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Concubinage : pourquoi votre partenaire n'hérite de rien si vous ne faites rien

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 31 août 2026·11 min de lecture
L'essentiel

Avoir des enfants ensemble, vivre sous le même toit depuis quinze ans, tout partager au quotidien : rien de tout cela ne fait de votre partenaire un héritier si vous n'êtes ni marié ni pacsé. Le notaire chargé de votre succession ne le convoquera même pas — il n'apparaît dans aucun acte de notoriété, sauf s'il est lui-même parent des enfants communs, auquel cas il agit alors comme représentant légal de ceux-ci, pas comme héritier lui-même. Un testament peut corriger l'absence de droit, mais pas la fiscalité : 60 % de taxation sur ce qui dépasse 1 594 €, le taux le plus lourd du barème français. Voici ce qui protège réellement un couple non marié, et ce qui ne sert à rien malgré les apparences.

Exemple illustratif (situation composite, prénoms modifiés) : Camille et Karim vivent ensemble depuis quinze ans, ont deux enfants, un compte joint, un crédit immobilier commun — mais jamais marié ni pacsé, « pas besoin d'un papier pour s'aimer ». Karim décède brutalement. Le notaire dresse l'acte de notoriété : y figurent les deux enfants, en tant qu'héritiers de leur père. Camille n'y figure pas. Elle n'est ni son héritière, ni même juridiquement concernée par le règlement de sa succession — sauf en tant que représentante légale de leurs enfants mineurs.

Le concubinage donne-t-il des droits de succession ?

Non. Le concubinage n'est pas un statut juridique reconnu par le droit des successions. Contrairement au conjoint marié ou au partenaire de PACS, le concubin survivant ne figure dans aucun ordre d'héritiers légaux (art. 731 et suivants du Code civil). Sans testament, il ne reçoit rien de la succession de son partenaire — quelle que soit la durée de vie commune, et quel que soit le nombre d'enfants élevés ensemble. C'est le point le plus souvent mal compris : avoir des enfants communs ne crée aucun lien de succession entre les deux parents eux-mêmes. Les enfants héritent de leur père ou de leur mère, chacun de son côté ; cela ne fait jamais du survivant l'héritier de l'autre.

Quelle fiscalité si le concubin est désigné par testament ?

Un testament peut désigner le concubin comme légataire, dans la limite de la quotité disponible si le défunt a des enfants (la moitié du patrimoine avec un enfant, un tiers avec deux, un quart à partir de trois — les enfants restent héritiers réservataires, y compris envers un parent non marié). Mais fiscalement, le concubin est traité comme un tiers sans lien de parenté : abattement de 1 594 € seulement, puis taxation à 60 % sur tout le reste — le taux le plus élevé du barème français, identique à un légataire totalement étranger à la famille. Un testament règle donc la question du droit de recevoir, jamais celle du montant net perçu.

Le PACS règle-t-il tout, à la place du mariage ?

Le PACS corrige la moitié du problème : fiscalement, le partenaire pacsé est exonéré de droits de succession comme un conjoint marié. Mais civilement, il n'est pas héritier par défaut — sans testament, un partenaire de PACS n'hérite de rien non plus. La comparaison complète entre concubinage, PACS et mariage, avec un exemple chiffré à 400 000 €, fait l'objet d'un article dédié : retenez ici l'essentiel — passer du concubinage au PACS ne change rien à vos droits sans testament, seulement à votre fiscalité une fois le testament rédigé.

Comment protéger réellement un concubin non pacsé ?

Trois outils, cumulables, permettent de corriger la situation — sans nécessairement se pacser ou se marier :

OutilCe qu'il changeCe qu'il ne change pas
TestamentDésigne le concubin comme légataire dans la limite de la quotité disponibleLa fiscalité reste à 60 % au-delà de l'abattement de 1 594 €
Assurance-vie avec clause bénéficiaire nominativeCapital hors succession, exonéré jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (art. 990 I du CGI), quel que soit le lien avec le souscripteurDes primes manifestement exagérées au regard du patrimoine du souscripteur peuvent être réintégrées dans la succession et contestées par les héritiers
Clause de tontine sur le logement acheté à deuxLe survivant est réputé avoir toujours été seul propriétaire : le bien échappe entièrement à la successionMécanisme quasi impossible à défaire en cas de séparation du couple — voir notre article sur l'indivision

Dans la pratique, l'assurance-vie est souvent le levier le plus efficace pour un couple non marié : c'est le seul des trois qui échappe à la fois à l'absence de statut d'héritier et au taux de 60 %, sans exiger de PACS ni de mariage, et sans la rigidité de la tontine. La combinaison la plus robuste, pour un couple propriétaire de son logement, associe souvent une clause de tontine ou un achat en indivision réfléchie sur le bien immobilier, et une assurance-vie pour les liquidités — chaque outil réglant une part différente du problème, comme détaillé dans notre article sur l'indivision entre héritiers.

Que se passe-t-il pour le logement commun sans protection ?

Si le logement appartenait au seul défunt, le concubin survivant n'a, sans testament, aucun droit d'y rester — contrairement au conjoint marié qui bénéficie d'un droit temporaire au logement d'un an de plein droit, opposable de plein droit aux héritiers. Si le logement était acheté à deux sans clause de tontine, la part du défunt tombe dans sa succession : le concubin survivant se retrouve en indivision avec les héritiers du défunt — le plus souvent les enfants communs eux-mêmes, représentés par un tuteur ou un administrateur légal s'ils sont mineurs, ou directement s'ils sont majeurs. C'est souvent le point le plus douloureux d'un concubinage non préparé : perdre à la fois son partenaire et la pleine maîtrise de son toit dans la même épreuve, y compris quand les héritiers de l'autre côté sont ses propres enfants.

Le concubinage a-t-il d'autres coûts, en dehors de la succession ?

Oui, et ils passent souvent inaperçus tant qu'on ne s'y intéresse qu'après un décès. Côté impôt sur la fortune immobilière (IFI), les concubins sont solidaires : contrairement à l'impôt sur le revenu, où chacun déclare séparément, l'IFI additionne le patrimoine immobilier des deux partenaires dans une seule assiette dès qu'ils vivent en couple — un concubin peu fortuné peut ainsi se retrouver solidairement redevable de l'IFI dû sur les biens de l'autre. Côté aides sociales, les ressources des deux concubins sont prises en compte pour le calcul du RSA, du RSA majoré pour parent isolé, de l'allocation de rentrée scolaire ou des allocations familiales majorées — comme pour un couple marié ou pacsé, mais sans aucune des contreparties fiscales ou successorales de ces statuts. Dernier point à connaître au quotidien : contrairement aux couples mariés ou pacsés, les concubins ne sont soumis à aucune obligation légale de contribuer aux charges du foyer proportionnellement à leurs revenus (article 214 du Code civil) — un prêt entre concubins mérite donc une reconnaissance de dette écrite, faute de cadre légal par défaut.

Un concubin peut-il hériter sans testament ?

Non, jamais. Le concubinage n'ouvre aucun droit légal de succession, quelle que soit la durée de la vie commune ou le nombre d'enfants communs.

Avoir des enfants ensemble protège-t-il le partenaire survivant ?

Non. Les enfants héritent chacun de leur parent, indépendamment l'un de l'autre. Avoir des enfants communs ne crée aucun droit de succession entre les deux parents eux-mêmes.

L'assurance-vie est-elle taxée à 60 % pour un concubin bénéficiaire ?

Non. Le régime de l'assurance-vie (art. 990 I ou 757 B du CGI) est indépendant du lien de parenté et s'applique même à un concubin ou un tiers, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans.

Un testament suffit-il à éviter les 60 % de droits ?

Non, le testament permet seulement de désigner le concubin comme bénéficiaire ; la fiscalité de 60 % reste due sur ce qu'il reçoit, sauf via l'assurance-vie.

La clause de tontine est-elle réservée aux couples pacsés ou mariés ?

Non, c'est au contraire un outil particulièrement utilisé par les concubins pour protéger le logement acheté à deux, en dehors de tout statut civil. Elle s'insère dans l'acte d'achat, à étudier avec un notaire avant de signer.

Ce qu'il faut retenir

Le concubinage protège la vie commune ; il ne protège pas sa fin. Contrairement à une rupture, qui ne demande aucune formalité, un décès sans testament ni assurance-vie laisse le partenaire survivant dans la position d'un tiers pour la loi — même après quinze ans de vie commune et des enfants élevés ensemble. La bonne nouvelle : contrairement au statut du couple, ces trois outils se mettent en place à tout moment, sans attendre un mariage ou un PACS.

Pour évaluer ce que recevrait réellement votre partenaire aujourd'hui — et ce qu'un testament ou une assurance-vie changeraient concrètement — réalisez votre bilan patrimonial en ligne : c'est souvent en chiffrant la situation actuelle que l'urgence d'agir devient claire.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle. La fiscalité et la réglementation évoluent chaque année (lois de finances notamment) : les chiffres, taux et plafonds cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

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