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Crédit lombard en société : le montage à deux portefeuilles pour la trésorerie d'entreprise, et ses limites réelles

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 23 septembre 2026·10 min de lecture
L'essentiel

Un chef d'entreprise ou un marchand de biens qui a de la trésorerie disponible, mais un besoin de liquidité à court terme pour son prochain projet, peut nantir un premier portefeuille pour débloquer un crédit lombard et financer un second. Le mécanisme fonctionne et les intérêts sont déductibles quand l'opération est logée dans une société — mais le levier amplifie autant les pertes que les gains, et l'appel de marge n'est pas une clause théorique.

Sommaire · 6 sections
  1. 01Le mécanisme de base, rappelé pour une société
  2. 02Le montage à deux portefeuilles
  3. 03L'appel de marge : le vrai risque, pas une clause théorique
  4. 04Dans une société : la déductibilité des intérêts change le calcul
  5. 05Ce que le crédit lombard ne doit pas devenir
  6. 06Ce qu'il faut retenir

Un marchand de biens vient de solder une opération. Il se retrouve avec plusieurs centaines de milliers d'euros de trésorerie sur le compte de sa société, sans usage immédiat, mais avec un nouveau projet probable dans les prochains mois. Placer cette trésorerie l'intéresse, sauf qu'il ne veut surtout pas se retrouver bloqué le jour où il devra la remobiliser pour signer. C'est exactement le type de situation où le crédit lombard, structuré au niveau d'une société plutôt qu'à titre personnel, change la donne — à condition de comprendre ce qu'il déplace réellement, pas seulement ce qu'il débloque.

Le mécanisme de base, rappelé pour une société

Le principe du crédit lombard est décrit en détail dans notre article sur le crédit lombard et l'avance sur assurance-vie : un établissement dépositaire prend en nantissement un portefeuille de titres — logé dans un contrat de capitalisation ou un compte-titres — et débloque en contrepartie un crédit, sans que le portefeuille nanti soit vendu ni que sa fiscalité soit déclenchée. Le montant débloqué dépend de la LTV (loan-to-value) accordée par le dépositaire, qui varie essentiellement selon le niveau de risque du portefeuille mis en garantie : plus celui-ci est volatil, plus la LTV accordée est faible, pour que le dépositaire conserve une marge de sécurité suffisante avant d'avoir à intervenir.

Rien n'empêche qu'une société — SAS, holding, société civile à l'IS — soit elle-même titulaire du contrat qui sert de support au nantissement, plutôt qu'une personne physique. C'est même dans ce cadre que le montage prend le plus de sens pour une trésorerie d'entreprise qui n'a pas vocation à être distribuée aux associés dans l'immédiat.

Le montage à deux portefeuilles

L'idée consiste à scinder la trésorerie disponible en deux blocs qui n'ont pas la même fonction. Le premier portefeuille, nanti auprès du dépositaire, doit être construit pour rester peu volatil — c'est lui qui détermine la LTV accordée et donc le montant qui pourra être débloqué, et c'est lui qui, en cas de baisse trop marquée, déclenche un appel de marge. Le second portefeuille est financé par le crédit débloqué sur le premier : il peut viser un couple rendement-risque plus offensif, ou simplement rester disponible pour financer le prochain projet de la société sans qu'il soit nécessaire de désinvestir le premier portefeuille et de déclencher sa fiscalité.

Pour donner un ordre de grandeur, à titre d'illustration générique et non d'exemple réel : sur un portefeuille de 1 million d'euros investi avec un rendement annuel de 12 %, sans aucun recours au levier, le gain brut est de 120 000 €. En débloquant un crédit lombard représentant 60 % de la valeur du portefeuille nanti pour créer un second portefeuille de 600 000 € investi au même rendement, le gain brut cumulé sur 1,6 million d'euros investi atteint 192 000 €, soit 19,2 % rapporté au capital initial de 1 million. De ce gain brut, il faut déduire le coût du crédit — typiquement l'Euribor 12 mois majoré d'environ 1 point, soit un coût total de l'ordre de 2,4 % par an sur le montant emprunté aux conditions de marché observées mi-2026, à vérifier au moment de votre lecture puisque ce taux évolue avec l'Euribor. Le calcul inverse est tout aussi vrai : sur un scénario où le rendement du second portefeuille tourne à -12 % plutôt qu'à +12 %, le levier amplifie la perte dans les mêmes proportions, alors que le coût du crédit continue de courir.

L'appel de marge : le vrai risque, pas une clause théorique

Le dépositaire valorise le portefeuille nanti en continu (« mark-to-market »). Si sa valeur descend en dessous du seuil qui correspond à la LTV accordée, le dépositaire demande un réapprovisionnement — l'appel de marge — et, à défaut, peut couper les positions pour se rembourser, sans attendre. C'est pour cette raison que le premier portefeuille, celui qui sert de garantie, doit être calibré pour rester défensif : des supports peu volatils, une diversification réelle, et une LTV utilisée nettement en-deçà du maximum accordé par le dépositaire pour conserver une marge de sécurité. Aucun des deux mécanismes — crédit lombard ou avance sur assurance-vie — n'est un effet de levier gratuit, et l'appel de marge est la façon dont ce coût caché se matérialise quand le scénario se retourne.

Dans une société : la déductibilité des intérêts change le calcul

C'est la différence structurante entre un crédit lombard souscrit à titre personnel et le même montage logé dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés : les intérêts d'emprunt versés par la société sont, en principe, déductibles de son résultat imposable dès lors que l'emprunt finance une opération dans l'intérêt de la société — ce qui inclut le placement d'une trésorerie excédentaire. Une personne physique, elle, ne peut pas déduire les intérêts d'un crédit lombard de ses revenus. Cette déductibilité rend le montage nettement plus efficace en société : la charge d'intérêt réduit le résultat imposable, tandis que le contrat de capitalisation qui porte le second portefeuille bénéficie lui-même d'une fiscalité forfaitaire allégée pour la société — un mécanisme détaillé dans notre article sur le contrat de capitalisation pour la trésorerie d'entreprise.

Une limite existe malgré tout, et elle est trop souvent ignorée : l'article 212 bis du Code général des impôts plafonne la déduction des charges financières nettes d'une société à 30 % de son résultat avant charges financières, amortissements et provisions (l'« EBITDA fiscal »), ou à 3 millions d'euros si ce second montant est plus élevé. Pour une PME dont le montage lombard reste proportionné à sa trésorerie, ce plafond n'est en pratique presque jamais atteint — mais il mérite d'être vérifié avec l'expert-comptable dès lors que la société porte déjà d'autres emprunts significatifs, puisque le plafond s'apprécie sur l'ensemble des charges financières nettes de la société, pas seulement sur celles du crédit lombard.

Ce que le crédit lombard ne doit pas devenir

Le crédit lombard est reconductible, en général chaque année, sans limite de durée fixée à l'avance — à la différence d'une avance sur assurance-vie, plafonnée en nombre de reconductions selon l'assureur. Cette caractéristique alimente une pratique connue : utiliser un crédit lombard pour financer des dépenses courantes ou personnelles plutôt qu'un projet identifié, puis le reconduire indéfiniment sans jamais rembourser le principal, dans le seul but d'éviter de désinvestir le portefeuille nanti et de déclencher la fiscalité d'un rachat. Cette pratique existe réellement sur le marché, mais elle mérite deux réserves sérieuses. D'une part, pour une personne physique, les intérêts payés dans ce cadre ne sont pas déductibles — l'argument fiscal ne tient donc que sur le report de la flat tax, pas sur une économie d'impôt supplémentaire. D'autre part, un usage prolongé, notamment à l'approche d'une transmission, expose à un risque de requalification par l'administration au titre de l'abus de droit si le montage est jugé sans autre motif que fiscal : à notre connaissance, aucune décision de jurisprudence publiée à ce jour ne tranche spécifiquement ce point pour un crédit lombard maintenu indéfiniment, ce qui laisse une zone d'incertitude réelle plutôt qu'un risque écarté ou confirmé.

À partir de quel montant un crédit lombard est-il accessible ?

Les seuils varient selon les dépositaires, généralement entre 250 000 € et 1 million d'euros de portefeuille nanti pour un accès dans des conditions intéressantes. En-dessous, le montage reste possible mais avec une LTV et des options plus limitées.

Comment est calculée la LTV accordée par le dépositaire ?

Elle dépend essentiellement du niveau de risque du portefeuille nanti : un portefeuille très défensif (capital garanti, obligataire de qualité) peut permettre d'aller chercher une LTV élevée, parfois jusqu'à 80 %, tandis qu'un portefeuille plus risqué ou moins diversifié réduit la LTV accordée, pour laisser une marge de sécurité au dépositaire avant un éventuel appel de marge.

Les intérêts d'un crédit lombard sont-ils toujours déductibles dans une société ?

En principe oui, dès lors que le crédit finance une opération dans l'intérêt de la société, sous réserve du plafond de l'article 212 bis du CGI (30 % de l'EBITDA fiscal ou 3 millions d'euros), qui ne concerne en pratique que les sociétés portant déjà des charges financières importantes. Pour une personne physique, en revanche, ces intérêts ne sont pas déductibles de ses revenus.

Peut-on utiliser un crédit lombard souscrit par une société pour des dépenses personnelles du dirigeant ?

Faire remonter ces fonds vers le dirigeant relève alors d'un autre sujet — avance en compte courant d'associé, dividende, rémunération — avec sa propre fiscalité et ses propres risques de requalification, distincts du crédit lombard lui-même. Ce n'est pas un simple prolongement du montage, mais une opération séparée à structurer et à documenter pour elle-même.

Ce qu'il faut retenir

Le montage à deux portefeuilles adossé à un crédit lombard permet de lever de la trésorerie d'entreprise sans désinvestir un premier portefeuille ni déclencher sa fiscalité, avec un avantage réel en société grâce à la déductibilité des intérêts — sous réserve du plafond de l'article 212 bis du CGI, qui reste théorique pour la plupart des PME. Mais le levier n'est jamais gratuit : il amplifie les pertes comme les gains, et l'appel de marge, calculé en continu par le dépositaire, est le mécanisme concret par lequel ce risque se matérialise si le portefeuille nanti se dégrade. Utilisé pour reconduire indéfiniment des retraits sans lien avec un projet identifié, le montage sort de son usage naturel et entre dans une zone de risque fiscal qui n'est, à ce jour, pas tranchée par la jurisprudence.

Pour faire calibrer un montage à deux portefeuilles adapté à la trésorerie de votre société — LTV, répartition entre le portefeuille nanti et le portefeuille financé, déductibilité — réalisez votre bilan patrimonial en ligne.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil fiscal, juridique ou en investissement personnalisé au sens de la réglementation AMF : le crédit lombard est un mécanisme de levier qui expose à un risque de perte en capital amplifié et à l'appel de marge, à calibrer selon votre situation et votre tolérance au risque avec un professionnel. Les taux, seuils et plafonds cités (Euribor, LTV, article 212 bis du CGI) sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture, en coordination avec votre expert-comptable. Avant toute mise en place, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Alexandre Pollet
Écrit par
Alexandre Pollet
Fondateur, Le Rempart Financier · ORIAS n° 25005915

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.

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EXP Capital — Conseil en Gestion de Patrimoine. ORIAS n° 25005915. Les informations publiées sur ce site ont un caractère pédagogique et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.