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COMPARAISON

PER ou assurance-vie : lequel privilégier pour transmettre à ses enfants ?

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 1 septembre 2026·12 min de lecture
L'essentiel

PER et assurance-vie suivent, en cas de décès avant 70 ans, exactement le même abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du Code général des impôts) : l'un n'est pas fiscalement « meilleur » que l'autre sur ce point précis. La vraie différence tient à ce qui se passe avant le décès : le PER permet de déduire vos versements de votre revenu imposable, et cette économie reste acquise même si vous décédez avant la retraite — alors que l'assurance-vie n'offre aucune déduction à l'entrée. À effort d'épargne net identique, le PER transmet donc souvent un capital plus élevé, mais il l'immobilise jusqu'à la retraite ; l'assurance-vie, elle, reste disponible à tout moment. Ce sont deux outils complémentaires, pas deux concurrents.

On vous a peut-être déjà dit l'un ou l'autre : « l'assurance-vie est faite pour transmettre », ou à l'inverse « le PER est imbattable pour vos enfants ». Les deux affirmations, prises isolément, sont trompeuses — et la vérité est plus intéressante qu'un simple classement. Sur le plan strict de l'abattement de succession, les deux enveloppes sont à égalité. Ce qui les distingue vraiment se joue en amont, sur la façon dont chacune est alimentée, et sur ce que vous êtes prêt à immobiliser en échange.

PER et assurance-vie ont-ils vraiment le même abattement en cas de décès ?

Oui, pour la version la plus répandue du PER — le PER individuel assurantiel, proposé par les assureurs (Swiss Life et la plupart des compagnies du marché). Juridiquement, il est structuré comme un contrat d'assurance de groupe, ce qui lui fait suivre exactement le même régime successoral que l'assurance-vie :

Âge au moment des versementsRégime applicableCe qui est exonéré
Versements effectués avant les 70 ans du souscripteurArticle 990 I du CGI152 500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus chez un même assureur ; au-delà, taxation forfaitaire de 20 % jusqu'à 700 000 € puis 31,25 %
Versements effectués après les 70 ans du souscripteurArticle 757 B du CGI30 500 € au total, tous bénéficiaires confondus, sur les seules primes versées (les gains générés depuis restent hors succession)

Ce tableau est rigoureusement identique pour un PER individuel assurantiel et pour une assurance-vie : ce n'est donc pas l'abattement qui doit orienter votre choix. Point d'attention : un PER bancaire (compte-titres, plus rare) ne bénéficie pas de ce régime et suit les règles de succession classiques, sans abattement dédié — vérifiez systématiquement la nature juridique exacte de votre contrat.

Alors pourquoi dit-on que le PER est meilleur pour transmettre ?

La différence ne se loge pas dans l'abattement de succession, mais dans la fiscalité de sortie — et un décès avant la liquidation du plan n'est justement pas traité comme une sortie ordinaire. Pour un versement retiré de son vivant, la part correspondant aux versements déduits est réintégrée dans le revenu imposable et taxée au barème : c'est le mécanisme de décalage d'imposition détaillé dans notre article sur le PER, quand est-ce vraiment intéressant. Mais en cas de décès avant la liquidation du plan, cette réintégration n'a pas lieu : le capital transmis aux bénéficiaires échappe entièrement à l'impôt sur le revenu, seul le régime successoral (990 I ou 757 B, vu ci-dessus) s'applique.

Autrement dit, le PER cumule deux avantages que l'assurance-vie n'offre pas ensemble : une déduction fiscale réelle à l'entrée, et l'absence totale de réintégration à l'impôt sur le revenu si le décès survient avant la retraite. L'assurance-vie, elle, est alimentée avec des sommes déjà taxées (aucune déduction à l'entrée) — son seul avantage successoral est l'abattement, strictement identique à celui du PER.

Exemple chiffré : transmettre à effort d'épargne net identique

Hypothèses illustratives : TMI (taux marginal d'imposition) de 30 %, versement de 10 000 € l'année du décès, décès survenant avant 70 ans et avant la liquidation du plan. Ces chiffres ne constituent ni une garantie ni une projection personnalisée. Pourquoi 30 % : c'est une TMI courante pour un foyer aux revenus moyens-supérieurs (barème indicatif 2026, à vérifier). L'idée est de comparer, non pas deux versements du même montant, mais deux versements représentant le même sacrifice réel de trésorerie pour l'épargnant.

Assurance-viePER (avant 70 ans, avant liquidation)
Somme versée sur le contrat7 000 €10 000 €
Coût réel pour l'épargnant7 000 € (aucune déduction)7 000 € nets (10 000 € versés, moins 3 000 € d'économie d'impôt immédiate à 30 % de TMI)
Capital transmis en cas de décès (hors gains)7 000 €10 000 €
Fiscalité sur ce capital au décèsAbattement 152 500 €/bénéficiaire (art. 990 I)Abattement 152 500 €/bénéficiaire (art. 990 I) — identique, sans réintégration IR
Disponibilité du vivant de l'épargnantTotale, à tout moment, sans justificationBloquée jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé légaux

Pour le même effort net de trésorerie (7 000 €), le PER permet de transmettre 3 000 € de capital en plus — l'économie d'impôt de l'entrée, entièrement préservée par le décès avant liquidation. C'est ce levier, et non un abattement supérieur, qui justifie l'idée que le PER « transmet mieux ». Il se paie d'une contrainte réelle : cette somme est indisponible pour l'épargnant de son vivant, sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, notamment).

L'assurance-vie reste-t-elle meilleure pour un objectif retraite ou un projet ?

Oui, dès que la disponibilité compte. L'assurance-vie peut être rachetée partiellement ou totalement à tout moment, pour financer un projet, faire face à un imprévu, ou simplement piloter ses revenus à la retraite avec souplesse — avec, après 8 ans de détention, un abattement annuel sur les gains rachetés (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple, montants à vérifier). Le PER individuel n'offre rien de comparable avant la retraite : c'est le prix de son avantage fiscal à l'entrée.

Assurance-viePER individuel
Rôle principalÉpargne de moyen/long terme disponible, transmissionRetraite, avec effet de levier fiscal sur la transmission en cas de décès avant liquidation
Horizon recommandéFlexible, à partir de quelques annéesJusqu'à la retraite
Déduction fiscale à l'entréeNonOui, dans la limite du plafond épargne retraite
Disponibilité avant la retraiteTotaleBloquée, hors cas légaux de déblocage anticipé
Abattement en cas de décès avant 70 ans152 500 € / bénéficiaire152 500 € / bénéficiaire (PER assurantiel)

Faut-il choisir l'un ou l'autre, ou les deux ?

Dans l'immense majorité des situations que nous rencontrons, la question n'est pas « lequel » mais « dans quel ordre et pour quelle part ». Une épargne de précaution et un objectif de disponibilité relèvent de l'assurance-vie ; un objectif de retraite, avec une TMI actuelle nettement supérieure à celle attendue au moment de la sortie, plaide pour le PER — voir notre grille de décision dans le PER, quand est-ce vraiment intéressant. Beaucoup de foyers gagnent à faire les deux, dans des proportions qui dépendent de leur TMI, de leur âge et de leur besoin de liquidité.

Le PER a-t-il vraiment un meilleur abattement que l'assurance-vie pour mes enfants ?

Non, l'abattement est identique (152 500 € par bénéficiaire avant 70 ans) pour un PER individuel assurantiel et pour une assurance-vie. La différence vient de la déduction fiscale à l'entrée du PER, qui reste acquise en cas de décès avant la retraite.

Si je décède après avoir commencé à percevoir mon PER, mes enfants gardent-ils l'abattement ?

Non : une fois le plan liquidé (sortie en rente ou en capital entamée), il ne s'agit plus d'un capital transmis par décès mais des sommes déjà perçues ou d'un reliquat, qui entrent dans votre succession classique, sans l'abattement de l'article 990 I.

L'assurance-vie est-elle imposée si je la rachète avant mon décès ?

Oui, les gains rachetés (pas le capital versé) sont soumis au prélèvement forfaitaire unique ou, sur option, au barème, avec un abattement annuel après 8 ans de détention. C'est une fiscalité de rachat, différente de la fiscalité de succession évoquée dans cet article.

Puis-je désigner qui je veux comme bénéficiaire sur un PER, comme sur une assurance-vie ?

Oui, les deux contrats reposent sur une clause bénéficiaire libre, hors du cadre classique des héritiers réservataires — d'où leur intérêt commun pour transmettre à un concubin ou un partenaire non marié, dans les limites de la réserve héréditaire des enfants.

Est-ce risqué de tout miser sur le PER pour transmettre, plutôt que sur l'assurance-vie ?

Le risque principal n'est pas fiscal mais de liquidité : les sommes versées sur le PER sont bloquées jusqu'à la retraite. Une transmission bien préparée combine généralement les deux enveloppes plutôt que de tout concentrer sur une seule.

Ces règles s'appliquent-elles à un PER d'entreprise (PERCOL, PERO) ?

Le principe de l'abattement 990 I/757 B s'applique aux compartiments assurantiels de ces plans dans les mêmes conditions d'âge, mais leurs règles de sortie et d'alimentation diffèrent nettement du PER individuel — voir notre article sur l'épargne salariale, le PEE et le PERCO.

Ce qu'il faut retenir

PER et assurance-vie ne sont pas deux versions concurrentes du même outil : l'assurance-vie reste le véhicule de la disponibilité, le PER celui de l'effet de levier fiscal, actif y compris en cas de décès avant la retraite. Comparer les deux uniquement sur l'abattement de succession — identique — passe à côté du vrai sujet : ce que chacun vous permet de faire avant le décès. Si votre priorité immédiate est de sécuriser la transmission de votre résidence principale plutôt qu'un capital financier, notre article sur le coût réel des droits de succession sur une maison complète utilement cette réflexion. Pour arbitrer entre les deux enveloppes selon votre TMI et votre horizon, réalisez votre bilan patrimonial en ligne ou prenez rendez-vous avec un conseiller.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle et du contrat souscrit. La fiscalité et la réglementation évoluent chaque année (lois de finances notamment) : les seuils, abattements et taux cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture. Tout investissement comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

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