Gérant d'EURL ou de SARL proche de la retraite : pourquoi votre pension sera plus faible, et comment la compléter
Un gérant majoritaire de SARL ou d'EURL cotise pour sa retraite comme travailleur non salarié (TNS), un régime dont le taux de remplacement est structurellement plus faible que celui d'un salarié — souvent aggravé par le choix, fréquent et par ailleurs logique fiscalement, de se rémunérer en partie par dividendes plutôt que par salaire, ce qui réduit d'autant l'assiette sur laquelle se calculent les droits à la retraite. Le contrat Madelin, aujourd'hui remplacé en pratique par le PER individuel avec un plafond de déduction spécifique aux TNS, reste le principal levier pour combler cet écart — à condition de connaître ses règles de sortie, différentes de celles d'un PER salarié classique.
Vous avez consulté votre relevé sur le site officiel de simulation retraite, et le chiffre vous a inquiété : une pension estimée bien en dessous de votre dernier revenu d'activité, plus basse encore que celle d'un salarié à parcours comparable. Ce n'est pas une impression : les gérants majoritaires d'EURL et de SARL cotisent selon des règles structurellement moins généreuses que celles d'un salarié — et souvent sans le savoir avant qu'il ne soit tard pour corriger le tir.
Pourquoi la retraite d'un gérant d'EURL ou de SARL est-elle souvent plus faible ?
Deux mécanismes se cumulent. D'abord, le régime de retraite des travailleurs non salariés (TNS), auquel cotise tout gérant majoritaire, applique des taux et des règles de calcul historiquement moins favorables que ceux des salariés cadres sur les tranches de revenus élevées — un écart régulièrement documenté, même après l'intégration du régime des indépendants dans le régime général en 2020. Ensuite, et c'est souvent le facteur le plus lourd en pratique : beaucoup de gérants optimisent leur rémunération en arbitrant en faveur des dividendes plutôt que du salaire, pour des raisons de charges sociales et de trésorerie tout à fait rationnelles à court terme. Or les dividendes ne génèrent, dans leur grande majorité, aucun droit à la retraite.
Nuance importante depuis la loi de financement de la Sécurité sociale de 2013 : pour un gérant majoritaire de SARL ou d'EURL à l'impôt sur les sociétés, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS — y compris pour la retraite. En dessous de ce seuil, en revanche, les dividendes perçus n'ouvrent aucun droit : chaque euro versé en dividendes plutôt qu'en salaire, dans cette limite, est un euro qui ne compte pas pour votre pension future.
Gérant majoritaire ou minoritaire : le statut change tout
Le régime applicable dépend de la répartition du capital, pas de l'activité exercée. Un gérant majoritaire (détenant, seul ou avec son conjoint et ses enfants mineurs, plus de 50 % des parts) relève du régime TNS. Un gérant minoritaire ou égalitaire est en revanche assimilé salarié pour sa protection sociale — affilié au régime général, avec une meilleure couverture retraite, à l'exception notable de l'assurance chômage. Pour une EURL à associé unique, le gérant est presque toujours majoritaire de fait, donc TNS : la question du statut ne se pose en général que dans une SARL à plusieurs associés.
Comment fonctionne le PER individuel (l'ancien contrat Madelin) pour un TNS ?
Le contrat Madelin, créé par la loi de 1994 du même nom, a été en pratique remplacé par le PER individuel depuis la loi PACTE de 2019 pour les nouvelles souscriptions — mais son principe demeure, avec un plafond de déduction spécifique aux travailleurs non salariés, nettement plus généreux que celui d'un salarié : de l'ordre de 10 % du bénéfice imposable (BIC ou BNC) dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), majoré de 15 % supplémentaires sur la tranche de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Le calcul exact, propre à chaque activité, est précisé chaque année par l'URSSAF et sur impots.gouv.fr — faites-le valider par votre expert-comptable, qui dispose de votre bénéfice imposable réel.
Le principe fiscal de la déduction reste identique à celui de tout PER, détaillé dans notre article sur le PER, quand est-ce vraiment intéressant : l'économie d'impôt est d'autant plus significative que votre taux marginal d'imposition (TMI) est élevé au moment du versement.
Sortie en rente ou en capital : une vraie différence entre l'ancien Madelin et le nouveau PER
C'est le point le plus fréquemment mal connu par les gérants qui détiennent un ancien contrat Madelin : sa sortie était, sauf exception pour les très petits montants, obligatoirement en rente viagère — jamais en capital. Le PER individuel actuel offre davantage de souplesse : sortie en capital (en une ou plusieurs fois), en rente, ou un mélange des deux, au choix du titulaire. Autre différence concrète : l'achat de la résidence principale, cas de déblocage anticipé pour un PER classique, ne l'était généralement pas pour un contrat Madelin ancienne formule, pensé uniquement comme un outil de retraite. Si vous détenez un ancien Madelin, vérifiez sa date de souscription et ses conditions exactes avant de faire des hypothèses sur sa sortie.
| Contrat Madelin (ancienne génération) | PER individuel (depuis 2019) | |
|---|---|---|
| Déduction fiscale à l'entrée | Plafond spécifique TNS | Même plafond spécifique TNS, conservé |
| Sortie en capital | Non, sauf exception pour les petits montants | Oui, au choix, en une ou plusieurs fois |
| Déblocage anticipé achat résidence principale | Généralement non prévu | Oui, cas légal de déblocage anticipé |
| Versements réguliers obligatoires | Souvent oui, avec clause de versement minimum | Non, versements libres — voir notre article dédié |
Quels autres leviers pour un gérant de TPE proche de la retraite ?
Le PER individuel n'est pas le seul outil. Le rachat de trimestres, pour les années d'études ou les périodes incomplètement cotisées, peut rapprocher la date du taux plein — un calcul à faire avec précision, le coût variant fortement selon l'âge auquel le rachat est effectué. L'arbitrage entre rémunération en salaire et en dividendes mérite d'être revisité chaque année avec votre expert-comptable, en particulier dans les cinq à dix ans qui précèdent la retraite, période où chaque euro de salaire supplémentaire cotisé a un effet plus direct sur le calcul final de la pension. Enfin, pour un gérant qui envisage de céder ou de transmettre son entreprise en approchant de la retraite, la cession de l'immobilier professionnel logé dans la société peut constituer un complément de capital significatif — un mécanisme détaillé dans notre article sur l'OBO (owner buy-out) appliqué à l'immobilier d'entreprise.
Un gérant d'EURL peut-il cumuler un PER Madelin et un PER individuel classique ?
Un contrat Madelin existant peut être conservé, ou transféré vers un PER individuel plus récent. On ne cumule pas deux plafonds de déduction distincts pour un même statut de TNS : le plafond spécifique s'applique à l'ensemble des versements déductibles au titre de l'activité indépendante.
Les dividendes comptent-ils pour le calcul de ma retraite de base ?
En dessous du seuil de 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associé, non. Au-delà, la fraction excédentaire est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales, y compris retraite.
Le PER individuel d'un TNS suit-il les mêmes règles de succession que celui d'un salarié ?
Oui, pour sa version assurantielle : le même régime successoral (abattement de 152 500 € par bénéficiaire en cas de décès avant 70 ans) s'applique, quel que soit le statut professionnel du souscripteur — voir notre comparatif PER ou assurance-vie pour la transmission.
Vaut-il mieux augmenter son salaire ou verser sur un PER individuel avant la retraite ?
Cela dépend de votre TMI actuelle et attendue à la retraite, et de votre besoin de valider des trimestres ou d'améliorer votre salaire annuel moyen. Une augmentation de salaire améliore vos droits à la retraite de base ; le PER offre un levier fiscal immédiat mais ne génère aucun trimestre. Les deux se combinent souvent.
Un gérant minoritaire a-t-il aussi intérêt à un PER individuel ?
Oui, mais sans le plafond spécifique aux TNS : assimilé salarié, il relève du plafond de déduction standard, le même que celui d'un salarié classique, détaillé dans notre article sur le PER en général.
Que devient mon contrat Madelin si je cesse mon activité de gérant ?
Il reste acquis et continue de fructifier ; vous ne pouvez simplement plus y effectuer de nouveaux versements déductibles au titre de l'activité de TNS. Sa sortie à la retraite suit les règles prévues au contrat, qu'il ait été transféré vers un PER individuel ou non.
Ce qu'il faut retenir
L'écart de pension entre un gérant de TPE et un salarié n'est ni une fatalité ni une invention : il tient à des règles de cotisation structurellement différentes, amplifiées par des choix de rémunération par ailleurs justifiés à court terme. Le PER individuel avec son plafond spécifique aux indépendants reste le levier le plus direct pour combler l'écart, à condition de vérifier si vous détenez un ancien contrat Madelin (sortie en rente uniquement) ou un PER nouvelle génération (sortie en capital possible). Pour objectiver l'écart réel entre votre pension estimée et votre revenu actuel, et calibrer l'effort d'épargne nécessaire, réalisez votre bilan patrimonial en ligne ou prenez rendez-vous avec un conseiller.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal, social ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle et de la forme exacte de votre société. La fiscalité et la réglementation sociale évoluent chaque année : les plafonds, seuils et montants cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture, notamment auprès de votre expert-comptable. Tout investissement comporte un risque de perte en capital. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.