La réversion pour les professions libérales : ce qui change vraiment d'une caisse à l'autre
50 % ou 60 % de la pension du conjoint décédé ? À partir de quel âge ? Avec ou sans condition de ressources ? Les règles de réversion divergent fortement selon la caisse — et la plupart des couples les découvrent au pire moment.
La réversion est la part de la retraite du conjoint décédé que le conjoint survivant peut percevoir. C'est un sujet que la plupart des couples n'abordent jamais avant qu'un décès ne les y contraigne — alors que les règles, très différentes d'une caisse à l'autre, ont un effet direct sur le niveau de vie du conjoint survivant, souvent pendant quinze ou vingt ans. Pour un couple de professions libérales, où l'un des deux perçoit parfois une pension bien supérieure à celle du régime général, ces différences se chiffrent en centaines d'euros par mois.
Régime général : la référence, avec plafond de ressources
Le régime général (Cnav) verse une réversion égale à 54 % de la retraite de base du défunt, à partir de 55 ans, sous condition de ressources : 24 710,40 €/an pour une personne seule, 39 536,64 €/an pour un couple (plafonds 2025, révisés chaque année). Le régime complémentaire AGIRC-ARRCO applique un taux de 60 %, sans condition de ressources, mais avec un point de vigilance important : un remariage entraîne la suppression définitive de la pension de réversion complémentaire.
CARMF (médecins) : 54 % en base, avec un plafond de ressources propre à la caisse
La CARMF verse, sur son régime de base, une réversion de 54 % de la pension du médecin décédé, à partir de 60 ans, avec une condition de durée de mariage de 2 ans minimum (supprimée en présence d'un enfant issu de l'union), et sous condition de ressources — des plafonds propres à la caisse (de l'ordre de 25 000 €/an pour une personne seule et 40 000 €/an pour un couple), à ne pas confondre avec ceux du régime général, dont ils sont proches sans être identiques. Le régime complémentaire, lui, applique un taux de 60 % sans aucune condition de ressources — comme l'ASV pour les praticiens conventionnés.
CIPAV (architectes et professions assimilées) : mêmes conditions d'âge que la CARMF
La CIPAV applique un taux de 54 % sur son régime de base, les mêmes conditions d'âge (60 ans) et de durée de mariage (2 ans, sauf enfant issu de l'union) que la CARMF, avec une condition de ressources dont le seuil exact doit être vérifié directement sur lacipav.fr — les sources publiques divergent sur ce point précis, contrairement aux conditions d'âge et de mariage, bien documentées. Autre point à connaître : contrairement au régime de base, un remariage supprime le droit à la réversion CIPAV.
CARPIMKO (infirmiers, kinésithérapeutes…) : deux âges minimums bien distincts
La CARPIMKO se distingue par une architecture à deux vitesses, souvent mal comprise : le régime de base (54 %) est accessible dès 55 ans, sous condition de ressources — comme le régime général. Le régime complémentaire (60 %) et l'ASV (50 %) sont en revanche réservés à un conjoint survivant d'au moins 65 ans (60 ans en cas d'inaptitude), sans condition de ressources sur ces deux volets. La condition de mariage est de 2 ans (supprimée en présence d'enfant) sur l'ensemble des régimes, et un remariage fait perdre le bénéfice du régime complémentaire.
CNBF (avocats) : la seule caisse sans condition d'âge sur la base
La CNBF est la caisse la plus singulière de ce comparatif : sa réversion de base (50 % de la retraite de base) ne comporte aucune condition d'âge, ni condition de ressources — seulement une condition de durée de mariage de 5 ans (supprimée en cas d'enfant issu de l'union). Le régime complémentaire, à 60 %, ajoute une condition d'âge de 50 ans et la même durée de mariage de 5 ans, l'une et l'autre supprimées si un enfant de moins de 21 ans (ou 25 ans en cas d'études) est issu du mariage. En cas de remariage, le conjoint survivant perd ses droits, qui sont alors reversés aux enfants mineurs.
CAVEC (experts-comptables) : un taux qui dépend de la date d'acquisition des points
La CAVEC applique, sur son régime complémentaire, un taux de 60 % pour les points acquis à compter du 1ᵉʳ janvier 2009, mais seulement 50 % pour les points acquis avant cette date — deux experts-comptables ayant cotisé le même nombre d'années peuvent donc transmettre une réversion de niveau différent à leur conjoint, selon la répartition de leur carrière avant et après 2009. La réversion complémentaire est accessible à 60 ans, sous condition de mariage de 2 ans (sauf enfant), au conjoint survivant comme aux conjoints divorcés non remariés, au prorata de la durée de chaque union. Point notable : un adhérent qui a payé une cotisation supplémentaire de 30 % pendant sa carrière peut porter la réversion de son conjoint à 100 % de sa pension.
| Caisse | Taux | Âge minimum | Ressources | Durée mariage |
|---|---|---|---|---|
| Régime général | 54 % base, 60 % complém. | 55 ans (base) | Plafonnées en base, libres en complémentaire | Aucune condition spécifique |
| CARMF (médecins) | 54 % base, 60 % complém./ASV | 60 ans | Plafonnées en base (seuils propres à la caisse), libres ailleurs | 2 ans (sauf enfant) |
| CIPAV (architectes…) | 54 % base | 60 ans | Sous condition, seuil à vérifier sur lacipav.fr | 2 ans (sauf enfant) |
| CARPIMKO (infirmiers, kinés…) | 54 % base, 60 % complém., 50 % ASV | 55 ans (base), 65 ans (complém./ASV) | Plafonnées en base, libres en complémentaire/ASV | 2 ans (sauf enfant) |
| CNBF (avocats) | 50 % base, 60 % complém. | Aucune en base, 50 ans en complém. | Aucune | 5 ans (sauf enfant < 21-25 ans) |
| CAVEC (experts-comptables) | 60 % (post-2009) ou 50 % (pré-2009) en complém. | 60 ans | Libres | 2 ans (sauf enfant) |
Taux et conditions 2025-2026 selon les sources publiques de chaque caisse. Pour les caisses non détaillées ici (CARCDSF, CAVP), les règles suivent une logique proche mais doivent être vérifiées individuellement — ce comparatif ne se substitue pas à un relevé de situation personnel.
Le piège du remariage
Au-delà des tableaux de taux, un point mérite une attention particulière : sur plusieurs régimes complémentaires — l'AGIRC-ARRCO, la CIPAV et la CARPIMKO complémentaire notamment — un remariage entraîne la suppression du droit à réversion, parfois de façon rétroactive. Ce n'est pas une suspension temporaire : le droit disparaît. Ce paramètre, rarement anticipé au moment d'une nouvelle union, mérite d'être vérifié caisse par caisse avant toute décision, en particulier pour un conjoint survivant qui dépend significativement de cette pension.
- —Ne présumez jamais qu'un taux ou une condition d'âge s'applique uniformément à toutes les caisses : les écarts documentés ici sont réels.
- —Si votre conjoint dépend d'une caisse différente de la vôtre, faites le point sur les deux régimes séparément — les règles ne se combinent pas automatiquement.
- —Vérifiez l'effet d'un remariage sur vos droits de réversion avant toute nouvelle union, en particulier sur les régimes complémentaires.
- —N'intégrez la réversion dans votre plan retraite qu'après avoir vérifié le barème exact de votre caisse — les ordres de grandeur de ce comparatif ne remplacent pas un relevé individuel.
Puis-je percevoir la réversion de mon conjoint tout en gardant ma propre pension ?
Oui, la réversion s'ajoute à vos droits propres — ce n'est pas un choix exclusif. Elle est en revanche soumise, sur les régimes de base concernés, à un plafond de ressources qui prend en compte l'ensemble de vos revenus, y compris votre propre pension.
Le concubinage ou le Pacs ouvrent-ils droit à la réversion ?
Non, dans l'immense majorité des régimes de retraite français, seul le mariage ouvre droit à la pension de réversion — le Pacs et le concubinage en sont exclus, quelle que soit la durée de vie commune.
Si je me remarie, est-ce que je perds ma réversion définitivement ?
Cela dépend du régime : sur plusieurs régimes complémentaires (AGIRC-ARRCO, CIPAV, CARPIMKO complémentaire notamment), oui, la perte est significative voire définitive. Sur d'autres régimes, les règles diffèrent. Vérifiez systématiquement caisse par caisse avant toute décision.
Pourquoi la CARPIMKO distingue-t-elle deux âges minimums différents ?
C'est un choix propre au régime : le régime de base suit une logique proche du régime général (55 ans, sous ressources), tandis que le régime complémentaire et l'ASV réservent l'accès à un âge plus tardif (65 ans, ou 60 en cas d'inaptitude) — un point à connaître si votre conjoint dépend de cette caisse.
Ce qu'il faut retenir
Vérifiez le barème de réversion exact de votre caisse (et de celle de votre conjoint si elle diffère) avant d'intégrer ce revenu dans votre plan retraite — les écarts entre caisses sont réels, pas seulement théoriques. Découvrir les conditions d'âge, de ressources ou l'effet d'un remariage après un décès, plutôt qu'en amont, prive le conjoint survivant du temps nécessaire pour ajuster sa situation patrimoniale.
Pour faire le point sur la réversion des deux conjoints dans le cadre d'un plan retraite commun, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil social personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque caisse et de chaque situation individuelle. Les taux et conditions cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés auprès de chaque caisse au moment de votre lecture. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.