PER ou assurance-vie : lequel privilégier pour transmettre à ses enfants ?
PER et assurance-vie suivent, en cas de décès avant 70 ans, exactement le même abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du Code général des impôts) : l'un n'est pas fiscalement « meilleur » que l'autre sur ce point précis. La vraie différence tient à ce qui se passe avant le décès : le PER permet de déduire vos versements de votre revenu imposable, et cette économie reste acquise même si vous décédez avant la retraite — alors que l'assurance-vie n'offre aucune déduction à l'entrée. À effort d'épargne net identique, le PER transmet donc souvent un capital plus élevé, mais il l'immobilise jusqu'à la retraite ; l'assurance-vie, elle, reste disponible à tout moment. Ce sont deux outils complémentaires, pas deux concurrents.
Sommaire · 6 sections
- 01PER et assurance-vie ont-ils vraiment le même abattement en cas de décès ?
- 02Alors pourquoi dit-on que le PER est meilleur pour transmettre ?
- 03Exemple chiffré : transmettre à effort d'épargne net identique
- 04L'assurance-vie reste-t-elle meilleure pour un objectif retraite ou un projet ?
- 05Faut-il choisir l'un ou l'autre, ou les deux ?
- 06Ce qu'il faut retenir
On vous a peut-être déjà dit l'un ou l'autre : « l'assurance-vie est faite pour transmettre », ou à l'inverse « le PER est imbattable pour vos enfants ». Les deux affirmations, prises isolément, sont trompeuses — et la vérité est plus intéressante qu'un simple classement. Sur le plan strict de l'abattement de succession, les deux enveloppes sont à égalité. Ce qui les distingue vraiment se joue en amont, sur la façon dont chacune est alimentée, et sur ce que vous êtes prêt à immobiliser en échange.
PER et assurance-vie ont-ils vraiment le même abattement en cas de décès ?
Oui, mais seulement si le décès survient avant 70 ans — au-delà, une différence importante apparaît. Pour la version la plus répandue du PER — le PER individuel assurantiel, proposé par les assureurs (Swiss Life et la plupart des compagnies du marché) — juridiquement structuré comme un contrat d'assurance de groupe, le régime avant 70 ans suit exactement celui de l'assurance-vie : abattement de 152 500 € par bénéficiaire au titre de l'article 990 I du CGI, puis 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà.
Ce qui change au-delà de 70 ans n'est pas anodin. Pour une assurance-vie classique, c'est l'âge auquel chaque prime a été versée qui détermine son régime : les primes versées avant 70 ans restent sous l'article 990 I toute leur vie, quel que soit l'âge du souscripteur au jour du décès. Pour un PER assurantiel, la règle est différente : c'est l'âge du titulaire au jour du décès qui déclenche la bascule — et si ce décès survient après 70 ans, c'est l'intégralité du capital (versements et gains confondus, quel que soit leur ancienneté) qui tombe sous le régime moins favorable de l'article 757 B du CGI, précisé par le BOFiP, avec un abattement global de seulement 30 500 € pour l'ensemble des bénéficiaires.
| Support | Décès avant 70 ans | Décès après 70 ans |
|---|---|---|
| Assurance-vie classique | Art. 990 I : 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % / 31,25 % | Seules les primes versées après 70 ans passent en 757 B (abattement global 30 500 €) ; les primes versées avant 70 ans restent en 990 I |
| PER assurantiel | Art. 990 I : même régime que l'assurance-vie | Totalité du capital en 757 B (abattement global 30 500 €), quel que soit l'âge auquel les versements ont été faits |
| PER bancaire (compte-titres) | Réintégré à la succession, barème classique (art. 777 CGI) | Réintégré à la succession, barème classique — aucun abattement spécifique |
Concrètement : un PER intégralement alimenté à 45 ans, dont le titulaire décède à 72 ans, perd l'avantage du régime 990 I sur la totalité du capital — un résultat très différent de ce qu'aurait donné une assurance-vie alimentée dans les mêmes conditions, où ces mêmes versements resteraient sous 990 I. C'est le principal point de vigilance à connaître avant de choisir entre les deux enveloppes pour un objectif de transmission, en particulier passé un certain âge. Point d'attention distinct : un PER bancaire (compte-titres, plus rare) ne bénéficie d'aucun de ces deux régimes et suit les règles de succession classiques, sans abattement dédié — vérifiez systématiquement la nature juridique exacte de votre contrat.
Alors pourquoi dit-on que le PER est meilleur pour transmettre ?
La différence ne se loge pas dans l'abattement de succession, mais dans la fiscalité de sortie — et un décès avant la liquidation du plan n'est justement pas traité comme une sortie ordinaire. Pour un versement retiré de son vivant, la part correspondant aux versements déduits est réintégrée dans le revenu imposable et taxée au barème : c'est le mécanisme de décalage d'imposition détaillé dans notre article sur le PER, quand est-ce vraiment intéressant. Mais en cas de décès avant la liquidation du plan, cette réintégration n'a pas lieu : le capital transmis aux bénéficiaires échappe entièrement à l'impôt sur le revenu, seul le régime successoral (990 I ou 757 B, vu ci-dessus) s'applique.
Autrement dit, le PER cumule deux avantages que l'assurance-vie n'offre pas ensemble avant 70 ans : une déduction fiscale réelle à l'entrée, et l'absence totale de réintégration à l'impôt sur le revenu si le décès survient avant la retraite. L'assurance-vie, elle, est alimentée avec des sommes déjà taxées (aucune déduction à l'entrée) — mais elle garde un avantage que le PER n'a pas : sa règle de bascule vers le régime 757 B, prime par prime selon la date de versement, reste favorable même à un âge avancé, là où le PER bascule intégralement si le décès survient après 70 ans (voir plus haut).
Exemple chiffré : transmettre à effort d'épargne net identique
Hypothèses illustratives : TMI (taux marginal d'imposition) de 30 %, versement de 10 000 € l'année du décès, décès survenant avant 70 ans et avant la liquidation du plan. Ces chiffres ne constituent ni une garantie ni une projection personnalisée. Pourquoi 30 % : c'est une TMI courante pour un foyer aux revenus moyens-supérieurs (barème indicatif 2026, à vérifier). L'idée est de comparer, non pas deux versements du même montant, mais deux versements représentant le même sacrifice réel de trésorerie pour l'épargnant.
| Assurance-vie | PER (avant 70 ans, avant liquidation) | |
|---|---|---|
| Somme versée sur le contrat | 7 000 € | 10 000 € |
| Coût réel pour l'épargnant | 7 000 € (aucune déduction) | 7 000 € nets (10 000 € versés, moins 3 000 € d'économie d'impôt immédiate à 30 % de TMI) |
| Capital transmis en cas de décès (hors gains) | 7 000 € | 10 000 € |
| Fiscalité sur ce capital au décès | Abattement 152 500 €/bénéficiaire (art. 990 I) | Abattement 152 500 €/bénéficiaire (art. 990 I) — identique, sans réintégration IR |
| Disponibilité du vivant de l'épargnant | Totale, à tout moment, sans justification | Bloquée jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé légaux |
Pour le même effort net de trésorerie (7 000 €), le PER permet de transmettre 3 000 € de capital en plus — l'économie d'impôt de l'entrée, entièrement préservée par le décès avant liquidation. C'est ce levier, et non un abattement supérieur, qui justifie l'idée que le PER « transmet mieux ». Il se paie d'une contrainte réelle : cette somme est indisponible pour l'épargnant de son vivant, sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, notamment).
L'assurance-vie reste-t-elle meilleure pour un objectif retraite ou un projet ?
Oui, dès que la disponibilité compte. L'assurance-vie peut être rachetée partiellement ou totalement à tout moment, pour financer un projet, faire face à un imprévu, ou simplement piloter ses revenus à la retraite avec souplesse — avec, après 8 ans de détention, un abattement annuel sur les gains rachetés (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple, montants à vérifier). Le PER individuel n'offre rien de comparable avant la retraite : c'est le prix de son avantage fiscal à l'entrée.
| Assurance-vie | PER individuel | |
|---|---|---|
| Rôle principal | Épargne de moyen/long terme disponible, transmission | Retraite, avec effet de levier fiscal sur la transmission en cas de décès avant liquidation |
| Horizon recommandé | Flexible, à partir de quelques années | Jusqu'à la retraite |
| Déduction fiscale à l'entrée | Non | Oui, dans la limite du plafond épargne retraite |
| Disponibilité avant la retraite | Totale | Bloquée, hors cas légaux de déblocage anticipé |
| Abattement en cas de décès avant 70 ans | 152 500 € / bénéficiaire | 152 500 € / bénéficiaire (PER assurantiel) |
Faut-il choisir l'un ou l'autre, ou les deux ?
Dans l'immense majorité des situations que nous rencontrons, la question n'est pas « lequel » mais « dans quel ordre et pour quelle part ». Une épargne de précaution et un objectif de disponibilité relèvent de l'assurance-vie ; un objectif de retraite, avec une TMI actuelle nettement supérieure à celle attendue au moment de la sortie, plaide pour le PER — voir notre grille de décision dans le PER, quand est-ce vraiment intéressant. Beaucoup de foyers gagnent à faire les deux, dans des proportions qui dépendent de leur TMI, de leur âge et de leur besoin de liquidité.
Une fois les deux enveloppes ouvertes, la répartition de la clause bénéficiaire entre elles mérite d'être pensée par catégorie de bénéficiaire, pas seulement par montant. Une pratique courante consiste à désigner prioritairement le conjoint sur le PER et les enfants sur l'assurance-vie, plutôt que l'inverse ou une répartition identique sur les deux contrats. La logique : le conjoint survivant est de toute façon exonéré de droits de succession sur les sommes qu'il reçoit, quelle que soit l'enveloppe, alors que l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire profite pleinement aux enfants — le répartir sur l'enveloppe où l'antériorité fiscale et la disponibilité leur conviennent le mieux, l'assurance-vie, plutôt que sur un PER dont ils ne pourraient de toute façon débloquer les fonds qu'au moment de leur propre retraite s'ils le conservaient. Ce n'est pas une règle absolue — la clause bénéficiaire par défaut de chaque contrat mérite d'être vérifiée et adaptée à la situation familiale réelle, pas simplement reconduite d'un contrat à l'autre.
Le PER a-t-il vraiment un meilleur abattement que l'assurance-vie pour mes enfants ?
Avant 70 ans, non : l'abattement est identique (152 500 € par bénéficiaire) pour un PER individuel assurantiel et pour une assurance-vie, et la différence vient de la déduction fiscale à l'entrée du PER. Après 70 ans en revanche, le PER devient nettement moins favorable que l'assurance-vie sur ce point précis — voir la question suivante.
Que se passe-t-il si le titulaire d'un PER décède après 70 ans ?
C'est le principal piège à connaître : contrairement à l'assurance-vie, où seules les primes versées après 70 ans basculent vers le régime 757 B (abattement global de 30 500 €), un PER assurantiel bascule intégralement — la totalité du capital, y compris les versements faits des décennies plus tôt — dès lors que le décès du titulaire survient après ses 70 ans. Ce mécanisme, précisé par le BOFiP, peut représenter un coût successoral important pour un PER ancien et bien doté.
Si je décède après avoir commencé à percevoir mon PER, mes enfants gardent-ils l'abattement ?
Non : une fois le plan liquidé (sortie en rente ou en capital entamée), il ne s'agit plus d'un capital transmis par décès mais des sommes déjà perçues ou d'un reliquat, qui entrent dans votre succession classique, sans l'abattement de l'article 990 I.
L'assurance-vie est-elle imposée si je la rachète avant mon décès ?
Oui, les gains rachetés (pas le capital versé) sont soumis au prélèvement forfaitaire unique ou, sur option, au barème, avec un abattement annuel après 8 ans de détention. C'est une fiscalité de rachat, différente de la fiscalité de succession évoquée dans cet article.
Puis-je désigner qui je veux comme bénéficiaire sur un PER, comme sur une assurance-vie ?
Oui, les deux contrats reposent sur une clause bénéficiaire libre, hors du cadre classique des héritiers réservataires — d'où leur intérêt commun pour transmettre à un concubin ou un partenaire non marié, dans les limites de la réserve héréditaire des enfants.
Est-ce risqué de tout miser sur le PER pour transmettre, plutôt que sur l'assurance-vie ?
Le risque principal n'est pas fiscal mais de liquidité : les sommes versées sur le PER sont bloquées jusqu'à la retraite. Une transmission bien préparée combine généralement les deux enveloppes plutôt que de tout concentrer sur une seule.
Ces règles s'appliquent-elles à un PER d'entreprise (PERCOL, PERO) ?
Le principe de l'abattement 990 I/757 B s'applique aux compartiments assurantiels de ces plans dans les mêmes conditions d'âge, mais leurs règles de sortie et d'alimentation diffèrent nettement du PER individuel — voir notre article sur l'épargne salariale, le PEE et le PERCO. Encore faut-il que ce compartiment soit bien assurantiel : un PERCOL logé en compte-titres chez un teneur de compte comme Amundi ou Natixis, ce qui est le cas le plus fréquent, ne bénéficie d'aucun de ces deux régimes et tombe dans la succession ordinaire. Le transférer vers un PER individuel assurantiel change ce point précis — voir notre article sur le délai et les frais réels de ce transfert.
Ce qu'il faut retenir
PER et assurance-vie ne sont pas deux versions concurrentes du même outil : l'assurance-vie reste le véhicule de la disponibilité, le PER celui de l'effet de levier fiscal, actif y compris en cas de décès avant la retraite — mais attention à l'âge : passé 70 ans, l'assurance-vie protège chaque prime individuellement tandis que le PER bascule en bloc vers le régime 757 B, moins favorable. Comparer les deux uniquement sur l'abattement de succession avant 70 ans passe à côté du vrai sujet : ce que chacun vous permet de faire avant le décès, et ce qui se passe si celui-ci survient tard. Si votre priorité immédiate est de sécuriser la transmission de votre résidence principale plutôt qu'un capital financier, notre article sur le coût réel des droits de succession sur une maison complète utilement cette réflexion. Pour arbitrer entre les deux enveloppes selon votre TMI et votre horizon, réalisez votre bilan patrimonial en ligne ou prenez rendez-vous avec un conseiller.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle et du contrat souscrit. La fiscalité et la réglementation évoluent chaque année (lois de finances notamment) : les seuils, abattements et taux cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture. Tout investissement comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

Master 2 Banque et Finance d'Entreprise, EDHEC Nice. 10 ans sur les marchés financiers, 5 ans à conseiller des particuliers — formé sur les marchés avant de se former à la gestion de patrimoine, ce qui change la façon de regarder un produit.
Trois repères comptent dans une assurance vie : les 8 ans du contrat, les 70 ans de l'assuré, et la date de chaque versement, avant ou après cet âge.
Sources : Ouvrir une assurance vie avec 1 000 € pour « prendre date » · Assurance vie après 70 ans · Faut-il plusieurs contrats d'assurance vie ? · Assurance vie en banque ou chez un courtier : ce qui change au décès