Autocall : ce que vaut réellement un coupon de 8 % ou 16 % selon la durée du produit (effet mémoire, plafonnement, données AMF-ACPR)
Un autocall affiche un coupon annuel, par exemple 8 % ou 16 %, mais ce coupon n'est pas un taux capitalisé : il s'accumule de façon linéaire tant que le produit n'est pas rappelé. Un coupon de 16 % rapporte 16 % si le produit sort dès la première année, 12,5 % par an s'il sort au bout de cinq ans, et 10 % par an s'il va jusqu'à ses dix ans. Le gain est plafonné au coupon quoi que fasse le marché, les frais d'entrée ne sont jamais remboursés en cas de rappel anticipé, et le niveau du coupon est d'abord la rémunération d'un risque : sous-jacent volatil, secteur unique, indice à décrément. Les données publiées par l'AMF et l'ACPR donnent l'ordre de grandeur réel : plus de 90 % des produits clos entre 2021 et 2023 sont sortis avant leur échéance maximale, 80 % en moins de trois ans, avec un rendement annuel médian brut de 6,50 % sur une période de marchés haussiers. L'étude AMF de 2020 montre l'autre face : les produits qui vivent longtemps sont ceux qui rapportent le moins.
Une allocation composée de six ou huit produits structurés, avec des coupons annoncés entre 8 % et 16 %, une protection du capital jusqu'à 50 % de baisse et la promesse que « des liquidités reviennent tous les ans » : ce type de proposition circule beaucoup en ce moment, et la première réaction d'un épargnant prudent est la bonne. Au-dessus de 9 ou 10 % par an, un rendement annoncé mérite qu'on cherche où se trouve la contrepartie. Elle existe, elle est documentée par les régulateurs, et elle se lit à trois endroits précis de la brochure : la façon dont le coupon s'accumule, ce que vous abandonnez en cas de hausse, et ce qui se passe quand le produit ne sort pas.
Cet article est le complément de notre présentation générale des produits structurés en assurance-vie, qui traite de leur nature juridique (une créance sur une banque), des frais mesurés par le régulateur et du risque d'émetteur. Ici, on ne parle que du rendement : comment il est calculé, ce qu'il vaut réellement selon la durée de vie du produit, et pourquoi un coupon de 16 % n'a rien de magique.
Le vocabulaire d'une brochure d'autocall, terme par terme
Un autocall (pour « automatically callable », remboursable automatiquement par anticipation) est la structure dominante du marché français : la cartographie publiée par le Pôle commun AMF-ACPR en avril 2025 indique que « la très grande majorité des structurations sont de type autocall ». Chaque brochure combine les mêmes briques, sous des noms qui varient d'un émetteur à l'autre.
| Terme | Ce qu'il désigne | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|---|
| Sous-jacent | L'indice, l'action ou le panier dont le niveau déclenche tout le reste | Indice de marché connu, action unique, indice sectoriel étroit ou indice à décrément construit pour le produit ? Plus il est étroit ou volatil, plus le coupon est élevé, et plus le risque l'est aussi |
| Date de constatation (ou d'observation) | Les dates, souvent annuelles ou trimestrielles, où l'on compare le sous-jacent à son niveau initial | Une constatation trimestrielle multiplie les occasions de rappel, mais aussi les occasions de constater un niveau défavorable |
| Barrière de rappel (ou de remboursement anticipé) | Le niveau au-dessus duquel le produit est remboursé avec ses coupons | Fixe (100 % du niveau initial) ou dégressive (100 %, puis 95 %, 90 %…) : c'est l'« escalier » des brochures |
| Coupon | Le gain affiché, exprimé en pourcentage du nominal par période écoulée | Il est linéaire, pas capitalisé : voir le calcul plus bas |
| Effet mémoire | Les coupons non versés à une date de constatation sont mis en réserve et payés plus tard si une condition est remplie | Sous quelle condition exactement : au rappel seulement, ou dès que le sous-jacent repasse au-dessus d'une barrière de coupon ? |
| Barrière de coupon | Dans certaines structures, un niveau plus bas que la barrière de rappel, au-dessus duquel le coupon est dû sans que le produit sorte | Si elle n'existe pas, un produit jamais rappelé peut rendre le capital sans aucun coupon |
| Barrière de protection | Le niveau de baisse (souvent 40 % à 50 %) en dessous duquel le capital n'est plus protégé à l'échéance | Elle ne joue qu'à l'échéance finale, jamais en cours de vie |
| Échéance (ou durée maximale) | La durée de vie théorique du produit si aucune date de constatation ne déclenche le rappel | Le plus souvent 8 ou 10 ans : c'est un horizon à envisager sérieusement, pas une hypothèse d'école |
Ces mécanismes sont précisément ceux que l'AMF utilise pour mesurer la complexité d'un produit. Sa position DOC-2010-05 sur la commercialisation des instruments financiers complexes, créée le 15 octobre 2010 et modifiée en dernier lieu le 8 décembre 2025, compte parmi les « mécanismes » d'une formule un effet plafond ou plancher, une protection désactivée lors d'un franchissement de seuil à la baisse, un effet mémoire, une cristallisation de gain, et décompte comme mécanisme la barrière de rappel dégressive. Au-delà de trois mécanismes, l'AMF considère qu'il est « délicat, voire impossible, pour l'investisseur de reconstituer le « pari » qu'il prend ». Un autocall à barrière dégressive, avec effet mémoire et protection conditionnelle du capital, en cumule déjà trois.
Les quatre scénarios d'un autocall, sur un exemple chiffré
Prenons un produit type, volontairement simple : 10 000 € investis, constatation annuelle, coupon de 8 % par année écoulée avec effet mémoire, barrière de rappel à 100 % du niveau initial, barrière de protection à 50 %, durée maximale de dix ans. Les chiffres sont illustratifs et ne correspondent à aucun produit particulier ; ils ne tiennent compte ni des frais du contrat d'assurance-vie ni de la fiscalité.
| Scénario | Ce qui se passe | Ce que vous touchez |
|---|---|---|
| 1. Rappel dès la première année | À la première date de constatation, le sous-jacent est au-dessus de son niveau initial | 10 800 € : le capital et un coupon de 8 %. Le produit est terminé, l'argent revient et doit être replacé |
| 2. Rappel en année 4 | Le sous-jacent est resté sous son niveau initial aux trois premières constatations, puis repasse au-dessus | 13 200 € : le capital et quatre coupons de 8 % mémorisés, soit 32 % en quatre ans |
| 3. Jamais rappelé, sous-jacent entre −50 % et 0 % à l'échéance | Aucune constatation n'a déclenché le rappel, mais la barrière de protection n'est pas franchie au bout de dix ans | Selon la structure : 10 000 € (dix ans pour retrouver sa mise) ou 18 000 € si le produit prévoit une barrière de coupon franchie à l'échéance (dix coupons payés d'un coup) |
| 4. Jamais rappelé, sous-jacent sous −50 % à l'échéance | Le sous-jacent a perdu plus de la moitié de sa valeur à la date finale | Le capital diminué de la baisse : 4 500 € pour une baisse de 55 %, sans aucun coupon |
Le scénario 3 impose une lecture attentive, parce que deux familles de produits coexistent sous le même nom d'autocall. Dans la première, souvent commercialisée sous une appellation du type « Athéna », le coupon n'est dû qu'au rappel : si le produit va jusqu'à l'échéance sans jamais être rappelé et termine sous sa barrière de rappel, vous récupérez votre capital, et rien d'autre, après dix ans. Dans la seconde, du type « Phoenix », une barrière de coupon plus basse (par exemple −30 %) permet de percevoir les coupons, mémoire comprise, même sans rappel. La différence entre les deux, à coupon affiché identique, se joue exactement dans le scénario défavorable, celui pour lequel vous acceptez le produit.
Le groupe de travail des commissions consultatives de l'AMF, dans son étude de janvier 2026 sur la lisibilité des produits structurés, note que si l'information est claire pour le cas du rappel anticipé (« X % par année écoulée »), elle est « souvent peu compréhensible ou même parfois non spécifiée dans le cas où le produit va jusqu'à son terme ». C'est cette ligne-là qu'il faut chercher dans la brochure, en général dans le descriptif des scénarios, en petits caractères.
Du coupon affiché au rendement annualisé : le calcul
Le point qu'il faut faire soi-même : le coupon d'un autocall n'est pas un taux de rendement annuel au sens où on l'entend pour un livret ou un fonds en euros. Il s'accumule de façon linéaire (8 % par année écoulée donne 32 % au bout de quatre ans), sans se capitaliser. Un placement classique à 8 % par an donnerait, lui, 36 % au bout de quatre ans, parce que les intérêts de la deuxième année portent sur un capital déjà augmenté. Plus le produit vit longtemps, plus l'écart se creuse.
Le rendement annualisé équivalent se calcule simplement : (1 + nombre d'années × coupon) élevé à la puissance 1/nombre d'années, moins 1. Le tableau ci-dessous applique cette formule à quatre niveaux de coupon (calcul de l'auteur, arrondi au dixième de point, hors frais du contrat et hors fiscalité).
| Durée de vie effective | Coupon 6 % | Coupon 8 % | Coupon 12 % | Coupon 16 % |
|---|---|---|---|---|
| 1 an (rappel à la première constatation) | 6,0 % | 8,0 % | 12,0 % | 16,0 % |
| 2 ans | 5,8 % | 7,7 % | 11,4 % | 14,9 % |
| 3 ans | 5,7 % | 7,4 % | 10,8 % | 14,0 % |
| 5 ans | 5,4 % | 7,0 % | 9,9 % | 12,5 % |
| 8 ans | 5,0 % | 6,4 % | 9,1 % | 10,9 % |
| 10 ans (échéance maximale) | 4,8 % | 6,1 % | 8,2 % | 10,0 % |
Un coupon de 16 % ne vaut donc « 16 % par an » que dans un seul cas : le rappel dès la première constatation. Si le même produit met dix ans à sortir, il aura rapporté 160 % en dix ans, soit 10 % par an, et il aura fallu attendre la dernière année pour le savoir. Ce n'est pas une mauvaise performance en soi ; c'est l'ordre de grandeur d'un placement en actions sur longue durée, obtenu avec un produit qui vous a fait renoncer à la hausse au-delà du coupon, aux dividendes, et à toute protection du capital en cas de sortie anticipée.
Deux corrections réduisent encore ces chiffres. La première tient aux frais d'entrée : l'étude du Pôle commun AMF-ACPR publiée le 22 juin 2026 mesure un coût d'entrée total moyen de 5,83 % du nominal sur son échantillon (de 1,20 % à 13,16 % selon les produits), et précise que « les frais payés à l'entrée ne lui seront pas partiellement remboursés quand bien même le produit serait rappelé avant son échéance ». Ces frais sont le plus souvent intégrés dans les conditions du produit (coupon plus bas ou protection plus faible que ce que la banque pourrait offrir sans eux) plutôt que prélevés sur votre versement, mais ils sont payés en totalité, y compris quand le produit ne vit qu'un an. La seconde correction tient au réinvestissement : l'AMF notait déjà dans son étude de janvier 2020 que « les produits ayant une maturité effective courte ne seront pas forcément les plus rentables après prise en compte des frais car des commissions s'appliqueront à chaque réinvestissement ».
C'est là que se loge un conflit d'intérêts structurel qu'il faut nommer, y compris pour notre profession. La rémunération du distributeur (3,15 % du nominal en moyenne dans l'étude AMF-ACPR, et 3,95 % pour les conseillers en investissements financiers, dont les cabinets de gestion de patrimoine) est acquise à la souscription et calculée sur la durée maximale du produit. Un produit rappelé au bout d'un an et remplacé par un autre génère une nouvelle commission. L'argument « mieux vaut faire trois fois 10 % qu'une fois 30 % » est arithmétiquement juste pour l'épargnant à condition de compter les frais d'entrée acquittés à chaque tour ; il l'est sans condition pour celui qui distribue. Quand un conseiller se rémunère ainsi, comprendre comment les intermédiaires sont payés n'est pas un détail.
Pourquoi un coupon de 16 % existe : ce que rémunère le taux affiché
Un coupon élevé n'est ni une anomalie ni une aubaine : c'est le prix d'un risque que l'épargnant vend à la banque, souvent sans le formuler ainsi. Trois paramètres l'expliquent presque entièrement.
La volatilité du sous-jacent. Plus le sous-jacent bouge, plus la probabilité de franchir la barrière de protection est élevée, et plus la banque peut offrir de coupon en échange. La note explicative publiée par le Pôle commun AMF-ACPR en juin 2026 vise expressément les produits « exposés à un nombre limité de sous-jacents ou à un sous-jacent unique (par exemple le cours d'une seule action), dont la volatilité, et donc le risque de variation négative […] peut être sensiblement plus élevée que celle d'indices diversifiés ». Un indice sectoriel étroit (mines d'or, énergie, luxe, automobile) se comporte, de ce point de vue, davantage comme une action unique que comme un indice de marché. La cartographie 2025 le vérifie dans les résultats : elle relève « une corrélation positive entre le niveau de risque et le rendement », le rendement médian des produits à indicateur de risque élevé étant nettement supérieur à celui des produits prudents.
Le moment de la construction. Les conditions d'un produit sont figées à sa date de constatation initiale, à l'issue d'une période de commercialisation de plusieurs semaines. Un produit construit juste après une chute brutale d'un secteur, quand la volatilité est haute et les niveaux bas, affiche mécaniquement un coupon plus élevé qu'un produit construit sur un marché calme et cher. C'est vrai, et c'est précisément pour cela qu'une allocation « photographiée » un trimestre donné ne dit rien de ce que le même distributeur pourra proposer le trimestre suivant.
Les mécanismes ajoutés à la formule. L'indice à décrément, qui retranche chaque année un dividende synthétique fixe au sous-jacent, permet selon l'étude du groupe de travail de l'AMF de janvier 2026 « d'améliorer la structure du produit (augmenter son coupon et/ou son niveau de protection du capital) » ; le même document avertit que « poussé à l'extrême, ce mécanisme pourrait conduire à afficher un taux de coupon très élevé, dont la probabilité de réalisation serait en réalité très faible ». La recherche académique va dans le même sens. Claire Célérier et Boris Vallée (Quarterly Journal of Economics, 2017), sur environ 55 000 produits européens émis entre 2002 et 2010, mesurent un taux d'en-tête moyen de 8,2 % quand le taux de swap à cinq ans était en moyenne de 3,7 %, et montrent que chaque mécanisme ajouté à une formule augmente le taux affiché d'environ 0,3 point tout en augmentant la probabilité d'exposition à une perte totale. Sur les produits arrivés à échéance avant 2011, la performance réalisée moyenne ressort à 2,44 % par an, soit 1,3 point sous le taux sans risque (chiffres de la version de travail de l'étude, à confirmer sur la version publiée). Cette période englobe la crise de 2008 et n'est pas transposable telle quelle aux millésimes récents, mais elle rappelle ce qu'un coupon flatteur peut valoir dans un mauvais cycle.
Combien de temps vivent vraiment les autocalls : les chiffres publiés
Le discours commercial retient un chiffre simple : « la plupart des produits sortent au bout d'un an ». Aucune publication de l'AMF ou de l'ACPR ne donne la part des produits rappelés à leur première date de constatation ; il faut s'en tenir à ce qui est réellement publié.
| Source | Période | Ce qu'elle mesure |
|---|---|---|
| Cartographie du Pôle commun AMF-ACPR (avril 2025) | Produits clos entre 2021 et 2023 | Plus de 90 % clôturés avant leur durée maximale théorique ; maturité réelle entre 1 et 5 ans, « dont 80 % avant 3 ans et 95 % avant 5 ans » ; perte en capital pour moins de 1 % des produits remboursés ; rendement annuel médian brut de frais de 6,50 % |
| Étude du Pôle commun AMF-ACPR (22 juin 2026) | Produits commercialisés de 2022 à 2024 | « Un contexte de marché actions favorable a permis à la plupart des produits structurés d'être remboursés par anticipation après une durée moyenne de 2 ans, bien avant leur échéance théorique (8-12 ans) » ; rendement inférieur de 2,4 points par an à des fonds indiciels sur les mêmes sous-jacents |
| Étude AMF « Risques et tendances » (janvier 2020) | 6 217 produits commercialisés de 2001 à 2018, dont 3 717 arrivés à échéance | 5 % des produits échus avec performance négative et 6 % avec capital tout juste préservé ; 75 % positifs après inflation ; performance annualisée décroissante avec la durée de vie effective |
Ces trois séries disent la même chose, et son revers. Sur des marchés qui montent, ce qui a été le cas de 2021 à 2024, les autocalls sortent vite et rapportent leur coupon : la promesse de liquidités régulières est tenue. Mais la durée de vie d'un produit n'est pas indépendante de sa performance : c'est justement quand le marché baisse que le produit n'est pas rappelé, que les coupons s'accumulent sans être versés, et que l'argent ne revient pas. L'étude de 2020 le montre avec vingt ans de recul : la performance annualisée moyenne des produits échus décroît régulièrement avec leur maturité effective, de 7,7 % pour les produits sortis en moins d'un an à 4,0 % pour ceux qui ont vécu trois à quatre ans, autour de 2 % entre cinq et neuf ans, puis 0,3 % entre neuf et dix ans et −1,0 % entre dix et onze ans (graphique 51 de l'étude, performances brutes de frais). Les pires cas identifiés, avec des pertes de 40 % à 92 %, concernent des produits indexés sur le CAC 40 émis en août 2007, ou sur des actions uniques comme Dexia ou Abengoa.
Autrement dit, les produits qui ne sortent pas sont exactement ceux dont le coupon annualisé fond, et ceux dont la protection finit par être testée. Un portefeuille de huit autocalls sur des indices actions diversifie les émetteurs et les dates de constatation, pas le scénario : dans une baisse générale, aucun des huit n'est rappelé la même année, et c'est précisément l'année où l'on aurait besoin des « liquidités qui reviennent ».
Le plafonnement : ce que vous abandonnez quand le marché monte
Le coupon est un plafond autant qu'une promesse. Si le sous-jacent gagne 20 % la première année, vous touchez le coupon, pas les 20 %. L'étude AMF-ACPR de juin 2026 le formule sans détour : le rendement « est généralement plafonné et conditionnel », et « même en cas de forte progression [du sous-jacent], le gain pour l'investisseur demeure borné par le montant des coupons et par un remboursement anticipé qui met fin à l'exposition ». Vous abandonnez également les dividendes : le coupon rémunère, selon les termes du groupe de travail de l'AMF, « l'abandon d'une partie de la performance de la référence choisie et de tout ou partie des dividendes versés ».
C'est ce plafonnement, cumulé aux frais, qui explique l'écart de 2,4 points par an mesuré par le régulateur entre les produits structurés commercialisés de 2022 à 2024 et de simples fonds indiciels sur les mêmes sous-jacents. Le profil qui en résulte est asymétrique, comme le résume la note explicative des deux autorités : « les gains sont plafonnés tandis que les pertes peuvent être totales ». Accepter cette asymétrie peut être un choix raisonné, pour une fraction d'un patrimoine, en échange d'un gain connu à l'avance dans un marché stable ou en légère baisse. L'accepter sans l'avoir vue est autre chose.
Les questions à poser, par écrit, avant de signer
- 1.Sur quoi porte exactement le sous-jacent : un indice de marché, une action unique, un indice sectoriel, un indice à décrément ? Demandez la fiche de l'indice et son écart avec l'indice de référence sur cinq ans.
- 2.Le coupon est-il dû seulement au rappel, ou existe-t-il une barrière de coupon avec effet mémoire ? Que touche-t-on si le produit va jusqu'à son terme entre la barrière de protection et la barrière de rappel ?
- 3.Quel est le coût d'entrée total du produit, et quelle part revient au distributeur ? Le document d'informations clés (DIC) imposé par le règlement européen PRIIPs présente les coûts et quatre scénarios de performance, dont un scénario de tensions : lisez celui-là en premier.
- 4.Combien de mécanismes la formule cumule-t-elle au sens de la position AMF DOC-2010-05 ? Au-delà de trois, l'AMF considère le produit comme difficile à évaluer pour un particulier.
- 5.Que vaut le produit si vous devez sortir en année 3 ? La valeur de rachat en cours de vie est fixée par l'émetteur, sans marché organisé, et la protection ne joue pas.
- 6.Quelle part de votre patrimoine financier ces produits représentent-ils, tous émetteurs confondus ? Une allocation entièrement composée d'autocalls sur indices actions est une exposition actions avec un plafond, pas un portefeuille prudent.
- 7.Comment couvrez-vous vos besoins de liquidités si aucun produit n'est rappelé pendant trois ans ? La réponse doit exister avant la souscription, avec une épargne de précaution réellement disponible, et non par une avance sur le contrat décidée dans l'urgence.
Un coupon de 16 % avec effet mémoire, c'est 16 % par an ?
Seulement si le produit est rappelé à sa première date de constatation. Le coupon s'accumule de façon linéaire, sans capitalisation : un produit à 16 % qui vit dix ans rapporte 160 % au total, soit 10 % par an en rendement annualisé, avant frais du contrat et fiscalité.
Qu'est-ce que l'effet mémoire, concrètement ?
Les coupons qui n'ont pas pu être versés à une date de constatation, parce que le sous-jacent était sous la barrière, sont mis en mémoire et payés plus tard si une date ultérieure remplit la condition. Selon les produits, cette condition est le rappel lui-même ou une barrière de coupon distincte : c'est la clause à vérifier.
Pourquoi les coupons proposés varient-ils autant d'un produit à l'autre ?
Parce qu'ils rémunèrent un risque : volatilité du sous-jacent, concentration sur une action ou un secteur, niveau de protection, présence d'un décrément, conditions de marché à la date de construction. Un coupon deux fois plus élevé signale en général un sous-jacent nettement plus risqué, pas un meilleur produit.
Les autocalls sortent-ils vraiment au bout d'un an ?
Souvent, sur des marchés haussiers : le régulateur mesure une durée moyenne de deux ans pour les produits commercialisés entre 2022 et 2024, et 80 % de maturités réelles inférieures à trois ans pour les produits clos entre 2021 et 2023. Aucune donnée publiée ne donne la part rappelée dès la première date, et ces chiffres ne valent pas pour un marché en baisse durable.
Que se passe-t-il si le marché monte de 30 % ?
Vous touchez le coupon, pas la hausse : le gain est plafonné par construction et le rappel anticipé met fin à l'exposition. C'est le prix de la protection conditionnelle et du rendement connu à l'avance.
Les frais d'entrée sont-ils remboursés si le produit est rappelé dès la première année ?
Non. L'étude AMF-ACPR de juin 2026 rappelle que les frais payés à l'entrée, calculés sur la durée maximale du produit, ne sont pas remboursés en cas de rappel anticipé. Réinvestir chaque année dans un nouveau produit signifie payer ces frais chaque année.
Diversifier sur huit autocalls suffit-il à limiter le risque ?
Cela réduit le risque d'émetteur et lisse les dates de rappel, mais tous les produits indexés sur des indices actions réagissent au même scénario de marché. Dans une baisse générale, aucun n'est rappelé et toutes les barrières sont testées en même temps.
Ce qu'il faut retenir
Lisez le coupon comme un maximum linéaire, pas comme un taux annuel : sa valeur annualisée diminue avec chaque année passée dans le produit, et les produits qui durent sont ceux qui rapportent le moins. Un coupon élevé rémunère un sous-jacent étroit ou volatil, le gain est plafonné quoi que fasse le marché, et les frais d'entrée sont acquis au distributeur même quand le produit sort au bout d'un an. Utilisés pour une fraction d'un patrimoine, avec une lecture complète de la brochure et une réserve de liquidités indépendante, les autocalls ont une logique ; présentés comme une allocation complète à 8 ou 16 % par an, ils n'en ont pas. Réalisez votre bilan patrimonial en ligne pour situer ces produits dans l'ensemble de votre épargne avant de signer.
Rappel important — Les informations de cet article sont fournies à titre général, informatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la réglementation AMF, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé : les règles applicables dépendent de chaque situation individuelle et de chaque produit. Les scénarios et le tableau de rendement annualisé sont des calculs de l'auteur sur des hypothèses illustratives, hors frais du contrat et hors fiscalité, et ne correspondent à aucun produit existant. Les chiffres cités proviennent de la position AMF DOC-2010-05 (version du 8 décembre 2025), de l'étude AMF « Risques et tendances » de janvier 2020, de la cartographie des produits structurés du Pôle commun AMF-ACPR d'avril 2025, de l'étude du même Pôle commun publiée le 22 juin 2026 et de sa note explicative, de l'étude du groupe de travail des commissions consultatives de l'AMF de janvier 2026, et de l'article de C. Célérier et B. Vallée (Quarterly Journal of Economics, 2017) ; ils décrivent des périodes passées et sont susceptibles d'évoluer. Tout investissement en produit structuré comporte un risque de perte en capital, partielle ou totale, et un risque de crédit sur l'émetteur ; les rendements annoncés ou passés ne préjugent pas des rendements futurs. Avant toute décision, faites le point sur votre situation avec un professionnel.