PEA : banque ou courtier en ligne ? Frais, fonds maison et vraie diversification
Le PEA est défini par la loi : même plafond, même fiscalité, mêmes règles partout. Ce qui change d'un établissement à l'autre, c'est ce qu'il coûte. Les frais de fonctionnement (ouverture, tenue de compte, courtage) sont plafonnés depuis un décret d'application de la loi Pacte, mais le vrai poste de coût — les frais des fonds logés dans le plan — n'apparaît sur aucun relevé bancaire et peut aller de 0,33 % en moyenne pour un ETF à 1,32 % en moyenne pour un fonds d'actions français, avec des écarts au-delà (moyennes de l'AMF pour 2025). Le courtier en ligne gagne presque toujours le match des coûts ; la banque, celui de l'accompagnement de proximité.
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Ouvrir un PEA en agence ou chez un courtier en ligne donne accès exactement au même avantage fiscal et au même plafond légal : la loi ne fait aucune différence entre établissements. Beaucoup d'épargnants en concluent que le choix de l'établissement est un détail. C'est presque l'inverse : le coût de fonctionnement du plan, et surtout le coût des supports qu'on y place, peuvent varier de quelques dixièmes de point à près de deux points par an (1,9 % par an d'impact total moyen des frais pour les fonds d'actions européens sur cinq ans, selon l'AMF) — un écart qui, cumulé sur quinze ou vingt ans, se chiffre en dizaines de milliers d'euros pour un effort d'épargne équivalent.
Les frais plafonnés depuis la loi Pacte
Trois familles de frais rythment la vie d'un PEA : les frais de tenue de compte et droits de garde, les frais de courtage prélevés à chaque ordre, et les frais de transfert. Depuis un décret d'application de la loi Pacte entré en vigueur en 2020 (article D. 221-111-1 du Code monétaire et financier), ils sont plafonnés : environ 10 € pour l'ouverture, 0,4 % par an de la valeur du plan pour la tenue de compte (plus un éventuel forfait par ligne détenue), 0,5 % du montant par ordre passé en ligne (1,2 % par un autre canal), et 15 € par ligne transférée dans la limite de 150 € au total. La taxe sur les transactions financières (0,4 % à l'achat de certaines actions françaises) n'entre toutefois pas dans ces plafonds (voir Actions en direct dans un PEA : la TTF de 0,4 % et la retenue à la source). Ces plafonds ont assaini les excès historiques — mais un plan peut rester nettement plus cher qu'un autre tout en respectant strictement la loi.
Ce que ces plafonds représentent en euros : la tenue de compte et la garde d'un PEA sont plafonnées à 0,4 % de la valeur plus 5 € par ligne cotée (25 € par ligne non cotée), taxes comprises. Pour 100 000 € répartis sur quatre lignes, le plafond est de 420 € par an (0,42 %) ; pour 60 000 € sur dix lignes, de 290 € (0,48 %) ; il n'atteint 1 % de l'encours que pour un petit plan très éparpillé, 10 000 € sur dix lignes. Un point d'encours par an de « frais de garde » est donc impossible sur un PEA en gestion libre. Trois postes restent hors plafond : la gestion sous mandat et la gestion conseillée, les frais de gestion des fonds (Médiateur de l'AMF, mai 2024) et la taxe sur les transactions financières ; le compte-titres ordinaire n'a aucun plafond.
Selon la lettre de l'Observatoire de l'épargne de l'AMF (n° 65, avril 2026, tarifs relevés au 15 janvier 2026), la garde et la tenue de compte d'un portefeuille de 60 000 € réparti sur dix lignes coûtent en moyenne 0,35 % (212 €) dans les banques relevées, soit environ 73 % du plafond légal de 290 €. Les grilles publiées par quatre courtiers en ligne, sans recommandation, affichent 0 € de garde et de tenue de compte, sauf pour les lignes non cotées d'un PEA chez l'un d'eux.
| Courtier en ligne (grille publiée) | Garde et tenue de compte, PEA et compte-titres | Courtage sur actions Euronext (extrait) | Date du document |
|---|---|---|---|
| Bourse Direct | 0 € | 0,99 € à 3,80 € par ordre, puis 0,09 % au-delà de 4 400 € | 6 janvier 2026 |
| BoursoBank | Gratuits | 1,99 € jusqu'à 500 €, puis 0,60 %, plafonné à 0,5 % en PEA | 4 septembre 2026 |
| Fortuneo | 0 € | 0 € (premier ordre du mois) ou 0,35 %, ou 4,90 € puis 0,15 %, selon la formule | 6 août 2026 |
| Saxo Banque | 0 €, sauf PEA non coté : 0,4 % plus 25 € par ligne | 0,08 %, minimum 2 € | 5 mai 2026 |
Pour un PEA ouvert par l'intermédiaire d'un cabinet, nous n'avons trouvé aucune grille publique 2025-2026 d'une plateforme destinée aux cabinets. Les deux grilles lisibles sont celles de banques privées, non de cabinets : l'une applique en gestion libre 0,33 % hors taxes plus 4,1666 € hors taxes par ligne, soit exactement le plafond légal une fois la TVA ajoutée (notre calcul), et facture en mandat un forfait de 1,95 à 2,20 % hors taxes, garde, gestion et transactions comprises ; l'autre affiche 0,95 % au maximum pour un mandat sur PEA, tout compris. Un point de frais par an correspond donc à un service de gestion ou de conseil, non à la garde : la question à poser est ce que ce point rémunère, et si le service est rendu. Le règlement général de l'AMF (art. 325-14) impose au conseiller d'indiquer les coûts du service, ceux des produits et les paiements de tiers, en euros et en pourcentage.
| Frais annuels sur l'encours (rendement brut de 8 %) | Rendement net | Capital après 25 ans à 500 € par mois | Perte par rapport à 8 % |
|---|---|---|---|
| 0,20 % (courtier en ligne et ETF à 0,20 %) | 7,78 % | 439 996 € | 14 500 € (3,2 %) |
| 0,33 % (moyenne des ETF actions, AMF 2025) | 7,64 % | 430 845 € | 23 650 € (5,2 %) |
| 0,35 % (garde moyenne d'une banque, 60 000 € sur dix lignes) | 7,62 % | 429 457 € | 25 039 € (5,5 %) |
| 0,80 % | 7,14 % | 399 485 € | 55 010 € (12,1 %) |
| 1,32 % (moyenne des fonds d'actions français, AMF 2025) | 6,57 % | 367 724 € | 86 772 € (19,1 %) |
| 1,90 % (impact total moyen des fonds d'actions européens, AMF) | 5,95 % | 335 602 € | 118 893 € (26,2 %) |
Le calcul suit la méthode de l'AMF pour ses simulateurs de frais : les frais s'appliquent au capital de fin d'année, soit (1 + rendement) × (1 − frais) − 1, et non par simple soustraction : 8 % de rendement brut avec 0,8 point de frais donnent 7,14 % net, non 7,2 %. Les versements totalisent 150 000 €, en fin de mois ; sans aucun frais, le capital serait de 454 495 €. Un écart de 0,8 point représente donc environ 55 000 € sur 25 ans, mais ce niveau dépasse ce que la garde d'un PEA en gestion libre peut coûter : il correspond à un service payé en sus, dont il faut mesurer la valeur.
Le coût des supports : là où tout se joue
Le vrai poste de coût est ailleurs, et il n'apparaît sur aucun relevé bancaire : ce sont les frais courants des fonds logés dans le plan, prélevés chaque année à l'intérieur du fonds lui-même. Les fonds actions « maison », gérés par la société de gestion du groupe bancaire et souvent proposés par défaut, affichent des frais courants à lire fonds par fonds dans le document d'informations clés (DIC) : selon l'AMF, la moyenne des fonds d'actions français ouverts au public est de 1,32 % par an en 2025, hors commission de surperformance, pour environ 2 300 fonds. La moyenne des ETF répliquant des indices actions est de 0,33 % par an. Ce sont des moyennes : l'écart entre deux fonds peut être bien plus grand que l'écart entre les moyennes.
À rendement brut identique, un écart de deux points de frais annuels a un effet significatif sur longue durée, mais ce résultat dépend fortement du profil de versement : sur un versement unique sans apport ultérieur, l'écart de capital final après vingt-cinq ans est d'environ 37 % (8 % contre 6 % par an) ; sur des versements réguliers (le cas le plus fréquent), l'effet est réel mais moindre, chaque versement n'étant exposé aux frais que sur sa propre durée restante. Faire du seul niveau de frais le critère unique serait toutefois une erreur symétrique : la variable qui compte est la performance nette de frais et de fiscalité, pas le taux affiché isolément.
Banque ou courtier en ligne : le vrai match
L'avantage fiscal est rigoureusement le même partout ; ce qui diffère, c'est le modèle. La banque traditionnelle offre un interlocuteur physique et la simplicité de tout centraliser, mais son catalogue oriente naturellement vers les fonds du groupe, et ses frais de fonctionnement se situent, selon l'AMF, à environ trois quarts des plafonds légaux (tarifs au 15 janvier 2026). Le courtier en ligne casse les coûts et ouvre un large accès aux ETF, mais en libre-service intégral : personne ne rappelle qu'un ordre passé dans la panique d'une baisse de marché peut compromettre quinze ans de discipline d'épargne.
Sur le seul terrain des frais, le courtier en ligne gagne le match, souvent nettement. Deux nuances méritent d'être ajoutées. D'abord, la « gratuité » mise en avant par certaines plateformes récentes est un argument marketing plus qu'une réalité économique : ces acteurs se rémunèrent autrement (écart entre prix d'achat et de vente, frais de change sur les titres en devise étrangère, services annexes facturés à l'acte). Ensuite, le libre-service a un coût invisible : sélection des supports, discipline dans les baisses, sécurisation progressive à l'approche de la retraite — si personne ne s'en charge, ce n'est pas économisé, c'est simplement non fait.
| Support logeable dans un PEA | Frais annuels constatés | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Actions européennes en direct | Pas de frais de support (courtage à chaque ordre) | Concentration du risque, temps et compétence exigés ; dividendes de sociétés à siège étranger amputés d'une retenue à la source |
| Fonds actions « maison » | Moyenne AMF 2025 des fonds d'actions français : 1,32 % par an, avec une large dispersion | Comparer la performance nette de frais à celle de l'indice de référence, sur longue durée |
| ETF éligibles (fonds indiciels) | 0,33 % par an en moyenne (AMF, 2025) | Choix de l'indice déterminant ; réplication synthétique pour les indices non européens = dépendance à une tolérance réglementaire |
| Gestion sous mandat | Non plafonné par la loi ; deux grilles de banques privées lues affichent de 0,95 % maximum à 2,2 % hors taxes par an, garde, gestion et transactions comprises | Cumul de couches de frais ; rigidité des profils packagés |
Bon à savoir : le transfert conserve l'antériorité
Un PEA se transfère d'un établissement à l'autre en conservant son antériorité fiscale : la date d'ouverture du plan, qui commande le délai de cinq ans, est préservée. Les frais de transfert sont plafonnés par la loi Pacte (de l'ordre de 15 € par ligne, 150 € au maximum). Ne clôturez jamais un PEA pour en rouvrir un ailleurs : la clôture remet le compteur fiscal à zéro. Prévoyez en revanche un délai de plusieurs semaines, pendant lequel les arbitrages sont généralement gelés. Le transfert est aussi l'une des issues possibles lorsqu'un établissement refuse des versements après un retrait en invoquant une règle des huit ans supprimée en 2019 : voir PEA : peut-on encore verser après un retrait ?.
Peut-on ouvrir un PEA à la fois en banque et chez un courtier en ligne ?
Non : un même contribuable ne peut détenir qu'un seul PEA (et, le cas échéant, un PEA-PME en complément). Il faut choisir un établissement, quitte à en changer plus tard par un transfert conservant l'antériorité fiscale.
Le PEA en ligne est-il vraiment gratuit ?
Rarement totalement : un tarif affiché à 0 € se rémunère généralement ailleurs (écart entre prix d'achat et de vente, frais de change, services annexes). Un tarif bas et lisible vaut mieux qu'un « gratuit » opaque.
La gestion sous mandat sur un PEA vaut-elle son coût ?
Cela dépend du service réellement rendu : la question à se poser est ce que la délégation apporte concrètement — allocation suivie et ajustée dans le temps — plutôt que de la retenir par défaut.
Ce qu'il faut retenir
Le PEA est la même enveloppe fiscale partout, mais pas le même produit. Le courtier en ligne gagne le match des coûts, la banque celui de l'accompagnement — et aucun des deux ne répond seul à la question qui crée la performance : que mettre dans le plan, et comment s'y tenir dans la durée. Pour faire le point sur vos frais actuels, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal personnalisé. Un PEA est investi en actions : le capital n'est pas garanti. Les frais cités proviennent de documents publics consultés en septembre 2026 (grilles des établissements, lettre de l'Observatoire de l'épargne de l'AMF n° 65) : ils changent et sont à vérifier établissement par établissement. Les tableaux de capital sont des calculs arithmétiques illustratifs à rendement brut constant de 8 %, sans lien avec un produit réel. Sources : Code monétaire et financier, art. L221-32 et D221-111-1 ; décret n° 2020-95 ; AMF, lettre de l'Observatoire de l'épargne n° 65 (avril 2026) et « Comprendre nos simulateurs de frais et d'épargne » ; Médiateur de l'AMF ; règlement général de l'AMF, art. 325-14 ; brochures tarifaires des établissements cités. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
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