18 % des loyers, contre 8 à 13 % pour une SCPI classique) : sans frais d'entrée à percevoir immédiatement, la société de gestion parie sur la durée et sur la collecte. GMA Essentialis n'utilisait pas ce modèle précis — elle facturait des frais de souscription classiques, de l'ordre de 10 à 12 % — mais son parcours illustre exactement le scénario que ce pari suppose d'éviter : une jeune SCPI qui n'atteint jamais sa taille critique meurt avant d'avoir amorti quoi que ce soit, quel que soit son modèle de frais.

Il y a une raison structurelle supplémentaire de se méfier de ce modèle « sans frais d'entrée », au-delà du seul niveau des frais de gestion annuels : il ajoute une commission à chaque achat ET à chaque vente d'immeuble, en plus de ces frais de gestion déjà plus élevés. Une structure qui rémunère davantage la société de gestion lorsqu'elle multiplie les transactions crée, de fait, une incitation à l'achat-revente plutôt qu'à la détention longue — potentiellement au détriment de l'appréciation du prix de la part sur la durée, l'objectif normalement recherché par l'associé. Souscrire une SCPI sans frais d'entrée revient alors à parier sur l'une de deux hypothèses : soit sortir au bon moment, avant la majorité des autres associés, soit faire confiance à une équipe de gestion pour battre durablement le marché malgré cette structure de frais plus lourde. Aucune des deux hypothèses ne se vérifie automatiquement — et c'est précisément la première qui s'est retournée contre les associés de GMA Essentialis, restés bloqués dans une SCPI devenue illiquide plutôt que d'avoir pu sortir à temps.

Que deviennent les impôts « différés » de votre SCPI au moment de la liquidation ?

C'est le point le plus contre-intuitif, et le plus souvent oublié. Une SCPI qui relève du régime fiscal de l'article 8 du code général des impôts est dite « translucide » : fiscalement, chaque associé est considéré comme s'il détenait directement sa quote-part des immeubles de la société — c'est ce que confirme le BOFiP sur les personnes imposables aux plus-values immobilières. Concrètement, quand la SCPI vend l'un de ses immeubles avec une plus-value par rapport à son prix d'acquisition d'origine, cette plus-value est imposée — au régime des plus-values immobilières des particuliers, 19 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec abattement progressif pour durée de détention (exonération totale à 22 ans pour l'impôt, 30 ans pour les prélèvements sociaux) — et répartie entre les associés présents au moment de cette vente précise, au prorata de leurs parts.

Le point à retenir : cette fiscalité s'applique immeuble par immeuble, pas sur le résultat global de la SCPI. Un immeuble acheté il y a plusieurs années et revendu aujourd'hui avec une plus-value comptable peut donc générer un impôt réel pour un associé, même si, au même moment, la valeur globale de ses parts affiche une moins-value par rapport à son prix de souscription. Rien ne garantit, à notre connaissance, qu'un mali de liquidation global vienne automatiquement compenser fiscalement une plus-value réalisée sur tel ou tel immeuble vendu en cours de liquidation — un point à vérifier précisément avec un professionnel du chiffre au moment de la déclaration, immeuble par immeuble, plutôt que de présumer une compensation qui n'est pas garantie par principe.

Une SCPI ancienne et bien collectée peut-elle connaître le même sort ?

Moins probablement jusqu'à une dissolution complète, mais le risque de fond — la dépendance de la liquidité à la collecte — n'épargne aucune taille. Nous l'avons documenté avec Primopierre (2,83 milliards d'euros de capitalisation fin 2024), qui a tout de même vu son prix d'exécution reculer de plus de 80 % avant de basculer en marché secondaire, ou avec Edissimmo et Rivoli Avenir Patrimoine chez Amundi Immobilier — voir le détail dans notre article sur le blocage des retraits. Une grande SCPI a plus de réserves, un marché secondaire plus profond, et généralement plus de leviers pour éviter la dissolution pure — la loi impose d'ailleurs, à la création d'une SCPI, une collecte minimale de 15 % du capital statutaire dans les 12 mois (article L.214-116 du code monétaire et financier), ce qui protège contre la perte totale avant tout investissement immobilier, mais ne protège en rien une fois les immeubles achetés et la collecte tarie ensuite — exactement le scénario de GMA Essentialis. La taille ne supprime pas le risque, elle en repousse le seuil de déclenchement.

Comment repérer les signaux avant qu'il ne soit trop tard ?

Notre méthode de sélection part de quatre critères simples : l'ancienneté du fonds, son historique de distribution sur plusieurs années (pas seulement les deux derniers exercices), son taux d'occupation, et la qualité intrinsèque de son patrimoine. GMA Essentialis cochait trois de ces quatre cases — taux d'occupation de 99,83 %, patrimoine de qualité, et un historique de distribution qui restait honorable jusqu'en 2025. C'est la quatrième, l'ancienneté — et la taille critique qui va généralement avec, sauf collecte exceptionnelle —, qui a manqué, et qui explique à elle seule la bascule vers la dissolution plutôt que vers une simple suspension de la variabilité du capital. Ces quatre critères ne suffisent cependant pas seuls face au risque spécifique de liquidité d'un véhicule à capital variable ; il faut les compléter par des indicateurs plus directement chiffrés :

  • —La collecte nette récente : positive et régulière, ou nulle depuis plusieurs trimestres ? Ce chiffre figure dans le rapport annuel et les bulletins trimestriels de toute SCPI.
  • —Le ratio dette / actifs (LTV) : la SCPI est plafonnée à 40 % par l'AMF, mais au-delà de 35-40 %, un choc de valorisation ou de taux se répercute déjà plus durement sur la valeur des parts.
  • —La part des demandes de retrait en attente rapportée à la capitalisation totale : un chiffre publié trimestriellement par l'ASPIM au niveau du marché, et par chaque société de gestion au niveau de sa SCPI.

Une SCPI peut-elle vraiment « faire faillite » ?

Une SCPI ne fait pas faillite au sens d'une procédure collective classique, mais elle peut être dissoute et liquidée si elle ne peut plus organiser durablement les retraits de ses associés — c'est précisément ce qui s'est produit pour GMA Essentialis, votée en dissolution le 24 septembre 2026.

Si les actifs de ma SCPI sont bons et l'équipe de gestion compétente, suis-je protégé ?

Non. La qualité du patrimoine protège le niveau des loyers perçus, pas la liquidité de vos parts. GMA Essentialis affichait un taux d'occupation de 99,83 % et a tout de même dû se dissoudre, faute de collecte suffisante pour honorer les demandes de retrait.

Combien de temps faut-il pour récupérer son argent après une dissolution de SCPI ?

Cela dépend entièrement du rythme de vente des actifs. Pour GMA Essentialis, la fin des cessions est estimée à fin avril 2027 et les premières distributions aux alentours du deuxième ou troisième trimestre 2027 — soit plus d'un an après le vote de dissolution.

Suis-je responsable des dettes de la SCPI au-delà de ma mise initiale ?

La responsabilité d'un associé de SCPI est en principe limitée à la valeur nominale de ses parts, et ne peut être activée qu'après que la société elle-même a été poursuivie en justice sans succès — un scénario peu probable tant que la vente des actifs suffit à couvrir la dette.

Vais-je payer des impôts même si je perds de l'argent sur ma SCPI ?

C'est possible. La fiscalité des plus-values s'applique immeuble par immeuble au moment de chaque vente, pas sur le résultat global de votre investissement — un immeuble revendu avec une plus-value comptable peut générer un impôt réel pour vous, même si la valeur globale de vos parts affiche une perte.

Comment savoir si ma SCPI actuelle est exposée à ce type de risque ?

Vérifiez sa collecte nette récente, son ratio dette/actifs, la part de ses demandes de retrait en attente, et sa capitalisation comparée à des SCPI du même millésime — ces chiffres sont publics dans son rapport annuel et ses bulletins trimestriels.

Détenir des parts de SCPI via une assurance-vie change-t-il quelque chose en cas de dissolution ?

Non sur le fond : l'unité de compte SCPI suit la même valeur de réalisation et la même liquidation que les parts détenues en direct. Certains assureurs ont même restreint l'arbitrage sortant sur ces unités de compte pendant les épisodes de tension récents.

Existe-t-il une garantie de remboursement minimal en cas de dissolution ?

Seule la collecte insuffisante constatée dans les 12 mois suivant le lancement d'une SCPI (avant tout investissement immobilier) garantit un remboursement intégral de la souscription. Une fois les immeubles achetés, comme pour GMA Essentialis, aucune garantie de ce type ne s'applique : les associés ne récupèrent que ce que permet la vente réelle des actifs, après les créanciers.

Faut-il systématiquement préférer les foncières cotées aux SCPI ?

Non, pas systématiquement : les SCPI restent pertinentes pour des objectifs précis, comme la stabilité des revenus ou l'augmentation de la capacité d'endettement, et toutes ne sont pas exposées au risque illustré par GMA Essentialis. Mais à ancienneté et qualité de gestion comparables, une foncière cotée offre une liquidité immédiate et une structure de frais qu'une SCPI à capital variable ne peut pas répliquer — voir notre comparatif détaillé sur les foncières cotées.

Ce qu'il faut retenir

La dissolution de GMA Essentialis n'est pas un accident isolé de gestion : c'est la démonstration, en accéléré et avec des chiffres publics, d'un risque structurel de toute SCPI jeune et à capital variable qui n'atteint pas sa taille critique — un risque qui ne se lit ni dans le taux d'occupation, ni dans la réputation de l'équipe de gestion, ni dans l'indicateur de risque affiché sur le DIC (voir notre article sur ce que le SRI ne mesure pas). Attendre d'être soi-même dans une SCPI en difficulté pour s'en soucier coûte cher : la collecte nette, le ratio d'endettement et la part des demandes de retrait en attente sont des chiffres publics, vérifiables avant de signer — pas après. Pour une alternative structurellement plus liquide, voir notre article sur les foncières cotées ; pour éviter de reproduire ce risque à l'échelle de tout votre patrimoine, voir notre article sur la concentration sur une seule classe d'actifs. Faites le point sur vos SCPI détenues avec notre bilan patrimonial en ligne pour vérifier, ligne par ligne, votre exposition réelle à ce type de risque.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal personnalisé. Les chiffres concernant GMA Essentialis proviennent de documents de gestion, d'analyses juridiques publiées et d'articles de presse spécialisée à la date de rédaction ; ils sont susceptibles d'évoluer, notamment le montant final récupéré par les associés qui dépendra du résultat effectif des cessions d'actifs et du sort des sommes actuellement contestées. Aucun chiffre définitif de recouvrement n'est avancé dans cet article : les éléments cités visent à illustrer les mécanismes en jeu, pas à prédire une issue précise. Le traitement fiscal décrit (plus-values immobilières par immeuble, translucidité de l'article 8 du CGI) est fourni à titre général et doit être vérifié avec un professionnel du chiffre au regard de votre situation personnelle. Tout investissement en SCPI comporte un risque de perte en capital et d'illiquidité ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

Assurance vie : trois dates qui changent tout

Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.

Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès

À lire aussi
PREMIÈRE CONSULTATION OFFERTE

Votre patrimoine mérite une stratégie claire. Prenons 30 minutes pour en poser les bases.

Un entretien en visio, offert et sans engagement, avec un conseiller du cabinet. Vous repartez avec une lecture honnête de vos placements actuels et des leviers à étudier — rien n'est signé en rendez-vous.

⏱ 30 min en visio🔒 ConfidentielAucune souscription requise
Réserver mon entretien offert
Adrian Girard
Sébastien Petrisot
Sylvain Van Dijkhuizen
Vous serez reçu par Adrian, Sébastien ou Sylvain.
Pas encore prêt pour un rendez-vous ?

EXP Capital — Conseil en Gestion de Patrimoine. ORIAS n° 25005915. Les informations publiées sur ce site ont un caractère pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.