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COÛT

Exit tax : combien ça coûte vraiment, qui est concerné, comment elle s'efface

Par Alexandre Pollet·Mis à jour le 2 septembre 2026·14 min de lecture
L'essentiel

L'exit tax se déclare presque toujours, se paie rarement, et s'efface légalement dans la plupart des trajectoires. Le champ d'application repose sur deux conditions cumulatives : avoir été résident fiscal français 6 des 10 dernières années, et détenir soit plus de 800 000 € de titres et droits sociaux, soit plus de 50 % d'une société. L'impôt théorique (30 % de la plus-value latente) est intégralement dégrevé après 2 ans de conservation des titres (portefeuille inférieur à 2,57 M€) ou 5 ans (au-delà). Le sursis de paiement n'est automatique et sans garantie que pour un départ vers l'UE/EEE ; pour toute autre destination — Émirats, Suisse, Singapour, États-Unis compris — il doit être demandé expressément et suppose en général la constitution de garanties, faute de convention d'assistance au recouvrement équivalente à celle qui lie les États membres entre eux.

C'est l'impôt qui fait renoncer certains entrepreneurs à partir — souvent à tort. L'exit tax se déclare presque toujours, se paie rarement, et s'efface légalement dans la plupart des trajectoires. Encore faut-il connaître les seuils, les délais, et les erreurs qui la transforment en chèque bien réel.

Qui est concerné par l'exit tax ? Les deux seuils à connaître

L'exit tax — officiellement le dispositif de l'article 167 bis du Code général des impôts — repose sur une idée simple : en cas de départ de France avec un portefeuille de titres gorgé de plus-values latentes, la France fige sa créance fiscale au jour du départ, pour éviter que la plus-value accumulée sous son toit ne soit réalisée, en franchise totale, depuis un pays qui ne taxe rien.

Le champ d'application suppose de cumuler deux conditions :

  • Condition de durée : avoir été résident fiscal français pendant au moins six des dix années précédant le transfert du domicile. Les expatriés de passage et les impatriés repartis rapidement sont hors champ.
  • Condition de patrimoine : détenir, au jour du départ, soit des titres et droits sociaux d'une valeur globale supérieure à 800 000 €, soit une participation d'au moins 50 % dans les bénéfices sociaux d'une société — même si elle vaut moins de 800 000 €.

Sont visés les actions, parts sociales, obligations et titres assimilés, y compris logés en compte-titres ordinaire, ainsi que certaines créances (notamment les compléments de prix d'une cession d'entreprise) et les plus-values déjà placées en report d'imposition. Ne sont pas concernés : l'immobilier détenu en direct, les contrats d'assurance-vie, et les titres logés dans un PEA, qui suit son propre régime détaillé dans ce que deviennent PEA et assurance-vie quand on part.

Le réflexe à avoir — Le seuil de 800 000 € s'apprécie sur la valeur des titres, pas sur la plus-value. Un portefeuille d'ETF de 900 000 € avec 100 000 € de gains latents est dans le champ — mais l'assiette taxable, elle, ne sera que la plus-value latente.

Combien coûte l'exit tax ? Le calcul en clair

Au jour du transfert de résidence, l'administration calcule un impôt théorique sur les plus-values latentes, comme si tout avait été vendu la veille du départ : l'assiette est la valeur des titres au jour du départ moins leur prix d'acquisition, titre par titre ; le taux est le prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % plus les prélèvements sociaux de 17,2 %, soit 30 % — ou, sur option globale, le barème progressif si la situation y gagne. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (3 à 4 %) peut s'ajouter au-delà de 250 000 € ou 500 000 € de revenu fiscal de référence.

Exemple illustratif, hypothèses simplifiées à titre purement indicatif : un entrepreneur détient 100 % de sa société, acquise pour 100 000 €, valorisée 2 M€ au départ. Plus-value latente : 1,9 M€. Exit tax théorique au PFU : 1,9 M€ × 30 % = 570 000 €. Ce chiffre impressionne, mais dans une trajectoire préparée, il ne sera jamais décaissé — c'est tout l'objet des deux sections suivantes.

Le sursis de paiement : pourquoi on déclare sans payer

L'exit tax est, dans l'immense majorité des cas, assortie d'un sursis de paiement. Le contribuable déclare l'impôt, l'administration le fige, et personne ne décaisse rien tant qu'aucun « événement » ne survient — mais la nature de ce sursis diffère radicalement selon la destination.

Destination du départSursisGaranties à constituer
Union européenne et Espace économique européen (Islande, Liechtenstein, Norvège)Automatique, de plein droitAucune
Autres pays, y compris ceux liés par une convention fiscale bilatérale avec la France (Suisse, Émirats arabes unis, Singapour, États-Unis, Royaume-Uni, Canada, notamment)Sur demande expresse (90 jours avant le départ), sauf convention d'assistance au recouvrement équivalente à celle des États membres de l'UE — rare hors UE/EEEOui en général — caution bancaire ou nantissement de titres, de l'ordre de 0,75 % à 1,5 % par an du montant garanti
États et territoires non coopératifsSur demande, conditions renforcéesOui, sauf départ pour raisons professionnelles

Point de vigilance important — Contrairement à une idée reçue, la convention fiscale franco-émiratie (1989, modifiée par un avenant de 1993) ne comporte pas de clause d'assistance au recouvrement équivalente à celle qui lie les États membres de l'UE entre eux. Un départ vers les Émirats, la Suisse, Singapour ou les États-Unis ne bénéficie donc pas, en principe, du sursis automatique sans garantie réservé à l'UE/EEE : le sursis reste possible, mais sur demande, avec constitution de garanties. Ce point se vérifie précisément avec un avocat fiscaliste avant le départ — une hypothèse erronée sur ce point peut coûter cher.

Le sursis transforme donc l'exit tax en créance dormante. Elle ne se réveille que dans des cas précis : la cession des titres (vente, mais aussi rachat, remboursement ou annulation), le non-respect des obligations déclaratives, ou le transfert ultérieur vers une juridiction non couverte.

Comment l'exit tax s'efface : les délais de 2 et 5 ans

Pour les départs intervenus depuis 2019, l'impôt en sursis est intégralement dégrevé — impôt sur le revenu et prélèvements sociaux — en cas de conservation des titres pendant 2 ans après le départ, lorsque la valeur globale des titres dans le champ était inférieure à 2 570 000 € au jour du départ, ou 5 ans lorsqu'elle était supérieure à ce seuil.

Trois autres événements effacent également la créance : le retour en France avec les titres en portefeuille (retour au prix de revient d'origine, comme si rien ne s'était passé) ; le décès du contribuable ; la donation des titres, de plein droit dans l'UE, sous condition de démontrer l'absence de but principalement fiscal pour les départs hors UE.

La nuance qui change tout après le dégrèvement — Une fois l'exit tax dégrevée, une cession ultérieure échappe à l'impôt français sur la plus-value (hors cas particuliers comme les participations substantielles dans certaines conventions). Mais elle reste soumise à la fiscalité du pays de résidence au moment de la vente. Vendre depuis les Émirats après le délai : souvent zéro impôt. Vendre depuis l'Espagne ou le Portugal : fiscalité locale pleine. Le dégrèvement français ne purge pas le monde entier — il purge la France.

Les trois erreurs qui transforment l'exit tax en vrai chèque

  1. 1.Vendre pendant le délai de conservation. Le classique : l'entrepreneur part, reçoit une offre quelques mois plus tard, vend. La cession pendant le sursis rend l'impôt français exigible — 30 % de la plus-value calculée au départ — alors que patienter jusqu'au dégrèvement l'aurait effacé.
  2. 2.Bâcler les déclarations. Le sursis est conditionné au respect des obligations déclaratives. Un formulaire de suivi oublié peut, selon les cas, faire tomber le sursis et rendre l'impôt exigible avec intérêts.
  3. 3.Restructurer sans précaution. Apports, fusions, rachats par la société, réductions de capital : certaines opérations sur les titres pendant le sursis sont assimilées à des cessions. Toute opération capitalistique pendant le délai doit être validée à l'aune de l'exit tax avant d'être signée.

Quels formulaires, quelle année ? Le déroulé pratique

  • Année du départ : déclaration du transfert de domicile et formulaire 2074-ETD (plus-values latentes, créances, reports) avec la déclaration de revenus de l'année du départ.
  • Années suivantes : un état de suivi (2074-ETS ou sa version allégée) reste exigé dans certains cas — sursis sur option, garanties, événements sur les titres. Depuis 2019, le suivi est nettement allégé pour les sursis automatiques.
  • Année de l'événement (cession, donation, retour, échéance du délai) : c'est là que se joue le dégrèvement ou l'exigibilité.

Je pars aux Émirats avec 1 M€ d'actions. Vais-je payer l'exit tax ?

Vous serez dans le champ de l'exit tax (plus de 800 000 € de titres). Le sursis n'est cependant pas automatique pour les Émirats : il doit être demandé et suppose en général la constitution de garanties. Une fois le sursis obtenu, l'impôt est dégrevé si les titres sont conservés deux ans après le départ.

L'exit tax concerne-t-elle l'assurance-vie ou l'immobilier ?

Non. Elle vise les valeurs mobilières et droits sociaux (actions, parts de sociétés, certaines créances), pas les contrats d'assurance-vie ni l'immobilier.

Faut-il avoir été résident longtemps pour être concerné ?

Oui : l'exit tax ne s'applique qu'aux contribuables ayant été résidents fiscaux français pendant au moins six des dix années précédant le départ.

Que se passe-t-il si je vends mes titres trois ans après le départ ?

Tout dépend du seuil de dégrèvement. Si les titres valaient moins de 2,57 M€ au départ, l'exit tax est effacée après deux ans. Au-delà, le délai est de cinq ans : une vente en année trois rendrait l'impôt français exigible.

Puis-je donner mes titres à mes enfants pour échapper à l'exit tax ?

La donation des titres pendant le sursis peut entraîner le dégrèvement, avec des conditions plus strictes hors Union européenne. Elle déclenche en revanche ses propres règles de droits de donation. C'est un levier réel, à structurer avec un notaire.

Ce qu'il faut retenir

L'exit tax est un impôt de calendrier : bien séquencé, il ne coûte que de la paperasse ; mal séquencé, il prélève 30 % d'une plus-value que le pays d'accueil n'aurait peut-être jamais taxée. La différence entre les deux tient à des dates — celle du départ, celle de la cession, celle du retour éventuel — et, pour les destinations hors UE/EEE, à la bonne compréhension du régime de sursis applicable.

Si votre départ est encore devant vous, pour préparer le séquencement de votre exit tax, réalisez votre bilan patrimonial en ligne.

Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle et du pays de destination. La fiscalité et la réglementation évoluent chaque année : les règles et seuils cités sont ceux connus à la date de mise à jour de cet article et doivent être vérifiés au moment de votre lecture, notamment auprès d'un avocat fiscaliste avant tout départ. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.

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